‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 34 sur 150 · LIV. III. SSGT. I. CHAP* I · texte numérisé non relu

LIV. III. SSGT. I. CHAP* I

On n'atteint pas à la simplicité; on lui reste fidèle; die est comme Finnocence; elle se conserve; perdue^ elle ne se retrouve plus* Elle ne s^inûte point ; qui veut se faire simple , nest que mialadroit, et accuse seulement une prétention de plus , en voulant déguiser les autres.

Si la simplicité accompagne la perfection , c*est que la perfection réside dans la conformité aux destinations de la nature.

La simfJicité , considérée dans le domaine des arts y est le caractère essentiel du grand et du beau. Le grand veut-il s'élever au sublime ? qu'il devienne plus simple encore ! la beauté veut-elle s orner de grâces ? qu elle répande la simplicité sur les moindres accessoires ! La simplicité est la vérité personnifiée , mise en action. Elle repousse toute prodigalité qui retarderait leffet y toute complication qui le rendrait douteux ; elle n'accorde de détails , que ceux qui se réfèrent au but; d'expressions 9 que celles qui sont fidèles à la pensée ; d'ornemensy que ceux qui naissent du sujet; d'attributs , que ceux qui conviennent à l'essence de la chose. Elle fait ressortir l'unité du dessin, elle fait respirer l'intention de l'artiste dans chaque partie , de telle sorte que l'ouvrage conçu d'une seule pensée , etécuté d'un seul jet, n'excite qu'une impression dominante , dont le spectateur sera saisi sans hésitation et saris partage.

Mais comment le génie impiime-t>il ce caractère à ses productions? Où puise-t-il les secrets de cette portion de l'art) si accomplie et si difficile tout ensemble ? Il la puise dans une disposition de l'esprit , qui est ellemême la simplicité dans la manière de concevoir et de

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sentir. La médiocrité se tourmente; elle multiplie les moyens y parce qu elle sent son insufiBsance. Le génie est sobre y parce qu il est confiant , et confiant, parce qu'il est fort. Il a vu le but; il/a vu la route directe qui 7 conduit ; il a conçu la pensée arec netteté , la embrassée tout entière ; il s'est rempli de son sujet. La simplicité lui conserve toute sa vigueur , en lui conservant sa libre spontanéité et son originalité native. Il étudie sans doute ; il étudie beaucoup , il étudie sans cesse ; mais pour se pénétrer du vrai , non pour y suppléer. La vérité le remplit, l'occupe; c'est elle,, et «non lui^ qui se produira dans ses œuvres; il s'abdique, pour être tout entier à elle , et comme le prêtre inspiré du dieu, en rendant des oracles , il n'est plus qu'un interprète.

Or , dans l'éducation morale de Thomme, la simplicité prête à la vertu la même assistance qu elle prête au génie dans la carrière des arts. Si elle décore un grand et beau caractère, c'est qu'elle conserve la virginité du cœur, l'intégrité de ses forces, la pureté de ses motifs. Elle est , relativement au caractère , la vérité des sentimens et la fidélité de l'action , comme elle est^ relativement à l'esprit, la vérité de la pensée, et la fidélité de l'expression. Elle est à la vertu ce que le bon sens est à la raison.

La simplicité des manières, celle du langage, trouvent dans le monde une juste approbation; elles y sont considérées comme les compagnes naturelles de ce qui est noble et distingué ; et cependant la simplicité du caractère, dont elles sont l'image, est rarement appréciée. C'est sans doute que le monde a peine à la comprendre : et comment en effet l'homme qui, dans

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chaque action ^ ne cherche que le but réel et légitime, serait-il compris de ceux qui y en agissant , sont 0|Ccufés surtout de l'opinion des autres ? Tandis que nous rirons pour les spectateurs, Thomme simple rit dans la réalité et pour son propre compte , si l'on peut dire de la sorte. L'homme simple, la plupart du temps, passe inaperçu , et s*en réjouit parce qu'il en demeure plus libre. Quelle surprise ensuite n'excite-t-il pas , quand 11 rient à exécuter de si grandes choses , à les exécuter comme si elles lui étaient naturelles ! On arait vécu arec lui sans le remarquer; on Tarait dédaigné peut^tre; on est contraint de l'admirer, et on se demande où donc il a puisé des forces si merreilleuses ! Où il les a puisées ? dans cette simplicité même do caractère qui attirait nos dédains et qui lui permettait de recueillir en silence toutes les facultés de son ame. Pendant que nous dissipons les dons de la nature , il en conserre le dépôt intact ; pendant que nous diraguons au hazard , il marche à la fin qui lui fut assignée ; déjà nous arons rieilli , qu'il a encore toute sa jeunesse ; nous sommes accablés sous le poids des chaînes que nous nous sommes données ; il continue d'obéir aux inspirations primitires. Nous Tarions rangé dans le rulgaire , et c'est nous maintenant qui , arec toutes nos ambitions, ne sommes plus que le rulgaire auprès de lui.

Gomment, en effet , pourront se maintenir et se dérelopper en nous, sans altération, au milieu de la scène du monde, ces sentimens généreux dont la nature avait placé le germe dans notre âme, cet amour du bien qui les comprend tous et les réunit sous une loi commune? Le tumulte nous assiège, les érénemens

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nous trompent) les regards des hommes nous investissent ; nous sommes menaces par la distraction j par le découragement y par les exigences de Topinion. La simplicité sera la gardienne instituée pour nous pré^ server de ces dangers. Elle veillera à l'entrée de notre âme pour repousser l'invasion de tout ce qui pourrait j porter ta confusion et le désordre»

Uamour du bien se déploie dans une âme simple ^ comme le faisceau de lumière dans un cristal transpa* rent: il la pénètre sans obstacle; il s y montre dans toute sa pureté ; il semble s*y réjouir et s y complairey La vertu est si bien notre partage , nous sommes si bien nés pour elle , qu'elle se fait d autant mieux enten* dre à nous que nous restons mieux à notre place ; $on éloquence est en raison de notre propre ingénuité* Il n'y a rien de plus droit que les voies de la vertu , rien de plus clair que ses notions^ rien de plus juste que ses préceptes. Un cœur simple trouve en elle l'aliment qui lui convient; il se concentre dans le s^timent quelle inspire y il s'y livre avec franchise ^ il s'y repose avec sécurité. Car tout est un dans la vertu , tout y est ordonné; hors d'elle , tout est épars, discordant et multiple.

L'un et le multiple, cette célèbre devise qui contient des pensées si profondes, qui était la clef des plus hautes spéculations métaphysiques chez les anciens platoniciens, est aussi une grande clef des théories morales ( I ). Elle est un résumé de la vie intérieure de l'homme et de ses rapports avec l'univers , comme elle

(1) C'est que les spécalations métaphysiqaes des platoniciens étaient proprement une contre-épreuve , an reflet 4e la morale*

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