‹ Du pied bot congénitalChapitre 1 sur 14 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’attitude du pied est en rapport avec les fonctions qu’il est chargé de remplir. Soutien du poids du corps, organe de locomotion, le pied renferme au plus haut degré les conditions de solidité et de mouvement que nécessitent la station et la marche. Son grand axe est perpendiculaire à celui de la jambe, et par l’une de ses faces le pied reçoit d’elle tout l’efîort provenant du tronc ; par l’autre il appuie sur le sol et lui transmet tout le poids du corps; aussi quelle différence dans la configuration de chacune des deux faces !

L’une, la dorsale, ne se rattache pas à la jambe par toute son étendue, mais par une portion assez restreinte, plus rapprochée de la partie postérieure que de la partie antérieure du pied ; de cette attache qui constitue le point le plus élevé du pied, la face dorsale se dirige en bas quelle que soit la direction que l’on suive, de telle sorte que la région dorsale du pied offre

à ce niveau une convexité très-accusée qui décroît dans tous les sens et qui n’a d’autre limite que les bords latéraux du pied et la racine des orteils.

Du côté de la face plantaire du pied la configuration est toute différente. Cette face s’aplatit pour s’appliquer sur le sol, et pour mieux se mouler sur les inégalités de ce sol, elle offre une légère concavité. Très-développée d’avant en arrière pour permettre au centre de gravité de notables déplacements dans ce sens, plus étroite en arrière où le pied ne touche le sol que par une surface assez restreinte, elle s’élargit notablement en avant et ses limites sont celles de l’aire de sustentation du corps.

Ainsi des deux faces du pied, la plantaire se distingue par une configuration en rapport avec son application sur le sol ; dans la station, la progression, le pied repose sur une surface étendue qui comprend le talon et la partie antérieure du pied, et cette base de sustentation dans laquelle le talon porte est un des traits les plus caractéristiques de l’attitude de l’homme.

Les parties molles du pied traduisent exactement la forme du squelette, et ce squelette se présente comme une voûte massive et avant tout solide, mais aussi mobile dans quelques-unes de ses parties.

En arrière la voûte n’a qu’un pilier d’appui, c’est le calcanéum duquel partent deux arcs : l’un, externe qui se termine en avant au pilier antérieur représenté par le cinquième métatarsien; le deuxième, interne, plus accusé, qui aboutit à la tête du premier métatarsien. Ainsi réunis en arrière en un centre commun, les deux arcs de la voûte du pied se déjettent latéra-

leinent vers les deux métatarsiens extrêmes : le premier et le cinquième.

En se développant d’arrière en avant, la voûte du pied s’élargit aussi progressivement dans ce sens, et la face plantaire que nous connaissons déjà, reproduit la forme du squelette ; ce sont ces piliers de la voûte qui sont, en dernière analyse, les organes de transmission du poids du corps.

Dans la voûte, les os se superposent et s’unissent les uns aux autres par des articulations très-serrées et jouissant de peu de mouvements les unes par rapport aux autres. Ainsi se trouve assurée la solidité de la voûte, et l’on pourrait croire que c’est au détriment de sa mobilité ; il n’en est rien toutefois. Grâce à un artifice qui n’est pas sans analogie avec ce qu’on retrouve dans les articulations de la tête avec le cou, le pied possède des mouvements d’ensemble assez étendus.

Un seul os forme le sommet de la voûte, et cet os est reçu dans la jointure tibio-tarsienne, mortaise trèsserrée qui étreint fortement l’astragale, en ne lui permettant qu’un mouvement de rotation autour d’un axe transversal passant par cet os et le sommet des malléoles.

Dans ce mouvement les faces latérales de l’os glissent d’avant en arrière ou d’arrière en avant, et l’astragale transmet ce mouvement aux quatre os du tarse avec lesquels il est en connexion. Dès lors le pied tout entier suit ces inclinaisons de l’astragale, et l’on donne les noms d’extension et de flexion à ces attitudes nouvelles prises par le pied. L’articulation tibio-tarsienne

est ainsi le siège presque exclusif des mouvements de flexion et d’extension.

Le pied peut encore prendre d’autres attitudes : il peut se placer dans l’adduction ou l’abduction, La mortaise tibio-péronière est trop serrée pour permettre des déplacements latéraux de l’astragale ; aussi ces déplacements ne s’effectuent pas dans la jointure tibio-tarsienne, mais au-dessous de l’astragale. On sait que cet os repose sur le calcanéum et s’articule avec lui par deux facettes susceptibles de glissement. Ce sont ces articulations sous-astragaliennes qui sont le siège presque exclusif des mouvements d’adduction et d’abduction du pied.

Les articulations sous-astragaliennes, c’est-à-dire de l’astragale avec le calcanéun, articulations serrées bien qu’elles permettent le glissement, font de ces deux os un ensemble solide, l’arrière-pied, qui se trouve relié au reste du squelette, l’avant-pied, par de nouvelles articulations que Ton connaît sous le nom de médio-tarsiennes. Dans ces dernières jointures se produisent des mouvements d’un autre ordre, ceux qui correspondent à la torsion du pied, mouvements pouvant s’accomplir isolément ou s’associer au jeu des articulations précédentes.

Aussi après avoir considéré les mouvements simples du pied, est-il nécessaire d’ajouter que, le plus souvent, ils se combinent pour produire les attitudes si variées que prend le pied ; et dès lors, entrent en jeu les articulations de l’astragale avec le reste du pied.

On ne saurait donc assez se pénétrer de l’importance de l’astragale dans ces divers actes, et, par suite,

de l’intluence qu’il exerce sur l’attitude du pied. Par son articulation supérieure les mouvements de flexion et d’extension deviennent simples ; par ses articulations inférieures les mouvements d’adduction et d’abduction deviennent possibles; enfin, n’est-ce pas dans les articulations antérieures de l’arrière-pied que s’accomplissent les mouvements de torsion?

A l’état de simplicité, chacun de ces mouvements du squelette est suivi d’une attitude également simple; mais en se combinant, et le jeu de ces articulations le permet, ces mouvements nécessitent des attitudes complexes, quoique par un travail d’analyse on puisse y retrouver les éléments qui entrent dans leur composition. Et ces attitudes si variées, on peut les appeler fonctionnelles, commandées qu’elles sont par l’impérieux besoin de maintenir le corps en équilibre, lorsque, par la marche, la course, etc., l’individu modifie sa base de sustentation.

Au surplus, quelle que soit cette attitude, du moment où le pied se place dans une position fixe bien déterminée, tout le squelette se met en harmonie avec la nouvelle situation de l’astragale. Et l’on peut, sans restrictions, dire que tout déplacement survenu dans les rapports de cet os entraînera une modification considérable dans l’attitude du pied.

De toutes ces attitudes physiologiques, celle que le pied prend dans la marche est la plus importante. Or rien n’est plus varié que le mode de projection du pied dans cet acte, et la direction de ses axes quand il touche le sol. Tantôt la pointe du pied est dirigée en dehors, tantôt elle regarde directement en avant, tan-

tôt enfin par leurs extrémités antérieures les deux pieds se dirigent l’un vers l’autre. Mais, dans tous ces cas, la face plantaire appuie par toute son étendue sur le sol. C’est là un fait capital qui explique la stabilité du corps pendant la marche, et qui rend compte de l’assurance avec laquelle l’individu progresse sans se préoccuper du danger d’une chute possible. Dans d’autres circonstances le pied n’est pas seulement dévié de sa rectitude ; il a subi un léger pivotement en vertu duquel la base de sustentation n’est plus la face plantaire tout entière, mais une partie, ou plus spécialement l’un des bords de cette face.

Considère-t-on cette face : chez l’un on la trouve plate; chez l’autre elle est plus incurvée qu’à l’état normal.

Lorsque ces variétés de forme ne sont pas très-accentuées, l’équilibre général n’en est pas troublé ; sontelles plus prononcées, elles peuvent modifier le type de la marche, rendre cet acte pénible, et faire qu’il ne puisse être soutenu aussi longtemps. — Parmi ces conformations du pied, il en est de congénitales, il en est d’acquises : ces dernières ne m’occuperont pas. Les premières sont souvent héréditaires, et elles n’attirent guère l’attention qu’à l’époque où la marche commence à s’établir ; puis pendant les premières années de la vie, et surtout, pendant la période d’accroissement du squelette, elles se prononcent davantage, et, dans quelques cas, elles deviennent l’objet de difformités pathologiques, que l’on appelle acquises, quoique le lien qui les rattache à l’état congénital soit évident.

J’ai dit que ces conformations sont souvent héréditaires; quoi de plus naturel en effet que le fils tienne de ses parents une conformation qui rappelle son origine, tout comme il tient d’eux la ressemblance des traits que l’on retrouve dans les familles?

Il est cependant une restriction que nous devons faire: le pied étant un organe spécial, incessamment mis en jeu, et de manières si diverses, doit présenter des modifications frappantes.

La plupart de ces modifications ne dépendent que d’un seul fait : quelques légers changements d’inclinaison des surfaces articulaires de cette région spéciale dont l’astragale est la clef. 11 est assurément très-difficile d’apprécier sur le vivant le degré des modifications subies par le squelette ; mais elles existent, et elles ont conduit les physiologistes à rechercher la conformation normale à laquelle on puisse comparer toutes les autres. Or, si nous voulions tracer même en peu de mots les caractères anatomiques qui correspondent à cette conformation, nous serions obligés d’analyser les divers actes dont se compose la locomotion, et tel n’est pas le but que nous nous sommes proposé.

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