DÉFINITION ET CLASSIFICATION
La conformation et l’attitude des pieds du nouveau-né semblent être en opposition avec ce que nous avons essayé d’établir dans le chapitre précédent.
Presque tous les pieds des nouveau-nés se ressemblent : leur face plantaire est plus plate qu’elle ne le sera plus tard ; elle regarde un peu en dedans, et la tendance à laisser reposer le pied sur son bord externe est chez eux bien manifeste : cela résulte en grande partie de la position qu’a occupé le fœtus dans la cavité utérine.
Anormalement les pieds des nouveau-nés peuvent encore être plus contournes, au point de constituer une conformation vicieuse, la seule qui va nous occuper dès maintenant.
Bien que les malformations dites pieds bots puissent se montrer à des degrés très-différents et avec des nuances très-diverses, néanmoins toutes ces variétés offrent un caractère commun qui les rend reconnaissables de prime abord : c’est la déviation de la face plantaire.
Dans le pied bot la face plantaire regarde dans une direction autre que celle qui lui est naturelle; si l’on place le pied de l’enfant sur un plan horizontal, la face plantaire ne repose plus sur lui par toute son étendue, et les tentatives pour l’appliquer sur ce plan restent infructueuses. A quoi tient un pareil état? A une déviation permanente de cette partie du squelette qui régit l’attitude du pied.
Dans cette déviation, la situation que prend l’astragale joue le plus grand rôle, et le plus ordinairement, c’est à un changement survenu dans les rapports de cet os avec les os voisins , qu’est dû le pied bot congénital.
En assignant au pied bot congétinal ces caractères,
je n’ignore pas que le déplacement articulaire, quelle qu’en soit l’origine, n’est pas la seule lésion quë l’on observe dans le pied bot ; c’est à lui néanmoins que j’accorde la plus grande importance, parce que c’est lui qui est la cause de la nouvelle attitude que prend le pied.
On conçoit d’ailleurs que, suivant le degré d’inclinaison des surfaces articulaires, la forme et l’attitude du pied se trouvent modifiées de bien des manières.
Aussi pourrait-on, dès la naissance, distinguer un nombre considérable de variétés de pieds bots ; mais si, après la naissance, on suit les progrès de la difformité, on est frappé de l'influence nouvelle que la marche exerce sur eile.
Quel que soit, en effet, l’aspect de la difformité, la progression tend à la ramener à un type.
Ce type sera complexe, si la déviation à l’origine se composait de plusieurs éléments; il restera simple, au moins pendant un certain temps, si la déviation était elle-même simple.
Or, de tout temps, on a rattaché tous les pieds bots à quatre groupes, aux quatre types de déviation que conçoit l’esprit, quand il étudie les mouvements d’ensemble du pied.
Dans le premier groupe, le varus, le pied est dans l’adduction, la plante du pied regardant en dedans; dans le deuxième, le valgus, le pied est dans l’abduction, la plante du pied tournée en dehors ; dans le troisième, l’équin, le pied est dans la flexion forcée, la face plantaire regarde en arrière, et ne touche le sol que par les extrémités antérieures des métatarsiens
et les orteils; enfin le quatrième groupe, ou talus, comprend les cas où le pied, dans l’extension forcée, ne touche le sol que par le talon; on se sert encore des noms de pied en dedans, en dehors, en bas et en haut, pour caractériser ces déviations.
A ces quatre groupes, Duval en’a ajouté un cinquième, signalé pour la première fois par Stolz, en 1826, et caractérisé, comme l’équin , par la flexion forcée du pied sur la jambe; mais il en diffère en ce que les orteils ont tourné sous le talon, de telle sorte que la face dorsale du pied sert de base dans la progression. On voit tout de suite que ce n’est qu’une variété du pied équin. De plus, Duval s’est servi des mots : strephendopodie, strephexopodie, strephanopodie, strephocatopodie, strephypopodie, pour désigner ces déviations.
Nous avons déjà dit, qu’il existe des formes de pied bot qui ne rentrent pas directement dans l’une ou l’autre des divisions précédentes, et cela explique le but qu’ont voulu atteindre certains auteurs en proposant de nouvelles classifications du pied bot. L’un, Dieffenbach, propose de subdiviser chaque variété en cinq degrés, en tout vingt formes; mais ce chiffre serait-il encore suffisant?
La classification de Philipps paraît au premier abord plus naturelle et plus simple ; cet auteur divise chaque variété de pied bot en trois degrés : chacun de ces degrés est en rapport avec une attitude du pied. Dans le premier degré de la déviation, le pied est dans une attitude physiologique, mais cette attitude est invariable; dans le deuxième, l’attitude du pied est encore physiologique, mais exagérée ;
dans le troisième enfin, le pied est dans une attitude vicieuse. Le premier degré dépend de la rétraction d’un muscle, le deuxième dépend de la rétraction d’un groupe de muscles, le troisième est lié à une déformation du squelette. Avec Bonnet, on peut reprocher à cette classification de ne point enchaîner par des rapports physiologiques de succession et de développement les diverses difformités qu’elle embrasse, les formes intermédiaires de transition étant entièrement délaissées.
J’arrive à la classification de Bonnet, basée sur une théorie séduisante inspirée par les idées que l’on avait alors sur la nature étiologique du pied bot.
On sait que les muscles moteurs du pied sont animés par deux nerfs: le sciatique poplité interne, le sciatique poplité externe 5 chacun de ces nerfs prend sa part de muscles, et par suite sa part dans les mouvements produits. Dès lors, on peut lui rapporter les troubles survenus dans ces mouvements. De là, deux groupes de difformités distinguées par Bonnet : le pied bot poplité interne, le pied bot poplité externe. Chacun de ces groupes comprend à gon tour une série de variétés, qui ne sont pas, comme on le prétend, des difformités distinctes, mais des degrés variables d’une même difformité; c’est qu’en effet, dans chacun d’eux, la déformation présente une marche toujours ascendante, régulière, et déterminée par la rétraction successive ou simultanée des muscles innervés. Puis, Bonnet donne les caractères de chaque variété, d’après l’ordre de succession de ces déviations.
Pied, bot poplité interne.
1° Elévation du talon.
2° Flexion antéro-postérieure du pied sur lui-même.
5° Adduction de l’avant-pied.
4° Renversement du talon en dedans.
5° Augmentation de la courbure transversale du pisd.
Pied bot poplité externe.
5° Abaissement du talon.
4° Extension forcée du pied sur lui-même.
3° Abduction de l’avant-pied.
2° Renversement du talon en dehors.
1° Diminution de la courbure transversale de la plante du pied.
Gomme ledit Bonnet lui-même, ce tableau présente deux échelles, sur lesquelles les caractères des cinq degrés de pied bot se trouvent placés parallèlement dans un ordre inverse d’évolution. '
Avec son sens critique habituel, Malgaigne a surpris en deux endroits la théorie en défaut. D’abord, à propos de l'action du muscle jambier antérieur ; animé par le nerf sciatique poplité externe, ce muscle est élévateur du bord interne du pied, et cependant, dans la théorie de Bonnet, la formation du valgus coïnciderait avec sa rétraction. Sur le second point, la chose est plus sérieuse ; il suffit de jeter les yeux sur le deuxième tableau, pour voiraue Bonnet considère le talus comme le dernier degré de la déviation, et que, conséquent avec lui-même, il n’admet pas le talus simple comme variété primitive. Cependant M. Bouvier, après avoir déclaré le talus direct comme très-rare, signale un dessin de cette variété donné par Litle. W. Adams le mentionne, et nous avons eu l’occasion de disséquer un talus simple congénital des plus intéressants.
Malgré ses imperfections, ce sera la classification ancienne habituellement suivie, qui nous servira de guide. Laissons, dès à présent, de côté les formes
mixtes dont nous tracerons les caractères à propos des symptômes et de la marche du pied bot congénita l.