‹ Du pied bot congénitalChapitre 11 sur 14 · HO · texte numérisé non relu

HO

dents. A l’endroit où bon en pratique la septjpn, ces tendons sont, en effet, enveloppés d’une gaine synovite. Or deux cas peuvent se présenter: ou bien les tendons sont insuffisants à faire eux-mêmes les frais de leur réparation, et les deux bouts restent indépendants l’un de l’autre, ou bien la gaine synoviale y prend part, et ces tendons contractent des adhérences avec les coulisses fibreuses.

Dans les deux cas, la fonction musculaire est absolument abolie. Il est encore1, une considération qui s’oppose à ce que la ténotomie soit toujours applicable dans le pied bot congénital, c’est que l’altération anatomique des os finit par entraîner un équilibre artificiel des actions musculaires, tendant à corriger les inconvénients de la difformité, équilibre que l’on s’expose àdétruire, en portant le bistouri sur les tendons. Un fait des plus remarquables sous ce rapport, est celui qu’a publié Malgaigue. Un malade atteint de pied bot congénital était employé à l’hospice de Bicêtre.

Malgré son infirmité, il jouissait d’une certaine agilité, et n’était que médiocrement gêné par son état de difformité. Cédant aux sollicitations d’un chirurgien de l’hôpital, il consentit à se faire opérer. Des sections tendineuses furent pratiquées, et, au bout de quelques semaines, le pied fut redressé. Mais lorsqu’on voulut faire marcher le malade, il lui fut impossible de se tenir debout; en vain essaya-t-on toutes sortes de moyens, il ne put se livrer à aucun travail, et Malgaigne rapporte cette circonstance qui en dit plus que tout le reste, c’est que, renvoyé pour incapacité de service par un fermier chez lequel on l’a-

vait placé, ij rqit plus de six heures à faire une lieue pour rpgagper la diligence, tandis que, avant l’opération, une heure fui aurait suffit pour faire le même trajet.

Les cas de cette nature nous amènent à discuter la question de savoir si l’on doit couper tous les tendons rétractés. Jules Guérin déclare qu’il faut couper tout ce qui résiste ; Bonnet, partant de ses idées théoriques sur l’étiologie du pied bot, se montre partisan de la même opinion ; mais la majorité des auteurs repousse cette manière de faire, et Bouvier a formulé, le premier, la règle de conduite aujourd’hui admise, c’est qu’il faut établir une distinction entre les divers tendons, et loin de les couper tous, ne porter le ténotome que sur ceux qui résistent à l’action des appareils. En vertu de ce principe, dans l’immense majorité des cas, on devra se contenter de la section du tendon d’Achille, et ce n’est que dans des cas rares, que le varus congénital réclamera la section du jambier antérieur, le val g us celle des péroniers latéraux, le talus celle des extenseurs. La section du jambier postérieur devra généralement être rejetée , et cela, pour deux raisons : la première, c’est qu’il est souvent possible de triompher de sa résistance, la seconde, c’est qu’on divise presque à coup sûr, en même temps, le long fléchisseur du gros orteil et que l’on s’expose à blesser ï’artère tibiale postérieure, accident qui paraît s’être présenté sans suite fâcheuse, entre les mains de Bonnet, il est vrai.

L’opération résolue , comment devra-t-elle être pratiquée? nous ne saurions ici donner de grands

détails sur cette question de médecine opératoire qui ne rentre que d’une manière indirecte dans le sujet qui nous occupe. Le manuel opératoire de la ténotomie n’offre rien de spécial au pied bot congénital. Nous dirons seulement que Delpech , quoiqu’il ait compris les avantages de la section sous-cutanée, ne l’a pas mise en pratique ; que Stromeyer est le premier qui en ait réalisé les conditions opératoires ; que Bouvier a montré qu’une seule ouverture cutanée suffisait pour permettre découper le tendon ; que l)uval a imaginé la section d’avant en arrière ou section sous-tendineuse, dont l’avantage est d’assurer la division complète du tendcn, sans être exposé à blesser les vaisseaux et les nerfs tibiaux postérieurs. L’opération pratiquée , les bouts des tendons s’écartent, et une lymphe plastique s’épanche entre les extrémités divisées, pour les réunir. Afin de profiter des avantages créés par l’opération, il faut s’efforcer de remédier à la difformité, avant que la réunion ne soit effectuée. S’efforcer immédiatement de redresser le pied , c’est s’exposer à tirailler la plaie, et à déterminer sa suppuration. D’autre part, attendre trop longtemps, c’est compromettre le résutlat de la ténotomie. A quelle époque convientil donc d’essayer le redressement? Stromeyer a fait voir que la réunion peut être complète dès le cinquième jour et que le cal tendineux se consolide tellement vite, qu’il est trop tard pour étendre le pied, si l’on attend au dixième jour. C’est donc, au dire de M. Malgaigne, du troisième au quatrième jour après l’opération, que l’on devra appliquer l’appareil orthopédique.

La ténotomie se propose de guérir, d’améliorer ou de modifier la forme du pied. Donne-t-elle toujours ces résultats? Pour Malgaigne, la guérison serait rare, impossible; même chez l’adulte, l’amélioration serait beaucoup plus fréquente surtout dans le jeune âge. C’est aussi l’opinion de Bouvier auquel nous empruntons, en les résumant, les conclu sions qui suivent sur les résultats de la ténotomie.

Lorsque la déviation a atteint un haut degré, le pied réunit rarement tous les caractères de l’état normal, sa forme conserve quelque chose de la difformité primitive. L’équin creux conserve en partie sa cambrure exagérée, le varus devient pied plat, le valgus pied plat reprend rarement sa courbure naturelle, et les mouvements du pied laissent souvent à désirer, en étendue et en puissance. Malgré l’imperfection de ces résultats, ils restent encore très-satisfaisants, si on les compare aux inconvénients qu’entraîne cette difformité livrée à elle-même, et en se plaçant à ce point de vue, on peut dire que, grâce à la ténotomie et au perfectionnement de la mécanique chirurgicale, les progrès accomplis dans le traitement du pied bot sont un des plus beaux titres de la chirurgie.

— il h —

Page 1