CHAPITRE III
Pieds bots équins d’origine nerveuse.
Dans tous les cas d’équinisme que nous avons étudiés jusqu’à présent, la participation du système nerveux était très restreinte ; nous analyserons maintenant les cas où cette participation est beaucoup plus considérable et où la déviation est due uniquement à une lésion des nerfs ou des centres ou à un simple trouble dans leurs fonctions.
1° Equinisme d’origine périphérique.
La section du grand sciatique ou du sciatique poplité externe seul, amène la chute du pied par paralysie de ses muscles fléchisseurs, mais cette chute du pied peut se produire sans qu’il y ait destruction anaiomique visible des conducteurs nerveux ; les troubles moteurs et sensitifs prouvent cependant la réalité
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d’une lésion organique et cette lésion est attribuée alors à un état de shock, de stupeur des nerfs.
Stupeur des nerfs moteurs du pied.
Les phénomènes se passent de la façon suivante :
Un blessé a été atteint par un projectile au voisinage du tronc du grand sciatique ou du sciatique poplité externe ; il est tombé aussitôt, accusant une sensation douloureuse vague comparable à un coup de bâton à laquelle a succédé un engourdissement de tout le membre et une douleur sourde, diffuse et prolongée.
Sa jambe lui paraît lourde, comme paralysée, aussi en général ne s'est-il pas relevé seul et s’est-il fait transporter par des brancardiers.
À son arrivée dans un centre hospitalier, on constate (1) cependant qu’il n’y a pas de paralysie véritable, mais une simple parésie : une ébauche des mouvements reste possible sous une incitation parfois assez vive, il est vrai.
Les muscles sont en état d’hypotonie, ils présentent quelques contractions fibrillaires ; leur percussion détermine une série de secousses témoignant de leur surexcitabilité, mais ces secousses ne se produisent pas avec un retard ni une lenteur accusés.
Les réflexes sont paresseux.
(4) DEscousT (Paul). — La stupeur des nerfs périphériques d'origine traumatique et les troubles sensilivo-moteurs et électriques consécutifs (Presse Médicale, 4 octobre 1917).
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La douleur sourde du début persiste, prineipalement la nuit, ainsi que l’engourdissement du pied qui s’accuse davantage par la pression du tronc nerveux au voisinage de la blessure.
L'examen de la sensibilité objective dénote une certaine hypoesthésie dans le territoire du nerf lésé.
L'électro-diagnostie montre au moins dans les premiers temps, une hyperexcitabilité galvanique et une réaction partielle de dégénérescence portant sur certains muscles à l’exclusion des autres et consistant en une certaine paresse de la secousse.
Si on abandonne le blessé à lui-même, les muscles se rétractent et s’atrophient, l’équinisme devient définitif.
L’ensemble des symptômes énumérés plus haut témoigne d’une lésion nerveuse réelle, mais cette lésion est apparemment discrète, et 1l est probable qu’une influence psychique n’est pas étrangère à la persis-
tance des troubles que nous avons décrits. Ces troubles cèdent facilement à un traitement bien conduit et durent au contraire des semaines et des mois, si on ne sait pas les combattre et si on les entretient par des suggestions maladroites.
La stupeur du grand sciatique est bien à l’origine de l’équinisme, mais cet équinisme ne s’est constitué que par l’inaction prolongée du membre, inaction dans laquelle la dépression morale, l’aboulie où même la mauvaise volonté du sujet ne sont pas sans jouer un rôle de première importance.
Nous touchons iei à une question que nous analyserons plus loin avec tous les détails qu’elle comporte :
pie la question des pieds bots psychiques, nous ne nous y attarderons donc pas à présent.
Paralysie sciatique.
Nous ne ferons pas une étude complète et détaillée de la paralysie sciatique, M” Athanassio-Bénisty en a fait récemment un remarquable exposé (1), auquel il n’y a rien à ajouter ; nous nous contenterons de déterminer les caractères spéciaux de l’équinisme qui en résulte.
Cet équinisme se présente d’une façon différente dans les lésions du grand sciatique et dans celles du sciatique poplité externe.
Dans les premières, le pied est inerte, ballant comme un membre de polichinelle, au moins au début, alors qu'aucune rétraction secondaire, aucune raideur articulaire ne sont venus le fixer. Les orteils sont fléchis, et l’on constate un certain affaissement de la voûte plantaire. Le pied est œdémateux, violacé sur les bords, il présente souvent de l’hyperkératose plantaire, tandis que sur son dos, la peau est fine, satinée. Toute sudation y a disparu hormis sur le bord interne qui se trouve sous la dépendance du nerf saphène interne, branche du crural.
Le blessé marche en relevant haut le genou et en projetant la jambe en avant : il steppe.
Dans les secondes, le pied est encore inerte, ballant,
(4) ATHANASSIO-BÉNISTY (M), — Formes cliniques des lésions des nerfs (Coll, Horizon, Masson et Cie, 1916).
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aucun mouvement de flexion sur la jambe n’est possible, mais la tonicité conservée des muscles extenseurs accuse davantage l’équinisme qui s’accompagne généralement d’un léger varus par suite de la prédominance d’action du triceps sural.
La marche est plus difficile que dans les lésions du grand sciatique, car le pied est en plus grande hyper-extension. Cette hyperextension produit à la longue un relâchement des ligaments articulaires, le pied s’infléchit sur lui-même et peut présenter alors une tumeur dorsale du tarse.
Quoi qu’il en soit et quelque traitement que l’on ait institué de la lésion nerveuse causale, si l’on a soin de maintenir le pied en bonne position sur la jambe, on ne verra pas l’équinisme se fixer d’une façon définitive, et le blessé pourra marcher à l’aide d’un appareil très simple dans des conditions suffisamment satisfaisantes.
Il est dans les paralysies sciatiques une forme particulièrement douloureuse que nous ne devons manquer de signaler.
On l’observe dans des lésions du grand sciatique souvent incomplètes, mais il semble nécessaire pour qu’elle se produise que les fibres constitutives du seiatique poplité interne aient été atteintes (1).
Le pied est ici encore paralysé, aucun mouvement n’est possible, mais ce qui domine le tableau clinique, c’est l’importance des phénomènes douloureux qui ne
(4) MeiGe (Henry) eb ATHANASSIO-BÉNISTY (M), — Les signes cliniques des lésions de l'appareil sympathique et de l'appareil vaseulaire dans les blessures des membres (Presse Médicale, 6 avril 1916).
s’est révélée que quelques jours après le traumatisme.
Les souffrances du blessé sont intolérables, le moindre mouvement les réveille, aussi se tient-1il immobile, le genou fléchi, le pied en extension protégé par un cerceau du poids des couvertures.
Ce pied immobile, effilé, semble « soufflé », sa peau est sèche, luisante, de couleur rouge brun.
Le plus léger contact réveille les douleurs. Celles-er se produisent aussi spontanément, elles sont alors localisées à la plante et s’exaspèrent par crises. C’est une sensation de brülure (causalgie), de broïement qui torture le blessé. Il est pâle, angoissé, il supplie qu’on ne lé touche pas et renouvelle lui-même ses enveloppements humides, car il a vite remarqué que l’eau froide pouvait calmer ses souffrances.
En dehors de ces symptômes, on constate une douleur constante à la pression du nerf en aval de la blessure, une abolition du réflexe achilléen, une surexcitabilité mécanique des muscles qui s’atrophient et une élévation de la température locale du pied.
A la longue, le temps atténue les douleurs, mais la déviation du pied s’est fixée, il est en équinisme avec flexion des orteils, les articulations sont raidies, les muscles rétractés, et à la radiographie, on constate une décalcification de son squelette.
Telles sont rapidement esquissées, la symptomatologie et l’évolution de ces paralysies douloureuses.
Pour expliquer leur pathogénie, M. Henry Meige et M°* Athanassio-Bénisty ont « tendance à admettre une lésion irritative des nombreuses fibres sympa-