‹ Du Pied Bot Équin: Consécutif Aux Blessures De GuerreChapitre 18 sur 27 · LU L0ÉE · texte numérisé non relu

LU L0ÉE

on les appelle encore fonctionnels pour bien marquer qu’ils ne répondent à aucune lésion particulière, mais consistent en un simple trouble dans les fonctions nor-males du pied. Nous préférons leur conserver le nom de pieds bots psychiques qui a l’avantage de rappeler leur origine.

En guerre, les psychonévroses trouvent aisément à se développer sur le terrain affaibli physiquement et moralement du combattant. Les violentes émotions qu’il ressent, les dangers auxquels il est exposé, le fracas de la bataille, l’angoisse du lendemain, ajoutés aux fatigues physiques, aux veilles prolongées et à l’alimentation souvent défectueuse le prédisposent singulièrement aux troubles psychiques. Cependant ces troubles sont rarement observés sur la ligne de feu, l’instinet de conservation qui y est développé au plus haut point réprime les manifestations désordonnées du système nerveux, maintient l’équilibre moral nécessaire au soldat en danger ; mais par contre, quand ce danger a cessé, les psychonévroses peuvent se donner libre cours et, dans les formations sanitaires de l’arrière elles s’observent avec les modalités les plus diverses.

Parfois elles constituent à elles seules toute la maladie des évacués, plus souvent elles ne se révèlent au’à l’occasion d’une blessure, imprimant à sa physionomie et à son évolution des caractères nouveaux, sans rapports physiologiques avec la lésion sur laquelle elles se sont greffées.

C’est ainsi qu’à la suite des blessures les plus variées du pied, de la -jambe ou même de la cuisse,

nous rencontrerons des pieds bots qui ne sauraient s'expliquer par le siège du traumatisme ; aucun muscle, aucun nerf important n’ont été touchés, et cependant le pied est dévié, il se présente paralysé ou au contraire fixé dans une attitude vicieuse par de fortes contractures. Ce sont ces déformations que nous allons étudier à présent.

Paralysie psychique. — Au premier abord, elle paraît en général tout à fait semblable à celle que l’on observe dans les cas de lésion grave du sciatique poplité externe : le pied est en équinisme avec léger varus, le malade marche en steppant.

Mais en poursuivant l’examen, on constate que non seulement la flexion du pied sur la jambe n’est plus possible, mais aussi son extension. La paralysie est massive, elle est de plus légère, moins prononcée qu’une paralysie organique et variable dans son intensité.

Dans les formes pures, les mouvements passifs sont fous conservés.

L’anesthésie, quand elle existe, ne se trouve pas limitée au territoire d’un nerf, elle occupe des zones illogiques, ne correspondant à aucune lésion définie.

En outre, souvent le malade se plaint des douleurs les plus diverses, il s’étend volontiers sur leur description, ainsi d’ailleurs que sur toute l’histoire des troubles qu’il ressent.

Les réflexes enfin sont normaux de même que les réactions électriques.

Contracture psychique. -— Parfois l’équinisme est peu prononcé et le pied est seulement en varus ; mais

habituellement il se trouve en varus équin, immobile, raidi dans sa déformation ; la pointe est abaissée, la plante incurvée sur ses bords et tournée en dedars. Au cou-de-pied, le tendon du jambier antérieur fait une saillie visible ; la malléole interne est effacée, l’externe plus apparente. Les muscles de la jambe sont extrêmement durs, leurs masses se dessinent sous la peau. La marche se fait sur le bord externe du pied.

Aucun mouvement passif n’est possible, et si l’on essaye de réduire la déviation, on n’y peut réussir, au contraire, la contracture s’exagère. Pourtant, après avoir détourné l’attention du sujet, on peut, dans la plupart des cas, par une pression continue redresser le pied, mais celui-ci reprend très vite sa position vicieuse dès que la pression cesse ou que l’attention est de nouveau éveillée.

Si l’on demande au blessé d’exécuter un mouvement volontaire, il s’efforcera en vain d’y parvenir, et l’on voit alors les muscles de la jambe et même ceux de la cuisse se contracter fortement.

La contracture ne se présente pas toujours avee la même intensité, elle est moins prononcée à certains moments qu’à d’autres ; elle cède en tous cas entièrement à l’application de la bande d’Esmarch au nivean de la racine du membre, à moins qu’elle ne s’accom pagne d’une rétraction musculaire marquée.

Les troubles de la sensibilité revêtent les caractères que nous avons signalés plus haut dans les paralysies psychiques ; et il n’y a non plus aucune modification des réflexes ni des réactions électriques.

Si elles ne sont pas convenablement traitées,

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contractures et paralysies psychiques persistent sans amé ioration. Au contraire, à la longue, l’inaction détermine un certain degré d’atrophie et parfois de rétraction musculaires ; cependant, on est en droit de se demander si cette rétraction, quand elle existe, ne reconnaît pas une origine organique, car elle ne paraît pas s'établir avec une bien grande fréquence dans les pieds bots purement hystériques : au bout de plus d’une année, en effet, il a été souvent possible de les redresser sans difficultés.

Quoi qu’il en soit, il importe de savoir que plus tard, le traitement est institué, moins il a de chances de réussir, aussi devra-t-on s’efforcer de dépister aussitôt la nature psychique de ces pieds bots. En dehors de leurs symptômes que nous avons décrits, un des élé. ments du diagnostic sera l’étude des circonstances dans lesquelles ils sont apparus.

Un fait habituel dans leur histoire est la précocité de leur formation, ce n’est pourtant pas immédiatement après la blessure qu’ils sont constatés, mais quelques jours plus tard, alors par exemple que le blessé s’essaye à marcher. La plaie originelle est en bonne voie de guérison et aucune lésion organique ne peut expliquer la paralysie ou la contracture : une paralysie par lésion nerveuse se serait révélée aussitôt après le traumatisme et une rétraction musculaire n’a pas eu le temps matériel de se constituer.

La première hypothèse qui se présente à l’esprit est qu'il s’agit là de simulation. On est parfois tenté de se ranger à cette opinion. La simulation vraie est pourtant tout à fait exceptionnelle, mais il n’en est pas

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de même de la simulation exagération ni de la simulation persévération. Le blessé qui est sorti de la bataille n’éprouve guère en général le désir d’y rentrer aussitôt ; il est assez heureux qu’une ( bonne blessure » lui ait procuré quelques jours de repos, et il a tendance à « tirer sur la ficelle ». S’il ressent la moindre gêne en marchant, il ne cherchera pas à la surmonter et prétendra que la marche normale lui est tout à fait impossible ou bien alors que toute douleur au niveau de sa blessure aura disparu, il affirmera souffrir encore.

Il n’est pas toujours facile de prendre en faute ces blessés et de les convaincre d’exagération ou de mensonge ; d’autant plus qu’au bout de plusieurs mois, ils pourront présenter un certain degré de raideur articulaire et de rétraction musculaire. Maïs on ne devra jamais oublier que l’hystérie est toujours la «grande simulatrice » de Charcot, et il faudra attentivement examiner les blessés afin de rechercher quelle est la part de la conscience dans la création ou dans la fixation de leur attitude vicieuse afin de ne pas s’exposer à prendre de véritables malades pour des fraudeurs.

Pieds bots réflexes.

Les auteurs sont encore loin d’être d’accord sur leur nature, suivant les uns, ils ne seraient qu’une forme particulière des pieds bots psychiques, tels que nous venons de les étudier, suivant les autres, ils ont

une individualité propre et constituent un groupe distinct appartenant aux troubles physiopathiques de MM. Babinski et Froment.

On les a signalés à la suite des blessures les plus diverses : sétons du mollet, plaies superficielles ou même simples contusions de la cuisse, de la jambe ou du pied, blessures plus profondes avec ou sans fractures osseuses ; mais leur caractère constant est de ne pouvoir s’expliquer par le siège du traumatisme ou l’évolution des lésions.

Ils se présentent sous deux modalités différentes, paralysies ou contractures qui, dans certains cas, se trouvent réunies chez le même blessé.

Trois formes paraissent particulièrement fréquentes ; dans la première il y a une contracture des muscles pelvi-trochantériens en même temps qu’une parésie du pied qui se trouve en varus équin ; dans la deuxième il y a contracture en flexion de la jambe avec un certain degré de contracture en extension du pied qui ne repose sur le sol que par son talon antérieur ; dans la troisième on observe une parésie du triceps sural, et le pied est dévié en varus équin.

Ces attitudes n’ont par elles-mêmes rien de particulier, la contracture cependant revêt des caractères un peu spéciaux : elle est très prononcée et ne subit pas de variations marquées comme la contracture hystérique, elle persiste longtemps sans modifications, au contraire, elle s’accentue à la longue et s’accompagne rapidement de rétractions musculaires.

Mais ce qui fait établir le diagnostic de troubles réflexes, c’est l’apparition de tout un ensemble de

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signes minutieusement étudiés par M. Babinski et ses élèves et qui consistent en :

a) Troubles vaso-moteurs ne correspondant à aucun territoire nerveux particulier principalement localisés aux extrémités : œdème, coloration violacée de la peau ;

b) Abaissement prononcé de la température locale ;

c) Diminution de l’amplitude des oscillations de la pression artérielle du côté atteint ;

d) Hypersudation ;

e) Décalcification du squelette ;

f) Atrophie musculaire rapide ;

g) Hypotonie très marquée ;

h) Surexcitabilité mécanique, faradique et galvanique des muscles avec tétanos prématuré ;

i) Exagération latente des réflexes du côté malade que met en évidence la narcose chloroformique ;

3) Cessation tardive de la contracture dans le sommeil chloroformique ; elle ne disparaît qu’à la période d’anesthésie profonde et se réveille en même temps que les réflexes tendineux bien avant le retour de la conscience.

Ces différents troubles indiquent une perturbation dans le fonctionnement des vaso-moteurs, et il semble bien que dans la constitution de ces contractures et paralysies « réflexes », un rôle important doive être attribué au sympathique (Nous verrons plus loin quelles conséquences en ont été tirées au point de vue traitement). |

MM. Babinski et Froment qui soutiennent cetite opinion pensent que le spasme vaso-moteur est dû à

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une ((irritation réflexe ayant son point de départ dans une lésion périphérique » (1), et ils rapprochent la rapide atrophie musculaire de celle qui s’observe à la suite des lésions articulaires et à laquelle Charcot et Vulpian attfibuaient déjà une origine réflexe.

Mais d’autres auteurs rapportent les troubles vasomoteurs uniquement à l’inaction prolongée et admettent pour les contractures et les paralysies une simple origine psychique.

Tout récemment, MM. Claude et Lhermitte (2) se

basant sur certaines particularités des modifications des contractures ét paralysies réflexes pendant le sommeil chloroformique et sur l’évolution des troubles physiopathiques ont émis l’hypothèse que ces troubles étaient en rapport avec un état dynamogénique anormal des centres nerveux médullaires lié à la longue durée de la contracture ou de la paralysie qui, peut-être réflexes à leur origine, se seraient fixées par un mécanisme psychique.

D’autres, enfin, pensent que ce syndrome vasomoteur et moteur est sous la dépendance d’une névrite irritative spéciale, ascendante ou descendante, qui à été appelée névrite irradiante par MM. Guillain et Barré (3) ; cette opinion paraît ne pouvoir s'appliquer qu’à un très petit nombre de faits. ;

Nous n’entrerons pas dans une discussion qui ne

(4) BABINSKI (J.) et FROMENT (J.). — Des troubles vaso-moteurs et thermiques d'ordre réflexe (Société de Neurologie, 2 inars 1916) (Revue Neurologique, mars 1916).

(@) (Presse Médicale, 3 janvier 1918).

(3) GUILLAIN (G.) et BARRÉ (A.). — La névrite irradiante (Bulletin et Mémoires de la Société Médicale des Hôpitaux, 20 avril 1916).

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serait pas à sa place dans le cadre de notre étude particulière, nous nous contenterons de rappeler que, parmi les troubles signalés plus haut, certains comme les modifications électriques et la surexcitabilité mécanique des museles sont en rapport avec l’hypothermie; mais cette hypothermie ne paraît pas devoir être attribuée uniquement à l’inaction, car dans les pieds bots hystériques, elle n’est jamais aussi marquée que dans les pieds bots réflexes.

Enfin, si très souvent les troubles moteurs peuvent être rapportés à l’hystérie, les troubles vaso-moteurs en sont bien distincts, car la suggéstion ne peut les faire disparaître.

Il se peut qu’une influence psychique s'associe aux troubles réflexes, M. Babinski estime même cette association fréquente, mais il n’en est pas moins vrai que les caractères des troubles physiopathiques sont suffisamment nets pour mériter une place à part dans le tableau nosologique.

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