CHAPITRE V
Diagnostic des pieds bots équins.
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Deux questions se posent :
Y a-t-il équinisme ?
Quelle est l’origine de cet équinisme ?
1° Y a-t-il équinisme ?
Nous avons défini l’équinisme comme étant l’hyperextension permanente du pied sur la jambe, mais peu à peu au cours de notre exposé nous avons été amenés à élargir notre définition et à appeler équinisme toute attitude anormale et habituelle du pied caractérisée par son extension, et nous distingüions ainsi des équinismes légers, discrets et des équinismes plus accentués.
Certains auteurs, en particulier M. H. Lance, consi-
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dèrent qu’ «il y a équinisme toutes les fois qu'il y a réduction de l’angle de flexion du pied sur la jambe » (1). C’est peut-être aller un peu loin et nous ne pensons pas que l’on puisse déclarer équin un pied pouvant se fléchir normalement et de lui-même à angle droit sur la jambe.
C’est d’ailleurs l’opinion de la plupart des chirurgiens qui disent corriger l’équinisme quand ils placent le pied à angle droit sur la jambe et qui parlent d’hypercorrection, quand ils le maintiennent à angle aigu.
Pour nous donc, un pied sera équin quand, d’une façon habituelle et permanente, il fera avec la jambe un angle supérieur à 90°.
Ceci posé, nous rappelons que le siège de la déviation est dans l’articulation tibio-tarsienne, et nous ne confondrons pas avec l’équinisme vrai la flexion de l’avant-pied sur l’arrière-pied qu’a étudié le Professeur Quénu sous le nom d’inflexion plantaire ou d’équinisme antérieur. É
Dans la plupart des cas, il est facile de faire le diagnostic positif de l’équinisme, la déformation saute aux yeux, mais nous avons déjà signalé qu’il n’en était pas toujours ainsi, en particulier dans certaines fractures de jambe consolidées en position vicieuse : comme le blessé peut poser la plante à plat sur le sol, on pourrait ne pas s’apercevoir de l’augmentation de l’angle formé par sa jambe avec son pied, et ce n’est que par un examen attentif que l’on parviendra à s’en rendre compte. De même dans d’autres circonstances où une
(4) LANCE (M.). — Sur l'équinisme consécutif aux plaies de guerre (Presse Médicale, 8 novembre 1917).
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certaine hyperextension du genou a compensé en quelque sorte une légère déviation en équinisme. F
En présence donc d’une boîterie ou d’une mauvaise attitude du membre inférieur, il faudra avoir soin, après immobilisation de la jambe et de la cuisse, de rechercher, et au besoin de mesurer à l’aide d’un goniomètre, quelle est l’amplitude des mouvements de l’articulation tibio-tarsienne, afin de rapporter le trouble fonctionnel à sa véritable cause.
2° Queile est l’origine de l’équinisme ?
Une fois l’équinisme constaté, il importe d’en connaître l’origine, car les indications du traitement varient suivant celle-ci, et il est bien évident que la conduite à tenir ne sera pas la même en face d’une ankylose vicieuse du cou-de-pied que devant une contracture des muscles du mollet.
Tout d’abord, existe-t-il actuellement une lésion capable d’expliquer la déviation, ou bien aucune lésion ne peut-elle la justifier ?
Dans le premier cas, le diagnostic sera simple : c’est un raccourecissement du membre inférieur qui a déterminé la formation d’un pied bot de compensation ; c’est une fracture de jambe vicieusement consolidée qui a provoqué l’attitude équine ; c’est une arthrite développée à la suite d’une blessure de l’arrière-pied qui a entraîné une ankylose de la tibio-
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tarsienne ; c’est une cicatrice étendue de la région antéro-externe de la jambe, adhérente aux plans profonds, qui limite la contraction des muscles sousjacents ; c’est encore une large plaie du mollet, un délabrement considérable des gastrocnémiens qui à amené leur rétraction cicatricielle ; ou bien enfin, on constate des signes nets de paralysie du grand sciatique ou du sciatique poplité externe.
Mais dans les autres cas, ni la situation de la blessure, ni son évolution, ne peuvent renseigner sur la cause de l’équinisme. Il s’agit de sétons du mollet rapidement cicatrisés, de lésions superficielles, parfois de simples contusions de la cuisse, de la jambe ou du pied, et cependant celui-ci est dévié.
Il faut alors, après s’être informé de l’époque et du mode d'apparition de la difformité, examiner très attentivement le blessé, chercher si une pression méthodique et soutenue peut redresser le pied, vérifier l’état des muscles et des articulations, dépister les troubles les plus légers de la sensibilité et de la vasomotricité, établir le mode de réaction des muscles et des nerfs aux différents courants électriques.
Pour compléter ces renseignements, un examen pendant le sommeil chloroformique sera nécessaire, il permettra de distinguer s’il s’agit de rétraction ou de simple contracture, et il révélera la nature physique, psychique ou physiopathique de la déformation. Enfin, une radiographie donnera d’utiles indications sur l’état du squelette et sur la présence possible de petits corps étrangers.
Alors, de l’ensemble des signes constatés, on pourra
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tirer une conclusion et déterminer l’origine de la déviation.
Cependant, et nous ne saurions trop insister làdessus, à la longue l’attitude vicieuse tend à se fixer, l’inaction entraîne un certain degré d’atrophie musculaire et d’hypothermie du membre, elle favorise la rétraction des muscles, la raideur des articulations et le diagnostic causal de l’équinisme devient de plus en plus délicat.