ANDRE, G. GROSS, MICHEL, LUCIEN
À MFS AMIS,
C'était dans les dernières semaines de juillet 1914, les thèses succédaient aux thèses et nous les fêtions joyeusement. Cependant une ombre passait dans notre joie, les événements extérieurs se précipitaient et la menace de la guerre grandissait tous les jours.
Nous en diseutions entre nous, sans crainte, nous étions confiants dans les destinées de la France et nous nous félicitions même de ce qu’une occasion nous fut offerte de relever la tête et de montrer au monde que nous n’étions plus des vaincus.
Au diner de thèse de Heully, nous parlions de nos affectations diverses ; nous échangions nos adresses militaires ; nous sentions que l’heure des séparations était proche.
Elle est venue : dès le 2 août, avec les régiments du 20° corps, la plupart d’entre nous campait devant Nancy.
J'étais alors médecin auxiliaire au 37° d’infanterie, troupe de couverture ; nous faisions des patrouilles, nous creusions des tranchées et, rêvant des batailles prochaines, du haut des collines de la $Seille, nous reconnaissions dans la brume bleue, la massive silhouette de la cathédrale de Metz.
Mais ce n’est pas de ce’côté que nous devions être engagés, c’est un peu plus au sud devant Réchicourtla-Petite, que le 14 août, nous passions la frontière, et c’est alors aussi que nous avons reçu les premiers obus. :
Deux jours plus tard, nous marchions sur Morhange. Avec quel enthousiasme nous voyions aux clochers flotter le drapeau tricolore ! Dans les rues des villages délivrés, nous défilions et, les yeux brillants de bonheur, les Lorrains nous regardaient passer.
Le 19 août au soir, le choc se produisit ; il était 4 heures environ. Le temps était superbe, le soleil radieux, pas un nuage dans le ciel pur ; derrière la voie du chemin de fer, nous apercevions Morhange et ses casernes de briques.
Après deux jours de combats, le 37° n’était plus éloigné des premières maisons de la ville, quand l’ordre arriva de battre en retraite. Alors il fallut revenir, traverser à nouveau ces villages que l’on avait vus en fête, repasser la frontière.
Depuis, sur le Grand Couronné, sur la Somme, en Artois, sur l’Yser, à Verdun, nous avons contenu les Allemands ; à Neuville-Saint-Vaast, en Champagne, à Maurepas, sur le Chemin des Dames, nous les avons battus ; mais nous n’avons pas encore refranchi ja frontière... Tous cependant nous savons que ce beau jour viendra, tous nous avons confiance en la victoire vers laquelle nous marchons. Alors la paix sera prochaine et le retour dans nos foyers. Nous retrouverons avec bonheur notre bonne Ville de Nancy que l’ennemi n’a pu souiller de son odieuse présence,