TRAITEMENT
Le pied creux essentiel est d’origine ligamenteuse. Cette faiblesse primitive des ligaments rend le traitement difficile. Mais si l’on ne peut remédier À cette malformation primitive, du moins peut-on, par des soins appropriés et continus, enrayer la marche de l'affection et empêcher que les malades qui en sont atteints ne deviennent des infirmes.
Contre les lésions secondaires, contre les malformations qui en sont la conséquence, nous pouvons agir efficacement.
Mais, comme dans toute la chirurgie orthopédique, il faut beaucoup de patience et de persévérance. C’est seulement aux prix d'efforts suivis que l’on obtiendra un résultat favorable ; ce résultat sera d'autant meilleur que l’on aura plus tôt appliqué le traitement.
L'abaissement de l'avant-pied est le premier symptôme du pied creux. Les muscles qui peuvent s'opposer à cet abaissement sont les muscles de la région jambière antérieure : jambier antérieur, extenseur commun des orteils, extenseur propre du gros orteil et le pédieux.
En les fortifiant, en augmentant leur tonicité, on pourra, dans une certaine mesure, remédier à la chute de l’avant-pied et évitér qu’elle ne s’accentue.
L'électrisation, le massage, les exercices orthopédiques, Île port d’une chaussure à semelle spéciale nous en fourniront les
moyens.
1° Electrisation. — On peut enployer, pour électriser les muscles, les courants faradiques ou les courants galvaniques, c’est-à-dire les courants induits interrompus ou les courants continus.
Si l’on fait usage des courants induits, il faut éviter de se servir de courants de très forte intensité ; il est prudent aussi de ne pas prolonger les séances de faradisation au delà de huit à dix minutes.
Dans l'application thérapeutique des courants faradiques on peut employer soit la méthode polaire, soit la méthode de faradisation localisée de Duchenne de Boulogne.
Les courants faradiques agissent par une sorte d'action mécanique sur l'excitabilité des fibres musculaires. Ils exercent aussi indirectement une action sur la nutrition du muscle en activant par suite des contractions provoquées, la circulation intramusculaire. D'après Huet, ils agissent probablement encore d’une façon indirecte sur les muscles en provoquant par voie réflexe l’excitation des centres trophiques médullaires correspondants.
« Lorsque l'on se sert des courants galvaniques, il ne faut pas, dit Vulpian, employer des courants très intenses, mais il faut, surtout, si les courants sont faibles, prolonger l’électrisation pendant vingt minutes, une demi-heure, une heure et même pendant un temps plus long encore ».
Les courants continus produisent des effets calorifiques, mécaniques et chimiques très complexes. Pour d’Arsonval, les effets thérapeutiques dépendraient d’autres phénomènes : modifications de la nutrition intime, de la structure moléculaire et de l'activité fonctionnelle de certains éléments organiques.
Les courants galvaniques oftrent un avantage incontestable, c'est qu’on peut les employer sans produire de la douleur.
Si l’électrisation est indiquée au début du pied creux pour les muscles de la région antérieure de la jambe, elle est plus nécessaire encore lorsque les interosseux commencent à s’atrophier. C'est sur eux qu'il faut alors agir en se rappelant que les électrisations très énergiques et très prolongées pourraient produire
un résultat inverse de celui que l’on veut obtenir, c'est-à-dire activer le travail d’atrophie au lieu de modérer sa marche.
En somme, il faut faire porter l’électrisation sur tous les muscles de la jambe et du pied, de façon à maintenir un équilibre musculaire normal et pour suivre le traitement tant que l’affection continue d’évoluer.
2° Massage. — Lé massage développe les muscles, les fortifie, aussi faudra-t-il l'employer dans le traitement du pied creux essentiel : massage des muscles du pied et de la jambe, seul ou plutôt suivi de frictions à l’alcool.
3° Exercices orthopédiques. — Les exercices orthopédiques consisteront dans des mouvements de flexion, d’extension, d’abduction et d’adduction du pied exécutés par le malade, mouvements très lents et répétés une vingtaine de fois à AVAL reprises dans la journée.
Enfin, on pourra opérer avec la main le redressement du pied creux en soulevant l’avant-pied au niveau des articulations métatarso-phalangiennes. Cet exercice aura pour effet de lutter contre la rétraction de l'aponévrose plantaire et d'empêcher son accentuation.
L’électrisation, le massage, les exercices orthopédiques s'ils fortifient les muscles ne suffisent pas toujours à empêcher l’affection d'évoluer, et la voûte plantaire de s’excaver de plus en plus. Il faut, en outre, soutenir par une semelle convenable la région plantaire.
4 Semelle orthopédique. — Sur la semelle en cuir d’un soulier à bout carré, on fera appliquer, à l'intérieur, une semelle en liège surélevée au niveau des articulations métatarso-phalangiennes, abaissée au niveau du talon. |
Cette semelle a un double avantage : elle soutient l’avantpied, le ramenant à sa position normale et corrigeant ainsi l'excavation exagérée de la voûte plantaire, et elle évite la rétraction secondaire du tendon d'Achille produisant l'équinisme.
Les appareils de Bigg, de Bauer, de Becly, se composent d'une botte avec semelle métallique ; une pression assez forte peut être
Perreaux 4
exercée sur le dos du pied au moyen de lanières en cuir ou d'une double vis.
Becly a recommandé dans le traitement du pied creux congé-
nital un appareil composé d’une semelle métallique sur laquelle le pied est fixé par des courroies qui entourent la face dorsale et le cou-de-pied. Le redressement est obtenu au moyen de trois vis à clef placées au niveau de la face plantaire et qui agissent sur les courroies. Les séances de redressement doivent être répétées plusieurs fois par jour. Onse sert plus tard d’un appareil plus simple constitué par une plaque métallique sur laquelle la face plantaire est appliquée par une large bande en caoutchouc.
- Cet appareil de Becly pourrait servir également pour le pied creux essentiel, mais il est inutile tant que la correction manuelle peut être réälisée, et insuffisant lorsque la déformation est devenue irréductible.
Dans le pied creux essentiel premier degré, l'exercice orthopédique, le massage, l’électrisation et le port d'une semelle en liège suffisent ordinairement à améliorer Le pied creux, ou du moins à le rendre supportable et à l'empêcher de s’exagérer.
Si des durillons apparaissent à la face plantaire du talon antérieur, il faudra excaver la semelle en liège au niveau de ces durillons.
Lorsque la rétraction de l’aponévrose plantaire est extrêmement prononcée et que, partant, la correction manuelle du pied creux est devenue impossible, le traitement orthopédique et les appareils deviennent insuffisants.
Il faut alors recourir à la ténotomie de l’aponévrose plantaire.
Ténotomie de l’aponévrose plantaire. — Nous décrirons cette opération d’après le manuel opératoire de M. le professeur Kirmisson. |
Pour pratiquer cette petite opération, on devra se rappeler que l’aponévrose plantaire représente non pas un cordon arrondi tendu du caleanéum aux articulations métatarso-phalangiennes, mais -bien une large bandelette qu’il faut sectionner dans toute sa largeur si l’on veut obtenir un résultat satisfaisant,
« Pour cela, sur le bord interne du pied au niveau de l’articulation médio-tarsienne, astragalo-scaphoïdienne on introduit un ténotome pointu et on le fait cheminer transversalement et à plat dans toute la largeur de la voûte plantaire, entre la peau et l’aponévrose du bord interne vers le bord externe du pied. En retirant le ténotome pointu, imprimer à sa pointe un léger mouvement en arc de cercle, de façon à élargir un peu le canal souscutané ainsi créé. Substituer ensuite au ténotome pointu le ténotome mousse dont Le tranchant est tourné du côté de l’aponévrose. En même temps qu'on appuie le tranchant de l'instrument vers la face libre de cette aponévrose, on imprime à l'articulation mélatarso-phalangienne des orteils un mouvement de relévement de façon à bien tendre les différents faisceaux de cette aponévrose qui doivent être sectionnés dans toute leur largeur. La petite plaie est pansée avec de la gaze aseptique et Le pied est soutenu au moyen d’une attelle plâtrée qui permet à la cicatrisation de se faire dans une bonne position ».
Lorsqu'il existe de la rétraction du tendon d'Achille, on peut associer à cette opération la ténotomie sous-cutanée de ce tendon. <
Scheede conseillait l'aponévrotomie à eiel ouvert, nous lui préférons la sous-cutanée, aussi facile à exécuter, demandant des soins consécutifs plus simples et ne produisant qu'une très petite cicatrice. |
Certains chirurgiens ont préconisé la tarsoclasie, mais cette opération aveugle ne semble pas devoir fournir de bons résultats. Aussi faudra-t-il s’en tenir pour le pied creux essentiel premier degré au traitement orthopédique que nous avons indiqué ; pour le pied creux essentiel deuxième degré à la section souscutanée de l’aponévrose plantaire avec redressement sous chloroforme et maintien en bonne position au moyen d’une attelle
plâtrée.
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