VI PRÉFACE
après que nous avions eu la satisfaction de \oir la pince hémostatique accueillie par beaucoup de chirurgiens nonseulement de Paris et delà province, mais encore de l'étranger, nous n'aurions jamais songé que l'on pût avoir la pensée de nous disputer le mérite si laborieusement acquis d'avoir introduit en chirurgie une méthode nouvelle. C'est pourtant ce qui est arrivé. Une revendication, entre autres, a été faite à la Société de chirurgie par un chirurgien étranger en termes tellement acerbes et tellement contraires au langage scientifique, que nous avons cru dans l'intérêt de notre dignité devoir réduire à néant les assertions qu'elle renfermait. La cinquième et la sixième leçon contenues dans le présent travail ont été faites dans ce but. Ceux de nos lecteurs qui auraient conservé des doutes même légers sur la part qui revient au chirurgien de Strasbourg dans l'application du pincement hémostatique seront, nous l'espérons, complètement édifiés sur ce point. Us reconnaîtront d'e plus que, malgré les paroles blessantes que notre adversaire n'avait point ménagées, nous avons fait tout notre possible pour nous tenir éloigné de cette violence de langage dont il nous avait donné le fâcheux exemple, et qui prouve le peu de valeur de ses insinuations. D'ailleurs fliomme qui, pour obtenir quelques séries heureuses, dont il parle uniquement, cà tout propos, sur le ton de l'emphase, choisit avec soin ses opérés, ne se contentera pas des efforts stériles qu'il vient de faire pour s'emparer de ma méthode d'hémostase : il voudra s'approprier de môme tous les perfectionnements que j'ai apportés à la pratique chirurgicale. Ces sentiments, dictés par un état maladif, nous portent plus à le plaindre qu'à le blâmer. Aussi nous refuserons de le suivre désormais sur un pareil terrain et nous dédaignerons de répondre à ses grossières altercations. Comme par le passé, nous nous contenterons de livrer à la publicité les faits
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tirés de notre pratique, et plus spécialement ceux de notre service hospitalier. Ils passent sous les yeux d'un nombre de confrères français et étrangers assez grand pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en établir plus longuement l'authenticité.
Outre ces leçons, nous avons fait faire un nouveau tirage de la monographie de MM. Deny et Exchaquet, afin de pouvoir l'ajouter à cette pubhcation. De la sorte, les chirurgiens qui voudront prendre connaissance de la question auront, sous les yeux, des documents complets qui leur permettront de mieux suivre les phases de la question à la vulgarisation de laquelle nous avons consacré tant d'efforts.
DU PINCEMENT HEMOSTATIQUE
Messieurs,
Nous re\ienclrons aujourd'hui sur un sujet que bien des fois déjà nous avons eu 1 occasion d'étudier longuement ensemble : Yhémostasie par pincement.
Ceux d'entre yous qui ont assisté à mes leçons, soit à Saint- Antoine, soit dans cet hôpital, connaissent les services que cette méthode a rendus jusqu'ici et se font une juste idée de ceux qu'elle est appelée à rendre encore. 11 a fallu, malgré tout, une expérience de plusieurs années pour que le pincement triomphât des défiances qui l'avaient accueilli à son origine. Je l'employais constamment et depuis longtemps dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui ; mes élèves, mes aides, les fabricants d'instruments de chirurgie qui assistent ordinairement à nos opérations, en avaient reconnu les avantages, les mentix)nnaient de tous côtés et personne ne songeait à en prof) r. Enfin quelques-uns de nos collègues des hôpitaux se déc' ;irent à entrer dans la même voie que nous. M. Verneuil fit, é premier connaître à la Société de chirurgie l'uti- Iv' du pincement qu'il appela forcipressure. Bien que son / jivail eût pour base un nombre restreint d'observations, il / ontribuait à démontrer ce que j'avais avancé tant de fois : .;iue la pince est un auxihaire précieux dans les opérations et
qu'elle est capable de suppléer à rinsuffisance des autres agents d'hémostase, sinon de les remplacer tous (1).
Au moment où M. Verneuil faisait sa communication, deux de mes internes, MM. Deny et Exchaquet, publièrent un court résumé des leçons quej'avais professées, en 1874, surlemême sujet (2).
Vous vous demanderez probablement, Messieurs, pourquoi je n'ai pas, comme eux, adopté le mot forcipressure, qui a reçu la consécration de la publicité. Je comprends d'autant mieux cette question que l'expression est rationnelle et élégante et que sa terminaison se rapproche assez de celle d'autres mots employés communément jusqu'à ce jour, pour ne pas compliquer inutilement notre nomenclature chirurgicale. Malheureusement, ces qualités sont annihilées par un défaut de précision regrettable.
Que signifie, d'après son étymologie, le mot forcipressure? Pression avec la pince. A ce titre la compression médiate avec des instruments à deux branches, comme celle que fait Galiay dans les hémorrhagies de la paume de la main ; la compression excentrique et bilatérale de Dupuytren dans l'opération de la taille, pourraient être rangées parmi les variétés de la forcipressure. Je crois, Messieurs, que vous avez déjà repoussé toute assimilation entre ces procédés et ma méthode.
Je m'en tiendrai donc dans les leçons que je me propose de vous faire désormais au mot pincement dont la forme n'est ni latine, ni savante sans doute, mais dont la signification n'est pas assez élastique pour prêter à des confusions toujours regrettables.
C'est également pour éviter toute équivoque que je reprendrai aujourd'hui même l'historique de la question. Vous verrez comment certains chirurgiens ont été amenés à chercher dans la pince un agent d'hémostase ; je tâcherai de vous montrer les germes d'insuccès que renfermaient les procédés
(I) V. Bulletins et mémoires de la Société de chirurgie de Paris, année 1875, pp. 47, 108, 273, o22, 646.
(2j De la forcipressure. Paris, 1875. Brochure annexée aux Leçons de clinique chirurgicale, de l'année 1875.
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mis en usage et qui les ont fait rejeter aussitôt après qu'ils ont été expérimentés.