‹ Du pincement des vaisseaux comme moyen d'hémostase; leçon extraites du second volume des Cliniques chirurgicales du dr. PéanChapitre 6 sur 67 · ÉTUDE HISTORIQUE SUR LE PINCEMENT · texte numérisé non relu

ÉTUDE HISTORIQUE SUR LE PINCEMENT

La ligature, que le génie d'Ambroise Paré avait fait accepter presque sans conteste, fut pendant plus de deux siècles considérée non-seulement comme le meilleur, mais encore Tunique moyen d'hémostase pour toutes les hémorrhagies artérielles.

Vers la fm du dix-huitième siècle, une légère réaction se produisit contre elle : on s'aperçut qu'elle était difficilement applicable dans certains cas, que dans d'autres elle n'était pas sans danger. Il suffit presque toujours qu'un mal soit signalé pour qu'on s'efforce d'en trouver le remède. C'est ce qui arriva pour la hgature. Malheureusement, les premières tentatives répondirent mal aux intentions de leurs auteurs : du presseartère de Deschamps, des lames de plomb de Percy, nous n'avons guère conservé que le nom. Ces insuccès ne découragèrent personne ; vous verrez dans le cours de cet historique qu'un procédé est à peine oublié quand un autre de même nature est de nouveau préconisé; que la description d'une pince hémostatique provoque immédiatement des descriptions d'instruments semblables et fait surgir de nombreuses revendications de priorité.

Des chirurgiens ont avant nous comprimé des artères ou des veines volumineuses avec des instruments solides et ingénieux ; d'autres ont fait de l'hémostasie temporaire dans le cours de toutes les opérations ; un seul, Nunneley, a entrevu la possibihté et la valeur de l'hémostasie définitive au moyen d'un pincement. Nous passerons en revue les différents travaux dans lesquels sont décrits ces procédés, et, dans un court résumé, nous tâcherons de vous montrer oii en était la question lorsqu'cà notre tournons avons pratiqué le pincement hémostatique.

Nous verrons ainsi le pincement appliqué : 1° aux plaies artérielles et aux anévrysmes ; 2" à l'arrêt d'hémorrhagies déterminées, celles qui comphquent la taille ou la hernie étranglée par exemple; 3° à toutes les hémorrhagies.

Pl>-CEMErsT DANS LES PLAIES AKTÉRIELLES ET LES AXÉVRYSMES- (Morceaux de bois — lames de plomb — compresseurs artériels.)

Desault, un des premiers, voulut ajouter à la ligature des procédés de compression immédiate, faciles à mettre en usage lorsqu'elle serait insuffisante. En 1787, il dut, dans un cas de nécessité absolue; recourir à l'un d'eux. A la suite d'une plaie de la fémorale, la ligature d'un seul bout, celle des deux bouts ne mirent point à l'abri d'hémorrhagies consécutives. Desault alors dénude l'artère, passe au-dessous d'elle une mince palette de bois, en place une seconde au-dessus, et, à l'aide de fils convenablement serrés, il aplatit le vaisseau entre elles ; les hémorrhagies ne reparurent point (1). Desault ne fut pas sans réfléchir longuement à l'avantage que présentait son procédé d'urgence. Il fit même construire pour en faciliter l'application divers instruments, que Percy appelle de petites machines en bois^ répondant probablement tous à la même indication. Aucun d'eux n'a été adopté parles chirurgiens de son temps et Desault lui-même ne nous en a pas laissé la description.

Percy se servit au lieu de morceaux de bois de lames de plomb, dans lesquelles il enroulait les vaisseaux. Ce procédé expérimenté sur les chevaux ne fut guère employé que deux fois chez l'homme; la première observation d'hémostasie par la lame de plomb est due à Percy lui-même. Il réussit à arrêter de cette manière des hémorrhagies rebelles consécutives à une ulcération cancéreuse delà fémorale (2) ; la seconde observation est due àPaletta(3), Ce chirurgien ayant eu à la suite d'une castration des accidents graves dus à la ligature eu

(1) Jour, de méd., de chirurg. et pharm., 1790, t. LXXXIII, p. 34.

(2) Verneuil, loc, cit., p. 282.

(3) SieboUrs Chiron, t. I, 1803.

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masse du cordon, préféra, dans une opération ultérieure, l'entourer d'une lame de plomb qu'il serra à la manière de Percy.

Voilà, direz-vous, deux méthodes d'hémostase qui ne ressemblent guère au pincement. Peut-être même croyez-vous qu'il faudrait étendre démesurément le champ de la forcipressure afin de pouvoir les y ranger. Je n'ai pas à discuter cette remarque qui me semble parfaitement juste.

Mais si l'on ne peut voir dans les morceaux de bois ou les lames de plomb, les ancêtres même préhistoriques de la pince, on ne doit point les passer pour cela sous silence. Vous ne pourrez avoir une idée juste de l'évolution de la méthode que si vous connaissez les tâtonnements des premiers jours.

Moins de vingt ans après les tentatives malheureuses de Percy et de Desault, apparurent pour la première fois les compresseurs artériels en forme de pince. Duret en décrit un dans sa thèse inaugurale (1). Cette pince anévrysmale, comme il l'appelle, a été construite surtout en vue de la compression

Fig. 1.

Pince anévrysmale de Duret.

des grosses artères (voy. fîg. 1). Elle exige pour être appliquée une dénudation complète du vaisseau et elle doit rester en place pendant plusieurs jours.

La pince de Duret ne fit guère parler d'elle; en revanche le presse-arlère dont Assalini donna la description l'année suivante, eut une période de vogue indiscutable. La construction de cet instrument était plus parfaite que celle de la pince

(i) Sur la comiwehmn immédiate des artères dans l'opération de Vanévrisme. Paris, 31 juillet 1810, n. 8o.

de Duret (voy. fig. 2). Était-ce une invention réelle ou un simple perfectionnement ? Nous sommes disposé à accepter la seconde opinion. Rien d'ailleurs n'est plus difficile à élucider

Fig. 2. — Compresseur artériel d'Assalini (1)

que ces questions de priorité lorsqu'il s'agit d'une méthode et surtout d'un instrument.

Si nous en croyons deux revendications postérieures à la thèse de Duret, sa pince elle-même n'aurait été qu'une copie mal comprise d'instruments déjà construits dans le même but. « Dans un petit mémoire sur la compression immédiate que j'ai soumis au jugement de M. Roux en 1809, un an avant que M. Duret présentât sa thèse, écrivait Lévêque

Fig. 3. — Compresseur de Percy (2).

en 181 2, j'ai aussi décrit un instrument compressif qui me paraît laisser plus de facilités pour graduer à volonté la com-

(1) Gravure extr. du Manuale de chirurgia. Napoli, 1824.

(2) Ibid. du Mémoire de Ristelhueber.

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pression et proportionner les efforts du levier aux résistances

Fi:^. 4. — Pince artérielle de Pàstelhueber.

qu'il peut avoir à vaincre (1). » Ristelhueber dans un travail lu à la Société de médecine de Strasbourg en 1817 (2), parle de trois instruments destinés à l'hémostase, deux pinces, l'une employée par Percy (voy.

fig. 3) , l'autre dont l'idée lui appartient (voy. fîg. 4) et une sorte de podomètre construit par un fabricant nom-

, ,, . -r-^ , r. ^ Fig. 5. — Compresseur de Sir Henry.

me Sir Henry (voy. fig. o).

Tous ces instruments se ressemblent d'une manière frap-

(1) Considération pour servir à l'histoire et au traitement des anévrysme^ externe. Paris, 22 août 1812, n. 152.

(2) Mémoire de la Société médicale d'émulation, 1817.

pante. Leurs inventeurs ont-ils eu en même temps la même idée ou l'un d'eux s'est-il emparé sans scrupule de celle d'un autre? Que Duret ait profité des leçons de Percy, qu'Assalini ait eu connaissance de la thèse de Duret, ce sont des questions que nous ne tenterons point de résoudre; ce qu'il y a de certain, c'est que la pince d'Assalini fut la seule dont l'usage se répandit. En Italie, Monteggia, Brutti et Assalini lui-même traitèrent avec succès des anévrysmes par ce moyen. Paolo Cancer l'employa en même temps que la ligature à la suite d'une plaie de deux artères de l'avant-bras. Dans plusieurs de ces cas l'instrument répondit aux espérances qu'il avait fait concevoir. Assalini voulut alors donner une plus grande publicité à sa découverte. Il fit, en 1814, un voyage en Angleterre et en Irlande, et montra son compresseur aux chirurgiens de ces deux pays. Travers l'expérimenta sur les animaux (1), Cramplon l'adopta en principe, mais le modifia dans sa forme. Les autres chirurgiens réservèrent leur ^jugement ou s'en tinrent à la ligature. A partir de ce moment on n'a plus parlé du compresseur d'Assalini que pour le rejeter.

«Tous ces instruments, dit Bérard, dus à Deschamps, à Assahni, Forni et Crampton, ont pour inconvénients d'irriter violemment les plaies et de disposer à l'ulcération de l'artère dont ils ne ferment violemment le canal que d'une manière incomplète. Il est donc complètement inutile de s'y arrêter plus longtemps (2j. » Cette sentence d'excommunication ne fut ni contestée, ni relevée, et pendant plus de vingt ans on ne pensa plus aux pinces ni aux compresseurs artériels.

En 1865, M. de l'Estrange deDubhn s'en servit de nouveau. La construction et le principe de son instrument rappellent celui de Sir Henry, ou mieux encore le cathéter dont nous nous servons pour retirer les corps étrangers de la vessie (voy. fig. 6). Aura-t-il un meilleur sort que ses devanciers? Je n'ose l'espérer. U y a plus de dix ans que M. de l'Estrange l'a fait connaître

{l)Méd. chir. trans.,i. VI, p. 648, 18Ib. (2) Dict. de méd., en 30 vol., art. Ligature.

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et peu de personnes en ont parlé. M, Porter de Dublin a publié seul un cas dans lequel il l'a employé avec succès ;

Fig. 7. — Compresseur de Loffler pour la carotide.

Fig. 6. — Compresseur de de l'Estrange.

nous ne savons pas si son inventeur ne l'a point abandonné lui-même.

Que dire de ces tentatives répétées de ce problème de la suppression de la ligature toujours posé et jamais résolu? Une seule chose à mon avis : cette suppression est une nécessité à laquelle le pincement seul peut répondre. En France, en Italie, en Angleterre, la question est présentée avec la même netteté et des procédés pour ainsi dire identiques sont préconisés à différentes époques dans le même but. Cette similitude historique est un argument que l'on peut joindre à

tous ceux que je vous ai donnés ou que vous avez tirés vousmêmes de ma pratique.

Je ne vous ai parlé, Messieurs, que des instruments dont les analogies avec la pince sont indiscutables et qui, comme

elle, saisissent directement entre leurs mors les vaisseaux à comprimer; je pourrais joindre aux précédents d'autres compresseurs à deux branches comme celui de Lôffler pour la carotide (1) (voy. fig. 7), les serrenœuds à plaques, tels que le serreartères de Deschamps et celui d' Ayrer (voy. ûg. 8 et 9). Mais tous ces instruments se rapprochent plus par leur forme et leur construction des tourniquets que des pinces proprement dites ; je crois devoir les néghger.

Fig. 8 et 9. — Presse-artères de Deschamps et d'Ayrer.

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