DOIT ET A Y 0 1 11 DES PRINCIPAUX ÉTATS
L’institution des emprunts d’Etat est une invention de notre siècle de lumières, que l’on pourrait appeler aussi le siècle des emprunts. Sans doute, les emprunts d’Etat n’étaient pas tout à fait inconnus auparavant ; mais c’est de nos jours qu’ils se sont librement donné carrière, qu’ils se sont pour ainsi dire démocratisés, qu’ils sont devenus accessibles à tous les Etats. Autrefois, il était admis que pour avoir de bonnes finances, il fallait ne dépenser que ses revenus, employer les excédants à diminuer les charges, et ne rien entreprendre sans avoir en réserve des ressources disponibles. Aujourd’hui, c’est une maxime reçue que tout Etat doit avoir sa dette ; que, plus il s’endette, plus il s’enrichit. Notre temps, si incrédule qu’il se prétende, si positiviste qu’il se dise, a donné aux gouvernements, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, sa foi pleine et entière, et
DES FONDS D’ÉTAT ÉTRANGERS
leur a confié ses épargnes. Ceux-ci ayant à leur portée, et en quelque sorte sous la main, un inépuisable réservoir, alimenté par la foi des croyants, se sont laissé aller à y puiser sans compter. Au budget normal et régulier des dépenses ordinaires, ils ont ajouté une sorte de post-scriptum, le chapitre des dépenses extraordinaires, qui n’ont, à vrai dire, d’extraordinaire que le nom, puisqu’elles se reproduisent invariablement chaque année. Ce précieux appendice leur a permis de masquer la vue des oiseaux de mauvais augure appelés déficits, et de présenter un simulacre de finances en équilibre.
C’est ainsi que la dette des principaux Etats civilisés du globe s’élevait dans son ensemble, en 1879, à la somme colossale de cent dix-neuf milliards de francs l. Il reste à savoir quelle est la situation financière de ces débiteurs omnipotents, contre lesquels il n’y a pas de voies d’exécution et qui n’ont à offrir à leurs créanciers comme gage de leurs créances que leur crédit personnel. A cet égard, on peut distinguer trois catégories de fonds d’Etat : 1° ceux qui constituent des valeurs de placement par excellence, et qui sont aisément reconnaissables à ce signe qu’ils ne donnent qu’un revenu très faible, tels sont les fonds anglais, belges, hollandais, américains; — 2° ceux qui constituent tout à la fois des valeurs de placement et de spéculation, qui trouvent leur place dans le portefeuille des banquiers en mesure d’être bien renseignés, mais dont les petits