‹ Du plaisir et de la douleur (volume 2)Chapitre 3 sur 30 · AVERTISSEMENT. VII · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. VII

qu'ils sont naturellement beaucoup plus portés à réfléchir sur leurs plaisirs et leurs douleurs que sur leurs propres pensées. En effet le plaisir et la douleur ont en eux une certaine vertu qui force les plus distraits, les plus insouciants des choses de l'âme et de la conscience, à se replier sur eux-mêmes et à leur prêter quelque degré d'attention. Quoique nous soyons ordinairement entraînés au dehors de nous par les objets qui nous causent du plaisir ou de la douleur, nous ne pouvons pas cependant nous empêcher d'avoir aussi, dans le même temps, quelque regard sur ce que nous ressentons au dedans de nous-mêmes.

La douleur surtout n'a-t-elle pas une vertu merveilleuse pour nous contraindre à l'observation des scènes delà vie intérieure? Quel est celui qui, sous l'empire de la douleur, n'a pas fait, malgré lui, plus ou moins de psychologie? Voyez avec quelle finesse, avec quelle subtilité, le malade, inquiet et attentif, analyse, décrit les sensations confuses qu'il ressent dans les profondeurs de l'organisme. Admirez avec quelle délicatesse la femme la plus igno-

VIH AVERTISSEMENT.

rante sait rendre compte des sentiments complexes que son cœur a éprouvés, de ses joies et de ses douleurs, quand elle a aimé, quand elle est devenue mère, quand elle a perdu ou sauvé son enfant. Ge que le vulgaire connaît si bien, assurément ceuxlà ne l'ont pas ignoré qui ont fait profession d'étudier la nature humaine. Quelle connaissance approfondie du cœur humain et des passions dans les grands écrivains, dans les poètes anciens et modernes? Quelles admirables analyses de nos penchants, des séductions du plaisir, des tentations, des effets de la concupiscence chez les moralistes anciens et modernes, surtout parmi les casuistes et les théologiens !

Mais c'est en psychologue et non en moraliste, ou en théologien, que nous nous proposons de traiter du plaisir et de la douleur. Il ne sera pas ici question du problème de l'origine du mal, ni du souverain bien et du bonheur, ni du vice ou de la vertu, mais seulement de la cause première du plaisir et de la douleur, de ce qui les distingue de tous les autres phénomènes del'àme, de leurs rapports réciproques, de la méthode à suivre pour classer les modes, si

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