‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 38 sur 107 · Pensêesy · texte numérisé non relu

Pensêesy

2. M. Bersot, Morale et politique, derniers souvenirs du comte dTstourmel.

nous l'avans déjà dit, l'activité se déplace plutôt qu'elle n'est suspendue. On doit reconnaître la justesse de cette réflexion de Champfort sur Robinson dans son île : « Privé de tout et forcé aux plus pénibles travaux pour la subsistance journalière, il supporte la vie et même goûte de son aveu plusieurs moments de bonheur. Supposez qu'il soit dans une île enchantée, poui-vu de tout ce qui /est agréable à la vie, peut-être le désœuvrement lui eût-il rendu la vie insupportable *. » • II nous faut du mouvement, du changement, non-seulement, cela va sans dire, au sein de la niisère, mais même au sein du contentement et du bonheur*. Notre nature ne s'accommode pas d'un idéal qui ne laisserait plus rien à désirer au delà, rien à atteindre de plus parfait et de meilleur par notre activité et nos efforts. Si dans la logique, en remontant de démonstration en démonstration,, il y a, comme l'a dit Aristote, une nécessité de 3'arrêter, àvayxyj (XT^vat, dans la vie de l'homme, au regard des désirs de l'âme, il y a une nécessité contraire, celle, de ne s'arrêter jamais. Par de. là ce que nous avons, par de là le degré où nous sommes montés, notre pensée impatiente, qui toujours anticipe sur l'avenir, veut encore un autre but et un autre horizon. Si le temps mar-

l. Pensées de Champfort,

chait, si Taiguille avançait sur le cadran au gré de nos désirs, que la vie serait courte! Elie^ne du-* rerait pas plus que celle de ces insectes qui se développent, qui vieillissent et meurent en quelques heures. Du moment où nous ne voyons pas devant nous un champ indéfini où notre activité puisse s'exercer, l'inquiétude, le malaise, l'ennui s'emparent de nous. Rien de fixe, rien de définitif^ même au sein de la pleine possession du plus, grand bonheur que nous ayons rêvé, ne saurait nous plaire bien longtemps. « Notre bonheur ne consistera jamais, a dit profondément Leibniz, dans une pleine jouissance où il n'y aurait plus rien à désirer et qui rendrait notre esprit stupide, mais dans un degré perpétuel à de nouveaux plai^ sirs et de nouvelles perfections *. » !

Quoi de plus doux que la découverte et la pos^ session de la vérité? Cependant ne serions-nous pas malheureux, le jour où notre intelligence n'aurait plus rien à découvrir, plus rien à chercher? Si la Providence, dit Lessing, me montrait enfermée dans une main la vérité absolue ne laissant plus aucune place au doute et à la recherche et, dans l'autre, la vérité incomplète et imparfaite qui proyoque les recherches et les efforts, je dirais : garde 2celle-là, donne-moi celle-ci. Nous aimons la re*

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