Masime
POINT DE PLAISIRS PASSIFS Hih
roccupatîôn délicieuse et nécessaire S'un homme qui s'est dévoué à Foisiveté. Ne voulant plus d'œuvrfe de travail, il m'en fallait une d'amusement qui me plût et qui ne me donnât dé peine qiiè celle qu'aime à prendre un paresseux. J'entrepriè de faire la Flora petrinsularis et de décrire toutes les plantes de l'île, sans en omettre une seule ^ avec un détail suffisant pour occuper le reste de mes jours. »
Convenons que voilà un oisif d'une espèce par jticulière. Il plaît a Rousseau d'appeler far nienlê quelsque chose qui ressemble fort peu à l'oisiveté et à là pai^sse. Il s'agit sans doute d'une occupation de ^prédilection, mais qui n'en exige pas moins beaucoup d'activité, soit physique, foit intellectuelle. Est-il donc juste de confondre avec la paresse le travail et la passion du botaniste?
Il en est de même toutes les fois qu'on vient à analyser ce charme si vanté de l'oisiveté ; toujours on trouve que ce qui réellement nous en plaît n'est pas le désœuvrement, mais une activité, une occupation de notre choix, proportionnée à notre goût et à nos forces. Ce n'est pas à la paresse, comme le dit Buffon, mais à une activité de ce genre que tendent tous les hommes. Appelleronsnous donc oisive la vie du sage dans la retraite ? Elle ne l'est pas plus que la vie de Rousseau dans l'ile Saint-Pierre. Disons, avec La Bruyère : « qu'il n'y
iljS POINT DE PLAISmS PASSIFS
manque qii*un meilleur aom, et que méditer, parr 1er, lire et être tranquille s'appelât travailler* it. Ajoutons encore avec le même moraliste : c La liberté n*est pas oisiveté : c'est le choix du travail et de Texercice ; être libre, en un mot, n'est pas ne rien faire, c'est être le seul arbitre de ce qu'on fait ou qu'on ne fait point ; quel bien en ce sens que la liberté*! »
L'oisiveté qui nous charme n'est jamais, à vrai dire, qu'un travail plus ou moins attrayant. Il en est ainsi, non-seulement de l'oisiveté du sage, mais même de celle du vulgaire des hommes. Tout travail, sans doute, n'est pas un plaisir; mais tout vrai désœuvrement est une peine qui, à la longue < devient insupportable. Il n'y a d'agréable oisiveté que celle où on ne cesse pas d'agir, sinon avec l'esprit, au moins avec le corps. Selon l'heureuse expression de Rousseau, quand on ne fait pas œuvre de travail, il faut faire œuvre d'amusemenu Considérez l'enfant : voici l'heure de la récréation ; l'écolier va-t-il rester înactif et immobile pour se reposer du travail et de l'étude? 11 s'en gardera bien; voyez-le courir et s'ébattre ! Quelle dépense d'activité physique, que de peine pour s'amuser ! « Ils sont contents, dit Rollin en parlant des enfants, pourvu qu'ils changent souvent de place, »
i. Ghap du Mérite personnel.
î. Chap des Jiigenients.
lien est dés grandes personnes comme des enfants. Combien la plupart des gens oisifs ne sontils pas ingénieux à occuper leurs loisirs et à se préserver, par tous les moyens possibles, de ce prétendu plaisir de ne rien faire? Le premier soin de celui qui n'a plus rien à faire, c'est de chercher, d'inventer quelque chose à faire* « Vous trouverez fort peu de paresseux, dit Vauvenargues , que Toisiveté n'incommode, et si vous entrez dans un café, vous verrez qu'on y joue aux dames*. > L'homme est tellement fait qu'il ne peut se souffnr dans l'inaction; quand il n'agit pas, il s'agite^ comme Fa dit un ingénieux et spirituel moraliste*.
Le conseil que donnait Cinéàs à Pyrrhus, de prendre immédiatement ce repos qu'il ajournait après tant de fatigues et de dangers, recevait en effet, comme le dit Pascal, bien des difficultés. Les hommes croient chercher sincèrement le repos et ne cherchent en réalité que l'agitation. S'il y a un plaisir du repos et du sommeil, quand nos forces sont épuisées, c'est pour les réparer et nous mettre â même d*agir de nouveau. D'ailleurs le repos musculaire ccïncide, suivant la remarque d'A-* lexandre Bain, avec la plus grande activité des fonctions physiologiques, de telle sorte que, comme