TRAITEMENT
Le pneumatocèle du crâne consistant en une collection s'azeilse sous-péricrânienne, qui reconnaît pour point de départ la perforation de la lame externe des cellules mastoïdiennes ou de celle des sinus frontaux, les indications à remplir pour en obtenir la g-uérison sont de faire disparaître cette collection g'azeuse, de provoquer le recollement du péricrâne qu'elle a décollé et enfin l'oblitération de l'ouverture osseuse qui a donné passage au g-az et dont la persistance exposerait à des récidives.
Nous ne tenons pas compte, comme on le voit, de l'altération des os du crâne sous-jacents à la tumeur. Elle ne fournit, en effet, aucune indication spéciale et disparaît rapidement aussitôt que le péricrâne est recollé et que les os ne sont plus soumis au contact du g'az que contenait la tumeur. Nous ne saurions donc trop nous élever contre la pratique de M. Ribeiro Vianno, qui rug-ina les os du crâne, mis à nu par une incision cruciale. C'est faire courir au malade des dang'ers inutiles.
La plupart des chirurgiens ont cherché, dans le traitement du pneumatocèle, à obtenir le recollement du péricrâne et la disparition de la collection g'azeuse par des moyens qui ont souvent compromis l'existence de leurs malades. Une fois même, la mort par infection purulente a été la conséquence du traitement (obs. de Lecat).
Ces moyens, qui sont l'incision, l'excision des parois de la tumeur et le séton, doivent être rejetés. Il en est de même des injections iodées dont M. Costes conseille l'usag'e. La pratique si sag'e et si prudente de notre savant maître, M. le professeur Denonvilliers, nous montre, en effet, que le recollement
du péricrâne peut être obtenu par des moyens beaucoup plus inoffensifs et qu'il faut éviter, avec autant de soin que certains chirurg-iens ontpu mettre à les rechercher, l'inflammation et la suppuration de la vaste cavité qu'occupe la collection g-azeuse. On comprend aisément de quels fâcheux effets peut être suivie, dans cette rég'ion, une suppuration aussi étendue.
Lorsque la collection gazeuse est réductible, rien n'est plus simple que de la faire disparaître; dans le cas contraire, une ponction faite avec un trocart assez fin amènera le même résultat. Il reste maintenant à empêcher sa reproduction, afin de permettre au péricrâne de se recoller. Mais le moment n'est pas venu de s'attaquer directement à l'ouverture osseuse qui donne passage au g'az. Une pareille tentative serait fatalement suivie de la suppuration de toute la poche qu'occupait la collection gueuse. Il faut se borner simplement à prévenir la reproduction de la tumeur à l'aide delà compression, qui aura en outre l'avantage de maintenir le péricrâne en contact avec les os du crâne. Cette compression peut s'exercer à l'aide d'une bande de toile, ou, mieux encore, d'une bande de caoutchouc, la tête étant préalablement recouverte d'une couche de ouate. Elle doit, en outre, être répartie également sur toute l'étendue du crâne et n'être pas trop énergique au début, dans la crainte de provoquer une inflammation trop forte et qui, comme nous l'avons dit, ne serait pas sans danger.
Sous l'influence de ce moyen si simple et continué pendant quelque temps, le péricrâne se recolle aux os du crâne, l'altération osseuse diminue et disparaît bientôt complètement. La tumeur gazeuse se reproduit cependant, mais son étendue dimuiue de jour en jour, pour ne plus occuper bientôt que le voisinage de l'ouverture osseuse, qui en est le point de départ.
Lorsqu'on aura ainsi diminué les limites de la tumeur, on
pourra alors, sans crainte de résultats fâcheux, attaquer directement l'ouverture des cavités aériennes, qui donne passag-e au g'az, et chercher à en provoquer l'oblitération. Mais il ne faudra en arriver à cette partie du traitement que lorsque la compression aura donné tout le résultat qu'on peut en attendre et que le péricrâne sera recollé depuis déjà un certain temps.
Mais avant d'indiquer quels sont les moyens qu'on devra employer pour obtenir l'oblitération de l'ouverture osseuse, nous devons nous demander si la compression, suffisamment prolong-ée, serait impuissante à produire ce résultat. Lorsque nous vîmes pour la dernière fois notre malade, la collection g'azeuse était limitée au voisinag-e du conduit auditif dans une étendue de quelques centimètres. Il n'était donc pas complètement g'uéri. La compression, qui avait pu s'exercer facilement sur le sommet de la tête, était difficile à établir dans cette rég*ion , aussi nous proposions-nous de lui faire porter un bandeau en caoutchouc de la larg-eur de la tumeur, dans l'espoir que son usag-e long^temps prolong-é en restreindrait encore l'étendue. Mais nous ne saurions voir dans la ponction et la compression des moyens suffisants pour obtenir la g'uérison définitive du pneumatocèledu crâne. Et, quoique notre malade nous ait formellement promis de revenir nous voir en cas de récidive et que nous ne l'ayons pas revu, nous hésitons cependant à le considérer comme g^uéri. La dernière fois qu'il vint à la consultation, l'ouverture de la lame externe des cellu-* les mastoïdiennes n'était pas oblitérée, car la tumeur devenait plus tendue dans les efforts qu'il faisait. L'ouverture osseuse, qui est le point de départ du pneumatocèle du crâne, étant la conséquence d'un travail atrophique, a peu de tendance à se fermer spontanément, et la compression est insuffisante pour provoquer cette oblitération. Il faut une cause d'irritation plus active.
Toute expérience personnelle nous fait, il est vrai, défaut sur ce point, mais les récidives fréquentes sig-nalées par les observateurs nous font pencher vers cette opinion. Cette dernière partie du traitement serait du reste assez simple. L'incision de la tumeur, alors sans dang-er à cause de son peu d'étendue, et l'interposition d'une mèche entre les lèvres de la plaie, ou encore la cautérisation de l'ouverture osseuse, si elle était visible, provoqueraient la suppuration et le bourg-eonnement du fond de la cavité. Il se formerait alors, sinon une oblitération de l'ouverture par production osseuse, du moins une cicatrice très-dense, très-adhérente à son pourtour et de nature à amener une g'uérison définitive. On pourrait du reste, après cicatrisation, continuer pendant quelque temps la compression, jusqu'à ce que la cicatrice fût devenue plus solide encore, afin de prévenir toute récidive.