‹ Du pneumothorax essentiel ou pneumothorax sans perforationChapitre 15 sur 25 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

«Le Rév. M est âgé de 40 ans, il a la poitrine large et bien

développée, il est d’une constitution robuste. Après s’être exposé au froid, il fut pris de toux et de douleur dans le côté droit; bientôt il

(I) Graves, loc. cit., p. ( 12.

18C2. — Proust.

rendit des crachats sanguinolents ; en un mot , i! fut atteint d’une pneumonie très-intense, cjui, après avoir envahi d’abord le lobe inférieur du poumon droit, se propagea rapidement de bas en haut , de sorte que l’organe tout entier fut bientôt compromis. Au début, le lobe inférieur, gorgé de sang, était complètement imperméable à l’air: aussi toute la partie correspondante du thorax était mate à la percussion ; la par tie supérieure de ce même côté était aussi sonore que le côté sain (gauche). Tel était l’état des choses au troisième jour de la maladie. Le matin du quatrième jour , une modification remarquable avait eu lieu ; la matité du lobe inférieur, en avant, était toujours la même, et en vérité elle n’aurait pu augmenter; mais un peu plus haut, depuis la région mammaire droite jusqu’à la clavicule, la sonorité, qui était normale le jour précédent, était exagérée; le son obtenu par la percussion était profond et creux. Ce phénomène nous frappa d’autant plus, sir Henry Marsh et moi, que douze heures auparavant nous n’avions rien constaté de semblable. D’une autre part, on n’entendait pas à ce niveau le bruit respiratoire; nous fûmes donc amenés à conclure que le poumon avait été refoulé en arrière par de l’air épanché dans la cavité de la plèvre.

«Comme le poumon droit était seul compromis, nous avions un excellent point de comparaison dans l’examen du côté gauche de la poitrine : ici la sonorité était naturelle ; le son obtenu par la percussion était beaucoup moins clair qu’au niveau du lobe supérieur du poumon droit; de plus, la respiration présentait partout, à gauche , le caractère puéril. Nous avions donc évidemment sous les yeux un pneumothorax occupant une portion considérable de la cavité pleurale. Mais quelle était la source du gaz ? Voilà ce qui n’était pas aussi clair, .le citai à sir Henry Marsh le fait que je vous ai rapporté tout à l’heure; et, après un examen minutieux, il tomba d’accord avec moi , pour assigner au pneumothorax la même origine, à .savoir : la sécrétion du gaz par la plèvre. Notre malade avait une poitrine d’un développement remarquable; il était d’une constitution très-solide, et jusqu’alors il avait constamment joui d’une

bonne santé. Dans de teUes conditions, la préexistence de tubercules était fort improbable, la présence d’un abcès tuberculeux était presque impossible; il fallait donc rejeter l’hypothèse d’une fistule pleurobronchique, et, comme je vous l’ai dit, nous nous arrêtâmes à l’idée que ce pneumothorax était le résultat d’une sécrétion subite du gaz. La justesse de cette interprétation a été démontrée au delà de toute évidence soit par la marche ultérieure de l’affection , soit par la guérison rapide et complète du malade. A notre visite suivante, seize heures plus tard environ, toute la région qui nous avait présenté une sonorité exagérée nous donnait une matité absolue; on y entendait un murmure respiratoire obscur et quelques râles. Ces râles étaient évidemment tout près de l’oreille, si je puis ainsi dire ; ils nous démontraient que l’air si soudainement épanché avait été absorbé avec une égale rapidité, et qu’il était remplacé par le poumon congestionné et enflammé. Sous l’influence d’un traitement convenable, la matité commença à diminuer au bout de quatre ou cinq jours; un peu plus tard, elle avait entièrement disparu. En même temps, le bruit respiratoire devenait |,ius net et plus marqué ; bientôt notre malade fut parfaitement guéri. »

On pourrait objecter à ces faits l’absence de démonstration anatomique; de plus, Graves, dans la première observation comme dans la seconde, ne s’appuie, pour diagnostiquer le pneumothorax, que sur deux symptômes ; le déplacement du cœur et le son tympanique dans la région précordiale. Or voici l’interprétation que donne de ces deux symptômes mon ami le D‘ Jaccoud dans les notes dont il a fait suivre ces observations ; « Le premier phénomène s’explique par l’augmentation de volume du lobe inférieur du poumon sous l’influence de la fluxion inflammatoire dont il était le siège. Si l’on songe à la turgescence et à la densité considérables que présente le parenchyme pulmonaire enflammé , si l’on se rappelle que dans certains cas l’organe se trouve pour ainsi dire à l’étroit dans la cavité thoracique , et qu’on retrouve à sa surface l’empreinte des

côtes contre lesquelles i! a été refoulé (P. Frank, Pinel, Bricheteau, Seslier), on n’iiésitera pas, ce me semble, à accepter cette manière (le voir. Pour ce qui est de la sonorité exagérée dans la région antéro-inférieure du thorax à gauche, c’est un de ses sons tympaniques dont le bruit skodi(jue sous-claviculaire est le type bien connu. Mais, pour que le son tympanique se produise dans la pneumonie, il faut que le poumon ne soit qu’en partie privé d’air; il ne doit pas être hépatisé complètement. Cette circonstance se rencontre dans le fait dont nous parlons. Graves dit que ce poumon était sur la limite de l’hépatisation. » La seconde observation de Graves est tout à fait susceptible de la même interprétation. Quant aux observations de Slokes , d’Hudson , de Durrant. ce sont encore des exemples de pîjcumonie ou de pleuro-pneumonie.

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