OBSERVATION XV
«Le D*^ Hudson rapporte un cas dans lequel le son donné par la percussion fit supposer qu’un abcès du poumon s’était ouvert dans la plèvre : ce poumon fut ponctionné d’après ce signe, mais il ne sortit pas d’air.
«L’autopsie montra les surfaces pleurales largement adhérentes, et le poumon rouge et solide. »
La relation de cette observation est Fort incon)piète, mais je n’ai pu me procurer le Dublin journal, Vil , auquel renvoie Markham. Stokes d’ailleurs (2) , qui a été témoin de ce fait, n’admet pas l’interprétation que lui a donnée Hudson.
OBSERVATION XVÎ ;3;.
Observation d’un cas de pneumonie avec sécrétion d’air dans la cavité de la
plèvre; guérison.
«L , 34 ans, tempérament lymphatique, est pris, après s’être
exposé au froid, d’un frisson qui est suivi de tous les symptômes ordinaires d’une pneumonie aiguë du lobe inférieur du poumon gauche. A l’examen, on trouve les phénomènes généraux et ceux de l’auscultation très-tranchés; déjà la pneumonie était passée à l’état d’hépatisation sur un point autour duquel l’existence de la crépitation indiquait que la maladie continuait à faire des progrès. On avait employé deux saignées du bras, une application de sangsues, l’émélique àjhaute dose, et enfin les vésicatoires. Ces moyens avaient dissipé promptement les symptômes les plus aigus; déjà on enten-
(1) Hudson, citation empruntée à Mavkham [3Iont/ilj- journal medic. science, 18.33, P . 490}.
(2) Diseases of thc cliest, p. 332 ; Dublin, 1837.
(3) Durrant, Gazette médic., 1841, p. 662.
dait la respiration de retour dans la partie du poumon malade, quand, .à la suite d’un léger excès dans le régime ou de quelque autre cause, la nsaladie reparut avec une aggravation notable de tous les symptômes.
« l.a dyspnée était intense; le pouls petit donnait 96; la toux fréquente et déchirante; l’expectoration peu abondante, d’un vert jaunâtre, d’une odeur fétide et rnuco-j)urulente ; la douleur était continue et ne permettait pas au malade de se coucher sur le côté affecté. A la percussion, on trouvait une sonorité tympanique entre les 5* et 7® côtes du côté gauche, où l’on ne trouvait aucune trace de bruit respiratoire, tandis qu’on le retrouvait sur le reste du poumon avec (quelques bulles de râle muqueux. Sur la partie malade, en avant et en arrière, on entendait une bronchophonie distincte approchant beaucoup de la pectoriloquie. Pendant un jour, on entendit avec chaque battement du cœur un bruit de soufflet peu fort, et qui cessait d’être perceptible à peu de distance du cœur.
a Le malade fut de nouveau soumis au traitement par l’antimoine, (jui amena une légère amélioration dans quelques symptômes; mais la toux, la douleur du côté et la fétidité de l’haleine, continuèrent encore; le pouls, de 90 à 100, était petit et irritable. La lésion locale était restée au môme degré, et au-dessous de l’angle de l’omoplate gauche on entendait une égophonie imparfaite
«On eut recours de nouveau à une application de sangsues, suivie d’un vésicatoire, puis à un traitement mercuriel combiné avec la digitale, la poudre de Dower et l’iodure de potassium. Le mercure eut bientôt réagi sur l’économie, et détermina en peu de temps l’ulcération des gencives, une éruption cuivreuse sur les jambes et la salivation. Sous l’influence de ce traitement les symptômes diminuèrent graduellement, l’égophonie passant à la bronchophonie, et le bruit vésiculaire normal revenant graduellement dans la partie du poumon qui avait été malade. Ce malade a fini par guérir complètement, bien qu’avec lenteur.»
VI. Jusqu’ici nous n’avons pas admis, dans les différents faits que nous venons de passer en revue, la présence de l’air dans la cavilé pleurale; maintenant nous allons nous trouver en face d’observations d’un autre ordre : il y avait bien évidemment de l’air dans îa plèvre, mais la perforation avait été méconnue. C’est ici que doit être placée l’observation de Laënnec ; nous invoquerons, à l’appui de notre manière de voir, l’autorité de M. le professeur Andral qui a donné du fait de Laënnec la même explication. M. Andral a publié lui-même une observation de pneumothorax essentiel, mais il est revenu sur sa première interprétation. C’est encore dans ce groupe que nous paraît être placé le cas de M. Demi Gintrac.
OBSERVATION XVll (1).
« M. C , médecin de la Faculté de Paris, âgé d’environ 3G ans
et doué d’une assez forte constitution, fut atteint, vers la fin de mai 1822, de fièvre avec coliques et diarrhée très-peu abondante, affection à laquelle il était sujet et dont il éprouvait ordinairement quelque atteinte tous les ans. Il se fit faire, dans les quatre premiers jours, deux applicatiojîs de 15 ou 20 sangsues sur l’abdomen. Les coliques diminuèrent ; mais la fièvre persistant avec des redoublements très-forts, le malade me fit appeler le 27 mai. Je le trouvai avec une fièvre assez intense, le ventre un peu météorisé, résonnant par la percussion, et un peu sensible à la pression. Il avait conservé assez de force pour pouvoir passer une partie de la journée levé. Je prescrivis une nouvelle application de 18 sangsues ; la fièvre, devenant manifestement intermittente, nécessita l’emploi du quinquina; les accès cessèrent.
«Vers le huitième jour de celle fausse convalescence, visitant un soir le malade, qui se regardait comme à peu près rétabli, je crus
(i] Laënnec, t. Il, |). 263, 2' édilion , oI)s. 37; 1826.
m’apercevoir que la respiration élait plus fréquente que de coutume. J’explore ia poitrine, et je trouve tous les signes d’une pleurésie aiguë du côté gauche, absence complète de la respiration et dusson, égophonie légère quant à l’intensité du son, mais d’un timbre trèsaigre et très-chevrotant dans toute l’étendue de ce côté, et même dans les points correspondants au sommet du poumon. Je n’avais jamais rencontré une égophonie aussi étendue, et je ne pus m’en rendre raison qu’en admettant (jue le poumon, adhérant d’ancienne date à la plèvre costale par quelques points isolés, ne pouvait être écarté que médiocrement des parois de la poitrine par le liquide épanché. Cette pleurésie était d’ailleurs des plus latentes. Il n’y avait ni point de coté, ni sentiment d’oppression. Le malade n’avait d’autre toux c]ue la petite toux très-rare et sèche qui accompagne presque toutes les fièvres continues, et l’accès même des intermittentes.
«Je fis appliquer 12 sangsues sur le côté gauche. Les jours suivants, l’égophonie diminua, et disparut peu à peu dans la moitié supérieure de la poitrine ; chaque jour, le point où on commençait à l’entendre se trouvait un peu plus bas. Le son donné par la percussion redevenait naturel dans les parties abandonnées par l’égophonie, mais la respiration ne s’y entendait plus du tout, quoiqu’on l’entendit encore très-faiblement, il est vrai, dans les deux tiers inférieurs de la poitrine, où l’égophonie était toujours très-marquée et le son tout à fait mat. \ ces signes, je reconnus un pneumothorax qui venait se joindre à l’épanchement pleurétique. Je ne voulus point confirmer ce diagnostic par la succussion hippocratique, de peur d’effrayer le malade. Le côté affecté ne présentant d’ailleurs aucune dilatation apparente, et le tintement métallique n’existant pas, j’en conclus que le pneumothorax n’était pas l'effet d’une fistule pulmonaire, mais le produit d’une exhalation de la plèvre, et que le liquide séro purulent était absorbé à mesure que l’épanchement aériforme augmentait. Cette dernière circonstance était au reste tout à fait évidente, puisque l’égophonie et le son mat reculaient, pour ainsi dire, chaque jour devant le pneumothorax.
U Vers le quinzième jour après l’apparition de la pleurésie et le trentième depuis l’invasion de la fièvre, l’égophonie et le bruit respiratoire ne s’entendaient plus que dans la partie moyenne du dos. La moitié antérieure supérieure gauche de la poitrine donnait, par la percussion, un son évidemment plus clair que le côté opposé. La respiration ne s’entendait aucunement dans les parties inférieures de la poitrine^vGependant le malade, s’affaiblissant de plus en plus, succomba, le 17 juillet, vers le cinquante et unième jour de la maladie.
V. Autopaie. A l’instant où le scalpel pénétra dans le côté gauche de la poitrine, il s’échappa avec sifflement une assez grande quantité de gaz inodore. En disséquant attentivement la plèvre, on trouva quelques petites masses tuberculeuses de la grosseur d’une lentille ou d’un grain de chènevis, mais en général d’une forme aplatie, adossées à sa face externe ou adhérente. Le poumon, comprimé et aplati de manière à offrir deux fois l’épaisseur de la main, était d’ailleurs sain et ne contenait aucun tubercule; son tissu, flasque et mou, était teint d’une couleur violette assez uniforme.
a Le poumon droit présentait des tubercules : les uns étaient gris, les autres présentaient un point jaune et opaque vers le centre; au sommet, se trouvait une petite excavation aux trois quarts pleine de matière tuberculeuse ramollie etpuriforme; elle aurait pu contenir une petite noisette. »