OBSERVATION XXV
«Enfant (15 ans) affecté, pendant quelques semaines, d’une maladie de poitrine. Dfepuis quelques jours, aggravation considérable des symptômes (fièvre, point de côté, etc.). A la percussion, résonnance normale de tout le côté gauche, plutôt obscurcie dans la région inférieure ou latérale et postérieure. A droite, en avant et latéralement, sonorité très-marquée au-dessous de la quatrième côte; ceüe sonorité diminue au-dessus de la quatrième côte en avant, elle est moindre aussi en arrière. A l’auscultation du côté gauche, la respiration s’entend distinctement en haut et en avant, mais mêlée de ronchus crépitants latéralement et en arrière, surtout à la partie inférieure; pas de bronchophonie ni de respiration bronchique; du côté droit, la respiration était puérile au-dessous des clavicules et dans l’aisselle, et, au-dessus de l’épine du scapulum, elle devenait moins distincte un peu au-dessous, et était presque nulle au-dessous de la quatrième côte (c’est-à-dire la partie la plus sonore à la percussion); en ce point également, on entendait un tintement métallique en faisant tourner le malade ; ce symptôme n’était pas influencé par les changements de position.
« Mêmes symptômes le jour suivant : extension du ronchus crépitant au poumon gauche ; le tintement métallique est toujours entendu. Mort dans le courant de la journée.
Autopsie seize heures après la mort.
« On trouva la moitié inférieure et antérieure du côté droit de la poitrine remplie d’air, dont une partie s’échappa avec bruit, à la première incision. Le poumon était bridé par une fausse membrane
(1) Cas observé dans le service de M. Lherminier. Extrall de Williams, ,1 ra tionnal exposition of tlie plijsical signs of the diseases of the lungs and pleura JJ. i13; London, 1828.
1802. — Proust.
très-résistante; cette fausse membrane s’étendait aussi sur la plèvre pariétale. Il n’y avait pas une goutte de liquide dans la cavité, ni aucune communication avec les bronches. Dans les lobes inférieurs du poumon comprimé, on trouva trois hydatides libres dans une cavité à parois fibreuses. Le poumon gauche était hépatisé inférieurement, congestionné à la partie moyenne, et sain au sommet. Il n’y avait aucun tubercule dans les deux poumons.»
Celle observation est passible de plusieurs objections : le début du pneumothorax n’est pas indiqué d’une manière précise, et il aurait parfaitement pu se faire, chez ce jeune homme souffrant de la poitrine depuis plusieurs semaines, une perforation consécutive à la rupture d’hydatide ; celte perforation se sera obstruée, et la cicatrice aura été cachée par la fausse membrane si résistante qui s’étendait jusqu’à la plèvre pariétale.
VllI. Malgré le nombre assez considérable d’observations que je viens de rapporter, je n’ai pas la prétention d’avoir tout cité, j’ai cependant essayé d’être aussi complet que possible. Dans cette étude, qui est surtout un travail d’explication et d’interprétation, j’ai préféré m’exposer au reproche de citations un peu longues plutôt que de donner un résumé qu’on aurait pu croire arrangé pour les besoins de la discussion. Aussi souvent que je l’ai pu, j’ai laissé parler les auteurs des obser vations, ne voulant rien enlever à la valeur de leurs raisons.
Après avoir recherché si l’exhalation gazeuse de la plèvre est physiologiquement possible, j’ai compulsé les observations, et n’en ayant trouvé aucune qui prouvât, d’une façon absolue, le pneumothorax essentiel, j’ai essayé de donner des faits publiés sous ce titre une inlerprélaliou plus ou moins acceptable.
L’explication que j’ai proposée pour certains cas pourra peut-être paraître difficile à admettre; mais j’ai préféré les rapprocher des faits ordinaires, plutôt que de croire à l’existence de cas rares qui
seraient en contradiction avec les données physiologiques, en attribuant aux tissus des propriétés qui n’ont même jamais été soupçonnées.
Cet examen des diverses observations m’a conduit aux conclusions suivantes, qui seront, si l’on veut, le résumé de ce travail :
1° Le pneumothorax essentiel, ou sécrétion d’air dans la plèvre, est contraire aux données physiologiques généralement acceptées;
2° Aucune observation publiée jusqu’à ce jour sous le titre de pneumothorax essentiel ne me paraît avoir été l’objet d’une interprétation exacte ;
3° Tous les faits de prétendu pneumothorax essentiel sont susceptibles d’explications diverses.
Les uns n’ont du pneumothorax que le titre; d’autres sont des exemples de pleurésie avec ou sans bruit skodique, avec ou sans souffle amphorique ; quelques-uns ne sont que des pneumonies à une période où la percussion donne quelquefois un son tympanique. Enfin, sous le nom de pneumothorax essentiel, on a décrit des pneumothorax symptomatiques d’une perforation due à la fonte d’un tubercule sous-pleural ou à l’ouverture dans la plèvre d’une hydalide ; quelques cas enfin paraissent être le résultat de la rupture d’un lobule pulmonaire à la suite d’un effort.
Telle est du moins l’interprétation que nous avons cru pouvoir donner des faits de pneumothorax essentiel consignés dans les auteurs.
Si cette interprétation est admise, nous croirons avoir démontré, jusqu’à preuve contraire, la non-existence de cette affection.
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