OBSERVATION
«M”*® D , âgée de 38 ans, d’un tempérament nerveux lym-
phatique, est née à Cayenne; elle est venue en France très-jeune.
(1) Thèses de Paris, 1824, 11“ 4 ; Considérations sur le pneumothorax.
et habite Paris depuis plus de quinze ans; elle a peu des habitudes qu’ont en général ses compatriotes : l’adresse, l’agilité dont elle est douée la distinguent entre toutes les créoles; mais une vive sensibiiilé, un cœur ardent, une imagination exaltée, forment la base de son caractère. Elle n’a jamais été sérieusement malade ; une variole très-discrète, qu’elle eut à l’âge de 6 ans, et qui ne lui a laissé que de légères traces, est la seule affection dont elle ait eu à se plaindre. On conçoit néanmoins qu’avec le moral précité, M™® D a sou-
vent eu des maux de nerfs, des migraines, et autres indispositions avouées, pour ainsi dire, par les convenances sociales.
«Du reste, éruption des menstrues à 14 ans; peu ou point de dérangements dans leur flux depuis cette époque, si ce n’est pour trois grossesses terminées toujours heureusement. Il y a dix-huit mois au
plus que iM™® D éprouva pour la première fols les symptômes
d’une maladie particulière qui, d’après elle, consistait en une oppression très-forte et comme suffocante avec éjection de beaucoup de vents. Ces phénomènes durèrent toute la nuit, mais le lendemain matin la malade était seulement fatiguée ; elle dormit une partie de la joiirnée, fut ensuite parfaitetnent tranquille, et attribua ce dérangement à une indigestion. Un mois et demi après cette époque, un second accès survint. Je fus de suite mandé et j’observai les symptômes suivants : une toux sèche et sonore, un embarras indéfinissable, une gêne tl’abord peu considérable, puis j)lus grande, de la respiration, une véritable dyspnée sans douleur; une vive rougeur de la face ; de l’agitation, de la fièvre ; quelques riiclus que la malade rendait avec beaucoup de plaisir. Je ne savais que penser d’un tel état, dont les réponses des assistants et de la malade elle-même ne pouvaient m’apprendre les causes. Je me disposai néanmoins à pratiquer une saignée au Itras, dans le but de diminuer la difficulté
de respirer, lorsque tout à coup M™® D rendit par la bouche
et [>ar l’anus une telle quantité de gaz, que pendant près d’une heure elle ne fit autre chose. De moments en moments, le mieux se rétablissait et l’acuité diminuait à vue d’œil. Une potion avec I eau
de tilleul et le laudanum a été ensuite administrée. Les éructations ont été continuées pendant quelque temps encore, et, au bout de deux ou trois heures, la malade était bien. Depuis, elle a eu quatre accès semblables; leur retour n’a rien eu de déterminé ; ils ont eu moins de durée, la malade provoquant la crise au moyen de boissons chaudes, carminatives.
«J’ai plusieurs fois exploré la poitrine de M™® D ; la percus-
sion m’a souvent donné une sonorité relative qui, sans être pathognomonique du pneumothorax, est indiquée comme un signe de cette maladie. Quant au stéthoscope, le peu de patience de la malade pendant les accès ne m’a pas permis d’en faire une application convenable, et, durant les intermittences, il n’a pu me donner connaissance de la moindre lésion dans les organes respiratoires. C’est ce qui me fit penser que la maladie pouvait tenir au ballonnement spasmodique de l’estomac, noté par plusieurs auteurs. Un examen attentif de l’épigastre, au plus fort même des accès, ne m’a pas permis de conserver longtemps cette idée. Il m’a semblé plus raisonnable de voir dans cette affection un pneumothorax essentiel, cjue sa périodicité, sa crise, et la constitution du sujet, devaient faire regarder comme produit par l’action nerveuse. M™® D jouit main-
tenant de la meilleure santé; elle est encore menstruée. »