CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
«8, QUAI DE l'École, as
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INTRODUCTION
La révélation primitive, c'est-à-dire la première impression de Fensemble des choses sur l'âme humaine, revêt différentes formes selon les aptitudes innées des différentes races. Chaque peuple traduit son caractère particulier par la nature de ses conceptions et par la manière dont il les exprime, et la diversité des races a pour conséquence la variété des religions et des langues. On a groupé les langues en familles; on pourrait établir de même des familles de religions, qui répondraient aux familles des peuples. Les uns regardent la nature comme une matière inerte, mue par une volonté extérieure; d'autres se la représentent comme une unité vivante, ayant en elle-même son principe d'action; pour d'autres, c'est une société de volontés
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indépendantes dont le concours produit l'harmonie universelle. Aux formes multiples des révélations divines répondent celles des sociétés humaines, au monothéisme la monarchie, au panthéisme les castes, au polythéisme la république. Le réel est le miroir de ridéal, et l'homme, qui, selon les poètes, est fait à l'image des Dieux, cherche à reproduire dans ses institutions et dans ses œuvres Tidée qu'il se forme de Tordre général du' monde.
La religion grecque est la plus haute expression du polythéisme. La notion divine particulière à la Grèce, la révélation spéciale qu'elle a apportée dans rhistoire, est Tidée de la Loi, c'est-à-dire de Tordre, de la proportion, de Tharmonie. « Les anciens Grecs, dit Hérodote, ne savaient pas les noms des Dieux; ils les appelaient simplement les Lois Beouç, à cause de Tordre qui règne dans Tunivers. » Les divinités helléniques ne sont pas seulement, comme celles des autres nations, des Forces, des Puissances, des Causes, ce sont des Lois vivantes. A cette religion de la Loi correspondent la morale du droit, appliquée dans la cité républicaine, et le culte de la beauté manifesté dans Tart. Si on veut connaître les principes générateurs delà civilisation hellénique5 c'est dans le polythéisme qu'il faut les chercher. C'est en lui que les Grecs ont trouvé les deux formes de la loi, la justice et la beauté, qu'ils ont réalisées
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dans le cours de leur histoire par Tart et par la politique.
Pendant cette grande fête de la pensée qu'on nomme si justement Renaissance, les poètes, les artistes, les savants de l'Italie recueillirent avec une ferveur de néophytes les saintes reliques de l'antiquité, qui avaient échappé à l'impiété des siècles barbares. Ils reconnurent -sans peine que la mythologie était la clef de la civilisation grecque. Boccace et Lilio Giraldi écrivirent, avec plus d'érudition que de critique, de consciencieux traités sur la généalogie et l'histoire des Dieux. On ne les lit plus guère aujourd'hui, non plus que la savante compilation de Vossius et l'excellent ouvrage de Natalis Cornes (Noël Conti), bien plus complet cependant et bien plus judicieux que la plupart des traités de mythologie publiés depuis. Dès le dix-septième siècle on s'est habitué à traiter avec une inexcusable légèreté la branche la plus difficile et la plus obscure des sciences historiques, cette histoire primitive des idées sans laquelle l'intelligence des poètes et même des philosophes est absolument impossible. La mythologie est encore regardée comme un exercice de mémoire bon pour les enfants. Quant aux principes du polythéisme, on ne prend pas la peine de chercher à les comprendre ; on aime mieux s'en rapporter aux attaques des philosophes et aux
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plaisanteries de Lucien; c'est comme si on jugeait le christianisme d'après Voltaire.
Le dix-huitième siècle, qui condamnait indistinctement tous les symboles religieux au nom des principes abstraits de sa philosophie, ne comprit pas mieux les religions mortes que les religions vivantes. On admettait alors que tous les cultes étaient des jongleries inventées par les prêtres pour entretenir leur petit commerce aux dépens des dupes. Les plus indulgents se bornaient à dire que les ictges n'avaient trompé le peuple que dans de bonnes intentions. Les chrétiens étaient d'accord avec les philosophes dès qu'il s'agissait d'une religion étrangère. En général on essayait d'expliquer la mythologie par l'histoire en cherchant dans chaque Dieu un homme divinisé. C'était l'opinion développée jadis par Évhémère et adoptée par Diodore et par la plupart des écrivains ecclésiastiques. La tentative de Dupuis fut beaucoup plus sérieuse ; il vit dans les religions des symboles astronomiques et les rapporta au culte de la lumière. Cette théorie contenait un principe vrai : il est certain que les divinités salaires sont fort nombreuses dans les religions anciennes, et que l'imagination se représente encore aujourd'hui les personnifications célestes sous forme d'essences lumineuses. D est vrai que Dupuis fit un étrange abus de son système ; il voulut l'appliquer au chris-
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tianisme, et cette application ne supporte pas Texa* men. Déplus, il attribua aux connaissances astronomiques une antiquité fabuleuse. Mais, quelles que soient ses erreurs, il est le premier qui ait présenté une synthèse générale des dogmes religieux, et c'est là un effort dont la France a droit de se glorifier.
Malheureusement elle abandonna les études mythologiques à l'Allemagne au moment où la connaissance du zend, du sanskrit et des hiéroglyphes égyptiens allait éclairer ces études d'une lumière nouvelle. Après de nombreux travaux partiels sur les religions anciennes, parut ta Symbolique du docteur Frédéric Greuzer. Bien que cet ouvrage ne soit pas précisément un panthéon, puisque l'auteur en a exclu non-seulement les religions celtiques et Scandinaves , celles de la Chine, de l'Afrique et de l'Amérique, mais encore le judaïsme, le christianisme et rislamisme, cependant on peut regarder /a Symbolique comme un des monuments scientifiques de notre siècle. Mais les nombreuses recherches entreprises en Allemagne et en France ébranlèrent peu à peu l'édifice harmonieux élevé par Greuzer. Les études de Burnouf, par exemple, renversèrent de fond en comble la partie de son livre qui se rapporte au Bouddhisme. En vain le savant et intelligent interprète de la Symbolique, M. Guigniaut , modifiait et transformait souvent l'ouvrage qu'il avait entre-
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pris de faire connaître à la France, et plus souvent encore le complétait par des notes et des additions qui résumaient les travaux plus récents. Il vient toujours un moment où il faut cesser de mettre des pièces neuves à une vieille étpffe. M. Alfred Maury, après avoir aidé M. Guigniaut dans cette refonte successive, finit par reconnaître que cette vaste synthèse de Greuzer, attaquée dans chacune de ses parties, ne répondait plus à Tétat actuel des connaissances mythologiques, qu'il fallait reprendre Toeuvre par la base, et, suivant la méthode imposée à toutes les sciences, procéder par la critique et l'analyse.
M. Maury n'a pas embrassé un sujet aussi vaste que celui de Greuzer ; il s'est borné à faire Thistoire des religions de la Grèce antique. Il en recherche soigneusement les origines et en suit pas à pas les transformations jusqu'au siècle d'Alexandre, époque où commence la décadence de THellénisme. On reprochait avec raison à Greuzer d'avoir considéré les religions comme des ensembles complets, vivant en dehors du temps, sans tenir compte de leurs variations successives, de les avoir étudiées en elles-mêmes comme des œuvres d'art ou comme des types immuables. Décrire ainsi les manifestations de la pensée religieuse, c'était faire, non pas l'histoire, mais l'histoire naturelle des religions ; car l'histoire na-
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turelle suppose la permanence des espèces. Pour en écrire l'histoire, il faut suivre les phases de leur développement, et c'est ce que M. Maury a fait le premier pour le polythéisme grec.
Grâce aux ouvrages dont je viens de parler, ainsi qu'à ceux de M. Preller, de M. Gerhard, et à un grand nombre de travaux divers que je ne puis énumérerici, l'histoire religieuse a désormais sa place parmi les sciences positives. Mais elle est restée jusqu'à présent dans le domaine d'une érudition spéciale. J'ai essayé de l'en faire sortir et de la rendre accessible à tout le monde. Cet ouvrage est la reproduction d'une suite d'articles publiés dans la Rmme nationale. Sans entrer dans le détail de la mythologie, je me suis proposé de faire connaître l'esprit général du polythéisme. J'ai évité autant que possible toute discussion critique, je me suis borné à présenter les dernières conclusions de la science. Je n'ai pas cru nécessaire de réfuter une fois de plus des théories généralement abandonnées aujourd'hui, par exemple la supposition d'une influence religieuse de l'Asie ou de l'Egypte sur la formation de l'Hellénisme. Dès que la Grèce commença à avoir des rapports suivis avec des peuples d'une civilisation plus ancienne, ses écrivains attribuèrent libéralement les dogmes et les lois de leur patrie à des colonies égyptiennes, phéniciennes ou phrygiennes.
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Un voyageur grec qui parcourait TÉgypte et qui comparait cette puissante théocratie à l'anarchie religieuse de la Grèce, se laissait facilement persuader que ses compatriotes étaient des enfants, qu'ils avaient beaucoup appris des Égyptiens et qu'ils avaient encore beaucoup à apprendre. La tradition des Hyperboréens, celle d'Orphée et d'une initiation venue de Tbrace, indiquaient des sources différentes de la religion grecque ; mais oq ne cherchait pas à concilier les opinions contradictoires, pourvu qu'on écartât, faute de pouvoir le résoudre, le problème si difficile des origines. Une difficulté reculée semble à demi tranchée : de même que les naturalistes repoussent la génération spontanée tout en admettant une création initiale des espèces, les savants de l'antiquité repoussaient l'idée d'une révélation spontanée des dogmes religieux chez les Grecs, tout en l'admet* tant chez les Égyptiens. A ce système, adopté en général par les historiens et les philosophes grecs, les chrétiens oui ajouté Thypothèse d'une altération des traditions hébraïques.
Ces opinions ne peuvent plus être soutenues depuis que l'étude du sanskrit a montré le lien qui rattache les Grecs à la famille des Aryas. Il aurait suffi, d'ailleurs, pour abandonner ces hypothèses historiques, de se placer sur la base à la fois la plus large et la plus solide, celle des traditions populaires.
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Homère, qui résume ces tradition», ne parle ni des colonies égyptiennes et asiatiques, ni des ini* dations orphiques, ni des migrations venues d'Orient. Le peuple grec, à l'exception de quelques lettrés, persista toujours à se croire autochthone et à regarder sa civilisation religieuse et politique comme une révélation directe de ses Dieux. Ce sont eux qui ont enseigné aux hommes Tagriculture et l'industrie, la gymnastique et la musique; ce sont eux qui ont étabh leur culte : Apollon fonde le temple de Delphes, Dionysos institue les orgies, Dèmèter les mystères d'ÉIeusis. Ces légendes, si nous savons les comprendre, contiennent une plus grande somme de vérité que chacun des systèmes anciens et modernes, car elles p^mettcnt de les accepter tous à la fois. Admettons, en effet, les colonies de l'époque héroïque, quoique Homère n'en parle pas. Admettons même que les Grecs proprement dits, c'est-àdire les tribus de race indo-européenne qui parlaient la langue grecque, avaient été précédées par des hommes d'une autre race. Si la nation grecque s'est formée de ces éléments hétérogènes, son existence comme nation ne date que du moment où ces éléments se sont fondus les uns dans les autres, et, puisque cette fusion a dû s'opérer sur le sol de la Grèce, le peuple grec pouvait se direauthocthone. Les oppositions originelles avaient disparu par des croise-
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ments et des mélanges, les tribus étaient réunies par la religion et par le langage, c'est-à-dim par une même manière de comprendre les choses et de les traduire. De cette communauté de pensées et d'expressions sortit une civilisation entièrement indigène ; application spontanée de ces idées premières qui sont la vie des peuples, conséquence naturelle de ces principes créateurs qui sont ses Dieux nationaux. Les Grecs avaient donc raison de regarder cette civilisation comme une révélation immédiate, comme un enseignement direct de leurs Dieux.
Les rapports qui existent entre les religions des peuples indo-européens comme entre leurs langues, n'attaquent en rien le caractère original et indigène de THellénisme. On peut retrouver dans les Védas la forme première de plusieurs mythes grecs obscurcis par des altérations successives, de même qu'on découvre Tétymologie de bien des mots grécs. à Taide du sanskrit védique, le plus ancien des dialectes indo-européens; mais Tanalogie des traditions comme celle des langues prouve une fraternité originelle, nullement une filiation. Des peuples de même famille éprouvent devant la nature des irapressions semblables et les rendent par les mêmes images, sans avoir besoin de se faire des emprunts réciproques. Il y a môme des symboles communs à toutes les religions, comme il y a des traits communs
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à toutes les races humaines; mais la prédominance reconnue de rélément indo-européen dans la nation grecque ne permet pas d'aller chercher les origines de THellénisme dans la religion des Juifs avec Yossius, ni avec Greuzer dans celle des Phéniciens ou des Égyptiens. L'Hellénisme était déjà constitué dans son ensemble et dans presque toutes ses parties avant les relations des Grecs avec les barbares. C'est à une époque relativement récente que les Grecsont confondu, sur quelques ressemblances d'attributs, Zeus avec l'Ammon égyptien, Aphrodite avec l'Astartè syrienne, Rhéiè avec la Kybèle phrygienne, Kronos avec leMoloch phénicien. Plus tard encore, quand les Romains furent initiés à la civilisation grecque, les Dieux italiens se confondirent avec les Dieux grecs. Par suite de cette confusion, les auteurs latins, et après eux les modernes, prirent l'habitude d'employer les noms latins de Minerve, de Mars , de Neptune, de Vulcain, etc., pour désigner des divinités grecques comme Athènè, Ares, Poséidon, Hèphaistos. Je ne vois aucune raison pour me conformer à cet usage, auquel , même en France, on commence à renoncer. Entre autres inconvénients il a celui de nous faire voir le polythéisme sous sa forme romaine, qui en représente la dernière décadence.
Mon but étant d'exposer les* principes du poli-
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théisme, j'ai dû donner plus de place à rherméneulique ou à T interprétation des symboles qu'à la mythologie, qui se borne à raconter les légendes. L'herméneutique est la branche la plus difficile de la science religieuse. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de la défendre, ni de répondre à ceux qui regardent les religions comme un amas d'absurdités indigne de l'attention d'un siècle aussi sérieux que le nôtre. C'est à eux d'expliquer comment ces absurdités ont pu produire les œuvres les plus magnifiques du génie humain. Si on veut pénétrer dans le sanctuaire de la pensée primitive, il faut se garder de cette vanité puérile, et commencer par admettre que les créateurs de V Iliade et de rOdy$sée ne pouvaient pas être des gens dénués de sens commun ; et si parfois les idées des anciens nous paraissent absurdes, il faut en accuser notre intelligence plutôt que celle d'Homère ou d'Hésiode, a Quand les mythes religieux semblent contraires à la raison, dit l'empereur Julien, ils semblent par cela même témoigner d'une manière éclatante qu'il ne faut pas les prendre à la lettre, mais s'efforcer d'en pénétrer le sens. » Quant à ceux qui se contentent d'admirer la beauté des symboles sans chercher à les comprendre y sans permettre même qu'on les traduise en langue moderne , ils ressemblent à quelqu'un qui se laisserait bercer par l'harmonie
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d'une poésie étrangère et qui craindrait de la déflorer s'il en demandait la traduction.
Dès l'antiquité, quand la langue mystérieuse des symboles était déjà devenue une langue morte, divers systèmes d'interprétation se sont produits : les uns cherchaient dans les fables des faits historiques altérés, les autres des allégories morales ; les stoïciens y virent avec plus de raison une physique divine. Les ouvrages de Zenon, deCléanthe, de Chrysippe, mentionnés par Cicéron, sont perdus aujourd'hui, mais il nous reste un spécimen précieux de l'herméneutique stoïcienne dans le petit traité de Cornutus, maître de Lucaiu et de Perse. Les explications d'Heraclite sur les mythes d'Homère et la plupart de celles des scholiastes sont conçues dans le même système. Personne ne songe plus aujourd'hui à en soutenir un autre; il n'est plus possible, en effet, de regarder tel ou tel Dieu ou Demi-Dieu comme un personnage historique lorsqu'on retrouve la plupart de ses attributs et quelquefois jusqu'à son nom dans quelqu'une des puissances physiques célébrées dans les Védas. C'est là un des résultats les plus incontestés de Tethnologie religieuse. La comparaison des religions, dans les races de même fainille, a ruiné l'évhémérisme par la base et confirmé dans son ensemble l'herméneutique des stoïciens. On peut discuter sur l'explication particulière de quelques my-
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thes , mais le principe de la symbolique est un fait acquis : les religions sont des ensembles de symboles, c'est-à-dire des idées exprimées sous des formes concrètes.
J*ai cherché autant que possible à m'appuyersur les interprètes anciens, excepté dans quelques cas très-rares où ils m'ont semblé avoir méconnu le sens physique des symboles, et où j'ai dû présenter des explications que je croyais plus conformes au génie de la théologie primitive. Les stoïciens appelaient souvent l'étymologie au secours de leurs explications ; c'est un procédé qu'on peut employer aujourd'hui mieux qu'ils ne pouvaient le faire, grâce aux ressources qu'on trouve dans la philologie comparée. Il est cependant quelquefois très-difficile de découvrir l'origine et le véritable sens des noms divins,[et, quand je chercherai à les expliquer, je prie le lecteur de ne pas oublier que je propose des conjectures sans prétendre arriver à la certitude. Pour se diriger au milieu de l'inextricable labyrinthe de la mythologie grecque, il faudrait le fil d'Ariadne. C'est une route difficile, et Terreur est excusable, puisque les anciens, qui vivaient au milieu de cette mythologie, se sont égarés plus d'une fois. La pensée des peuples primitifs est multiple et profonde comme la nature dont elle est le miroir; mais, quand nous parvenons à saisir le sens des fables an-
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tiques, nous sommes forcés d'avouer, comme le fait Comutus à la fin de son livre, que les créateurs des vieux symboles n'étaient pas des esprits grossiers et vulgaires, puisqu'ils devinaient avec tant de pénétration la nature intime des choses, et l'expliquaient avec un si rare bonheur d'expressions et d'images.
C'est dans la poésie et dans l'art que je chercherai d'abord les caractères généraux de l'Hellénisme, parce que ce furent les poètes et les artistes qui lui donnèrent sa forme. C'est là un fait unique dans l'histoire ; on ne trouverait pas un second exemple d'une religion qui se soit développée sans l'intervention du sacerdoce. Sans doute , à Torigine des sociétés, toutes les religions sont, comme celle des Grecs , des manifestations naturelles de la pensée populaire ; elles ne sont pas plus l'œuvre des prêtres que les langues ne sont l'œuvre des grammairiens. Mais, quand les peuples ont atteint les limites de leur croissance, leurs habitudes de langage deviens nent des règles de grammaire, leurs opinions religieuses deviennent des dogmes. La pensée se 6ge, pour éviter toute transformation ultérieure qui ne pourrait plus être qu'une décadence. Cette cristallisation des croyances, sous une forme qui prétend rester désormais immuable, a été chez tous les peuples l'œuvre d'une caste ou d'une hiérarchie sacer-
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dotale. Rien de«pareil n'exista en Grèce. Les poètes étaient les interprètes des croyances populaires; toutes les dissertations sur les dogmes helléniques s'appuient sur leur témoignage, et en particulier sur celui d'Homère et d'Hésiode. Ce sont eux, selon Hérodote, qui enseignèrent dans leurs vers les noms des Dieux, inconnus aux anciens habitants de la Grèce, ce sont eux qui exposèrent la généalogie et déterminèrent les fonctions de chacun d'eux.
Les poètes furent donc les véritables théologiens de l'Hellénisme, et leur œuvre est analogue, sous ce rapport, à celles des Pères de l'Eglise chrétienne ; mais, en Grèce, il n'y avait pas d'Église pour conserver les livres sacrés et pour maintenir la pureté des traditions. La poésie, qui avait fondé la religion, pouvait toujours la transformer, l'altérer ou la renouveler. Au lieu de cette fixité qui est ailleurs le caractère des croyances religieuses, celles des Grecs sont dans un état de mouvement perpétuel, et on peut leur appliquer ce que dit Horace des mots d'une langue : « Les forêts renouvellent leurs feuilles dans le cours de l'année ; les premières feuilles tombent d'abord ; ainsi se perdent les anciens mots, tandis que les nouveaux, comme des jeunes gens, conservent leur force et leur vigueur. »
Il est donc nécessaire, en étudiant la religion dans les poètes, de tenir compte de l'ordre des
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temps et de laisser à chaque période ce qui lui appartient. Je partirai des poèmes d'Homère et dHésiodè, qui, dès l'époque d'Hérodote, étaient regardés comme les plus anciens monuments de la poésie
grecque; je chercherai à montrer comment toutes les formes delà littérature sont sorties de l'épopée, et comment les novateurs qui altérèrent plus tard la religion nationale durent opposer un poëte à un autre poëte, Orphée à Homère, tant il semblait que la poésie fût la forme nécessaire des idées religieuses. Je terminerai par une revue rapide des derniers poètes, afin de faire voir que cette union intime de la religion et de la poésie dura jusqu'à la fin du Polythéisme.
Toute religion se compose de deux éléments : le dogme, c'est-à-dire l'ensemble des opinions du peuple sur ïe monde et sur l'homme, et le culte, manifestation extérieure des croyances populaires. En Grèce, la poésie fut la forme spontanée du dogme, le culte trouva son expression naturelle dans les autres branches de l'art, et particulièrement dans la plastique. Le sentiment de la forme, inné chez les Grecs, leur faisait préférer les symboles aux formules, et la plastique à la parole. La langue de Tart, dont tous les mots sont des images, leur semblait à la fois la plus riche et la plus claire ; elle traduisait mieux que toute autre langue les caractères distinctifs
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de ces principes multiples de toutes choses qui sont les Dieux. Cette traduction était si complète, que les types divins, créés par la sculpture, semblaient des réalités plus vivantes que les objets particuliers. C'étaient les radicaux de la langue plastique, ils exprimaient des idées générales, et il n'y a pas un des principes du monde moral ou du monde physique qui n'ait trouvé dans l'art grec sa plus juste et sa plus parfaite expression.
J'ai écarté toute discussion sur les origines de l'art grec comme sur celles de la religion ; j'ai admis le caractère indigène de l'art grec, à la suite d'Ottfried MûUer, dont l'excellent Mamiel d^ Archéologie m'a souvent servi de guide dans cette partie de mon travail. L'originalité d'un peuple consiste, non pas à n'avoir rien reçu des diverses civilisations qui se sont trouvées en rapport avec lui, mais à s'être si bien assimilé ces éléments hété- ^ rogènes, à les avoir fondus dans une si parfaite harmonie, qu'il en soit résulté un art parfaitement distinct de tous les autres. Que l'art grec, dans ses caractères fondamentaux, ne ressemble ni à celui de l'Egypte ni à ceux de l'Asie, c'est ce que démontre sufQsamment la difficulté qu'on éprouve à retrouver la trace des emprunts qu'il a pu leur faire. Mais la Grèce ne se borne pas à s'approprier les idées étrangères, elle les transforme. Même dans
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les cas pariÎGiiliers où T importation est flagrante et palpable, cette transformation est si complète et si profonde, qu'elle équivaut à une véritable création. Il y a donc dans le génie grec, outre sa puissance d'assimilation, une originalité native, le don de changer en or tout ce qu'il touche, comme la lumière du soleil, dont la fable de Midas est le symbole. La Grèce n'a pas plus emprunté ses conceptions artistiques que ses conceptions sociales, car aucun peuple n'aurait pu lui donner ce qu'il n'avait pas, ridée de la beauté, principe de l'art grec, et l'idée de la justice, principe de la cité républicaine. Voilà ce qui appartient en propre à la Grèce, et elle ne le doit qu'à son génie et à ses Dieux.
Si les légendes sacrées furent exposées par les poètes et les types divins fixés par les sculpteurs, on peut se demander en quoi consistaient en Grèce les fonctions des prêtres. Il y a deux branches de l'Hellénisme qu'on a coutume de placer sous leur influence directe, les oracles et les mystères. A mon avis, on a beaucoup exagéré cette influence ; même dans les sanctuaires prophétiques et dans les sanctuaires d'initiation, elle se réduisait à très-peu de chose. Pour faire comprendre le véritable caractère de ces deux formes de la religion grecque , je commencerai par dire quelques mots du sacerdoce en général et par établir les limites de ses attribu-
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tiens. Je chercherai ensuite à montrer, en étudiant les origines de la divination, qu'elle répondait à un besoin parfaitement légitime, et que, pour expliquer la- foi des anciens aux présages, il n'est pas nécessaire de Tattribuer à la superstition du peuple et à la fourberie des prêtres. L'antiquité n*est plus là pour se défendre, mais cela ne nous dispense pas d'être justes . Je suivrai ensuite la divination dansses transformations successives, en prenant pour exemples les oracles qui ont eu le plus de réputation aux diverses époques de l'histoire.
Quant aux initiations mystiques, il n'est pas de branche de l'Hellénisme qui ait donné lieu à plus de discussions et d'hypothèses. Tantôt on en a cherché l'origine hors de la Grèce, et on a supposé que les hiérophantes d'Eleusis et de Samothrace, hérifiers de l'antique sagesse de l'Egypte, transmettaient à une aristocratie d'initiés un enseignement ésotérique, opposé à ce qu'on nomme les superstitions populaires. Tantôt on a cru que la religion pélasgique, proscrite et comprimée par les Hellènes, s'était réfugiée dans quelques sanctuaires, et s'y était conservée sous forme d'hérésie ou de société secrète. Puis, lorsqu'il s'est agi de deviner quelle était cette doctrine, si soigneusement gardée par le sacerdoce, on ne s'est pas contenté de l'immortalité de l'âme, on a libéralement gratifié l'antiquité du
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dogme monarchique de Tumlé divine. Heureusement pour les Grecs, tout cela n*est qu'un roman. 11 n'y a jamais eu, en Grèce, ni inquisition ni persécution religieuse; le sacerdoce n'y fut jamais le dispensateur de la vérité; l'immortalité de l'âme n'était pas le monopole d'une théocratie de lettrés, c'était une des bases de la religion populaire, et, quant au monothéisme, qui eût été la négation de cette religion, il ne s'y est glissé qu'aux dernières époques de la décadence, sous l'influence des doctrines philosophiques et des religions orientales. II ne faut pas attribuer à des hommes d'une autre race et d'un autre âge des idées qui peuvent être l'objet de nos prédilections, mais qui seraient incompatibles avec leurs mœurs et en contradiction avec toute leur histoire.
Ce qui avait ouvert le champ à toutes ces hypothèses, c'est le secret attaché aux mystères; secret qui a été assez bien gardé pour qu'il soit difficile de donner une description complète et détaillée de ces cérémonies. Les auteurs anciens y font cependant de fréquentes allusions, mais toujours enveloppées de réticences. Les auteurs chrétiens qui ont écrit contre les mystères ne semblent les connaître qu'indirectement. Ils en parlent plutôt comme des gens qui auraient écouté aux portes que comme des témoins oculaires. Cependant, en réunissant les al-
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lusions des uns, les indiscrétions des autres, en les soumettant à un contrôle sévère, la critique contemporaine a réussi non-seulement à détruire les erreurs qu'avait produites une étude superficielle, mais à établir, d'une manière qui paraît définitive, un ensemble de faits très-satisfaisants. Je présenterai les résultats de ces travaux, en prenant surtout pour guide PAglaophamus de Lobeck, et les Mémoires de M. Guigniaut sur les mystères d'Eleusis. ' Les mystères orphiques mêlèrent successivement aux traditions grecques une foule de dogmes étrangers. Dans Tenfance et dans la jeunesse de la société grecque, si THellénisme empruntait à d'autres peuples quelques légendes ou quelques cérémonies, ces détails se perdaient dans l'ensemble. Mais la conquête de l'Asie, en multipliant les rapports des Grecs avec les barbares, ouvrit une large porte aux importations du dehors, rendues plus faciles par la tolérance naturelle du polythéisme, qui ne repousse aucune conception religieuse. Les Grecs, ne pouvant se figurer qu'il existât une autre religion que la leur, croyaient retrouver leurs Dieux, sous d'autres noms, chez les nations étrangères, sans s'apercevoir que c'était l'idée divine elle-même qui différait profondément chez eux de ce qu'elle était partout ailleurs. Les divinités delà Phrygie, delà Syrie et de l'Egypte envahirent peu à peu la Grèce, le
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plus souvent en se confondant avec les Dieux helléniques, quelquefois aussi en conservant leur physionomie étrangère. Le goût naturel des Grecs pour la nouveauté multiplia ces emprunts, qui flnirent par altérer le caractère primitif de la religion nationale. Je ne me propose pas de les passer tous en revue : ils ont été énumérés avec soin dans le savant ouvrage de M. Alfred Maury; je me contenterai de parler des plus importants, de ceux qui contribuèrent le plus à la décadence de THellénisme.
Mais la cause principale de cette décadence, ce fut l'influence de la philosophie. L'antagonisme de la philosophie et de la religion était naturel et inévitable. La philosophie traduit ses opinions par des formules abstraites, ses principes de morale par des préceptes et des sentences; elle ne s'adresse qu'à un petit nombre d'élus, non pas supérieurs au reste des hommes, comme ils sp le figurent, mais chez lesquels l'imagination est moins développée que la faculté du raisonnement. La religion, qui est Texpression spontanée de la pensée populaire, s'adresse à tous les hommes et parle à toutes leurs facultés à la fois. Ces causes inconnues, qu'elle appelle les Dieux, ne sont pas pour elle des abstractions : il n'y a rien d'abstrait dans Tunivers, tout principe d'action est une force vivante, toute cause qui agit régulièrement est une loi consciente et libre, dans
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Tordre physique comme dans Tordre moral ; car, si T analyse distingue ces deux mondes, la nature nous les montre confondus dafns la synthèse de la vie, et la religion les exprime toujours Tun par l'autre. Mais, en concevant les Dieux comme des lois, T homme les conçoit nécessairement à son image, car c'est en lui qu'il trouve le premier modèle d'une loi qui se connaît elle-même. Cette loi se manifeste à ses yeux par la beauté du corps humain ; à son esprit par la conscience du droit. La Grèce attribue aux Dieux la forme humaine, parce que, d^^ait Phidias, nous n'en connaissons pas de plus belle; elle leur attribue les qualités de Thomme, la conscience et la liberté , parce que, seul de tous les êtres, selon le mot d'Hésiode, Thomme connaît la justice. Cette expression humaine des lois divines, qu'on nomme anthropomorphisme^ a été le thème habituel des attaques des philosophes contre la religion grecque; cependant Thomme ne peut concevoir des Dieux qui n'aient rien de commun avec lui ; ils seraient comme s'ils n'étaient pas, et les épurations philosophiques de l'idée divine n'aboutissent jamais qu'à des négations. C'est à cette tendance de l'Hellénisme à chercher l'idéal divin dans l'humanité que le monde antique a dû un art qui ne sera jamais dépassé, et ces grandes législations républicaines qui formaient des peuples de héros ; ces ré-
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sultats valaient bien les stériles discussions métaphysiques qui ont rempli la vieillesse de la Grèce.
La diversité des effets avait conduit THellénisme au principe de la pluralité des causes. Les philosophes cherchaient à ramener ces causes multiples à l'unité; cette tendance les empêchait d'accepter, même sous une forme abstraite, le principe de la théologie des poètes. Je m'efforcerai d'exposer cette lutte de la philosophie et de la religion avec plus d'impartialité qu'on ne l'a fait jusqu'ici. Le plus grand obstacle à cette impartialité, c'est le rapport des doctrines philosophiques de la Grèce avec les croyances religieuses de l'Europe moderne. Les esprits les plus indépendants subissent parfois, à leur insu, l'influence de leur milieu. On voudrait voir' du panthéisme ou du monothéisme dans la religion grecque, et, faute d'y trouver ce qu'on y cherche, on la déclare absurde, et on remercie la philosophie de l'avoir fait disparaître. Le Polythéisme n'a jamais été défendu; il est tombé au silence, s'enveloppant dans sa protestation muette, et attendant l'heure de la justice. 11 appartient à Ja science de i^viser les jugements trop passionnés ; elle est le dernier refuge des causes vaincues. De mêane qu'un paysage, une période historique ne peut être appréciée qu'à distance. Les Grecs connaissaient mieux leur religion que nous ne pouvons la connaître, mais nous som-
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mes mieux placés qu'eux pour lui restituer sa véritable place dans l'histoire des idées, car nous pouvons la comparer aux religions orientales et aux religions modernes, et la juger d'après les conséquences sociales qu'elle a produites dans le monde. Après avoir étudié THellénisme dans ses différentes périodes, je m'efforcerai d'en apprécier le caractère général et de mettre eu lumière la pensée religieuse de la Grèce, en la dégageant des formes symboliques, qui nous sont peu familières. Cette pensée peut se résumer dans quelques principes fondamentaux : la pluralité des causes, l'indépendance des forces, l'harmonie des lois. Le Polythéisme conçoit l'univers comme une cité, réglé sur un rhythme harmonieux, comme un grand chœur de danse, comme une éternelle symphonie. Il voit dans les lois du monde des personnes analogues à la personne humaine, des volontés libres et conscientes d'elles-mêmes et c'est du concours de ces lois vivantes que naît l'ordre universel dans la grande république de la nature. Cette conception est particulière au peuple grec, il l'a trouvée dans son berceau, lui a donné une forme dans sa poésie et l'a appliquée dans son histoire. J'ai développé, dans un autre ouvrage^, les conséquences sociales du Poly-
^ Delà Murale avant les philosophes.
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théisme; j'ai montré qu'il se traduit nécessairement par une morale républicaine, et c'est ce qui explique pourquoi la Grèce perdit sa liberté en même temps qu'elle abandonna ses Dieux«
Chacun se rendrait un compte plus exact de sa propre croyance s'il apportait à l'étude des religions étrangères la justice impartiale qu'il réclame, avec raison, pour la sienne. Cette impartialité, impossi^ ble aux époques créatrices, est à la fois le devoir et la consolation des périodes stériles. L'histoire fait l'examen de conscience de l'humanité; sans elle, chaque époque daterait de son avènement l'affranchissement du monde, chaque siècle ferait sa propre apothéose aux dépens de ses devanciers. Dans des systèmes qu'on. croit nés d'hier, que de lambeaux dérobés à l'inépuisable trésor de l'antiquité ! II y a encore des vérités ensevelies sous les ruines des vieux sanctuaires; ne craignons pas d'aller les y chercher. Épelons les hiéroglyphes des races mortes. Abreuvons-nous à cette fontaine de Jouvence de la civilisation antique, évoquons l'esprit religieux de l'humanité primitive, le Saint-Espnt des symboles, et il descendra sur nous en langues de feu. Qui sait si les saintes traditions des vieux âges ne dissiperont pas les inquiétudes de la raison moderne? Assez de doutes nous enchaînent dans 'a nuit, assez de négations amoncelées nous ferment la
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route de l'inconnu. Contre leur triple rempart, peut-être n'est-ce pas trop de Teffort de toutes les croyances réconciliées. Car toute lutte doit finir devant ces deux enseignements de Thistoire : la forme multiple des révélations divines et la permanence du sentiment religieux dans l'humanité. Les idées, comme les races, ne sont hostiles que faute de se connaître. Ep étudiant les aptitudes diverses des peuples, la science les classe dans la famille humaine; en comparant les diverses formes religieuses, elle les explique et les justifie. C'est à elle qu'il appartient de préparer dans l'avenir la réconciliation des races ennemies, et dans le monde idéal la grande paix des Dieux.
DU
LlYRE PREMIER
LJL POÉSIE SACRÉE