CHAPITRE UNIQUE
Que la philosophie , bien qu'elle ne se propose point, à son origine , d'attaquer la religion populaire, y est nécessairement entraînée.
Si nous cherchons maintenant à résumer un peu les faits, et à prononcer un résultat sur la route que suit la philosophie et sur le terme où elle arrive , nous trouverons qu'à son origine elle n'est opposée en rien à la religion.
Chez tous les peuples, les premiers philosophes essaient de placer leurs systèmes sous la croyance de leurs pays. Ils travaillent à concilier les idées que la méditation leur suggère, avec les notions religieuses universellement adoptées; loin de nourrir l'envie de les attaquer, ils voudraient les trouver satisfaisantes, et pour leurs conceptions morales, Tome II. 1
et pour leur raisùn. Quand ils s'écartent de ces notions reçues , ils ne le font qu'avec beaucoup de ménagement. Ils cherchent assez long-temps à se le déguiser à eux-mêmes , et lorsqu'ils sont forcés de se l'avouer, ils s'efforcent encore long-temps de le déguiser aux autres. Partout c'est la rehgion qui prend ombrage , c'est le sacerdoce qui rompt le premier l'alUance , et qui contraint la philosophie à livrer des combats publics qu'elle n'a ni désirés ni prévus.
La rehgion déclare, la philosophie recherche. Mais elle ne recherche pas, d'abord , si ce que la religion a déclaré est ainsi. Elle admet que cela soit, et elle recherche seulement pourquoi cela est ainsi. Ce n'est qu'après s'être agitée long-temps inutilement autour de cette dernière question qu'elle arrive par degrés à l'autre , encore ne raborde-t-elle pas directement. Elle propose à la religion àes explications, des modifications, des transactions, qui lui semblent jusque-là tout-à-fait innocentes.
Ne pouvant concevoir que le chaos suit l'origine de toutes choses , elle propose létcrnitc, au moins pour les substances divines , ordon-