‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 2 sur 188 · LIV. IX · texte numérisé non relu

LIV. IX

natrices de l'univers ; ne concevant pas mieux ensuite, comment ces substances divines auraient tiré l'être du néant, elle propose aussi l'éternité pour la matière de l'univers , ne laissant plus aux dieux que le mérite de l'ordonnance. Bientôt, frappée de la différence qui doit exister entre les êtres puissans etintelligens qui impriment la forme et les êtres qui la reçoivent, et qu'il est naturel de supposer non intelligens et passifs, la philosophie propose une différence de substance entre ces deux classes d'êtres. Mais dès ce moment les conjectures commencent à se multiplier , et quelques-unes à se contredire.

Parmi les philosophes , il en est qui considèrent la division en deux substances comme chimérique et superflue. Celte opinion est assez orthodoxe dans le Polythéisme populaire, qui, presque toujours, représente les dieux comme d'une substance homogène avec celle de l'univers. Mais , pour faire triompher cette opinion, les philosophes sont poussés à considérer l'intelhgence comme n'étant qu'un des attributs de la substance unique. Alors cet attribut lui est-il essentiel ? S'il ne l'est pas , quelle en est la cause ? Cette cause doit être

au-dessus des dieux. Est-ce la nécessité, est-ce le hasard? L'univers ne peut-il pas être conçu comme privé de cette intelligence? On voit que l'opinion, d'abord orthodoxe , lorsqu'elle est une fois soumise à l'examen philosophique, est bien voisine de l'impiété. D'autres philosophes sont entraînés insensiblement, par leurs recherches sur la nature des êtres actifs et intelligens qui ont formé le monde, à n'admettre, au moins comme nécessaire, qu'une seule cause intelligente. Cette hypothèse menace le Polythéisme de le remplacer par le théisme.

D'autres, en méditant sur l'incertitude des témoignages d'après lesquels nous admettons l'existence partielle des êtres dont nous n'apercevons que les formes, sont tentés de ne reconnaître en eux que des modifications de l'intelligence qui les a formés, et reviennent de la sorte, par un détour, à l'unité de substance sous un autre nom. Le panthéisme s'introduit alors, ennemi caché, mais redoutable de la croyance reçue.

Si, descendant de ces hautes régions spéculatives où elle veut prononcer sur la nature des dieux, la philosophie vient à s'occuper

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