Tome n. i
le vice fondamental de ce raisonnement. Il n'est pas vrai qu'en retranchant toutes les différences qui existent entre les êtres partiels, on arrive à une notion réelle. Ce point, par lequel tous les êtres se rcG^emblent , n'est point le premier être , mais seulement la qualité , la condition commune de tous les êtres. La personnification de cette qualité , de cette condition est un acte arbitraire de l'entendement, une création quil se permet sans que rien l'y autorise , afin d'avoir des personnages qu'il fasse mouvoir à son gré.
L'esprit humain , dès qu'il médite , aime l'abstraction. Elle le délivre du chaos qui résulte de la confusion des apparences et de la variété des phénomènes; elle classe ses notions suivant une symétrie régulière, un ordre idéal , et il prend pour le sentiment de la réalité de ses conceptions celui de la satisfaction que cet ordre lui inspire. Ainsi quelques-uns des plus anciens philosophes avaient fait , de l'espace , du vide , de l'inconnu , le premier principe. La même personnification gratuite se retrouve au commencement et à la fin de la philosophie grecque ; mais elle n'en est pas moins une erreur pour avoir vieilli de huit