CHAPITRE XVI
Considérations sur le nouveau platonisme dans ses rapports religieux.
Si nous nous étions proposé de donner un tableau complet du nouveau platonisme, nous aurions à parler de plusieurs dogmes tirés de la doctrine égyptienne, indienne ou persanne. Parmi ces dogmes, la trinité de Plotin, un peu différente de celle de Platon , aurait occupé une place importante. Mais nous ne voulions dire que ce qui était nécessaire pour montrer que cette philosophie réunissait tous les caractères d'une religion proprement dite , et ce que nous avons dit nous paraît sufEre.
Le nouveau platonisme établissait des communications mystérieuses entre le ciel et la terre. Il admettait une action réciproque de la Divinité sur Ihonime et de l'homme sur la Divinité , bien que celle-ci ne fût exprimée que tacitement , ce qui doit toujours arriver : car si nos espérances ont besoin de croire que nous pouvons agir sur les dieux , notre respect n'a pas moins besoin de croire ces dieux
2l6 DU POLYTHÉISME.
impassibles. Il prescrivait enfin des modes d'adoration d une espèce plus pure et plus relevée que les sacrifices en usage dans le Polythéisme vulgaire , mais qui tendaient toutefois au même but, et qui étaient dictés par le même élan de l'âme. Entre la notion grossière des offrandes qui séduisent les dieux et la notion sublime de l'adoration qui leur plaît et qui rapproche l'homme de la nature divine, il n'y a qu'une différence, c'est que, dans le premier cas , l'homme veut plier les dieux à sa volonté , et que , dans le second , il se plie lui-même à la leur; mais c'est toujours un effort qu'il fait pour se mettre d'accord avec eux , et la différence ne vient que de celle des lumières, c'est-à-dire de l'époque. Le nouveau vsystème de religion avait ou paraissait avoir plusieurs avantages. Il se rapprochait, par les dénominations employées pour désigner les déujons ou dieux subalternes, de la croyance jadis professée, et dont les souvenirs s'unissaient encore , dans beau- (•oup de tètes, aux idées de piété, d'espoir et de confiance, que l'on n'avait plus , mais qu'on regrettait ou qu'on enviait aux siècles passés.