LIV. XV. CHAP. XVI
Il ne contrastait en rien avec les notions auxquelles toutes les nations polythéistes étaient accoutumées de temps immémorial.
L'idée que l'homme peut parvenir, dans cette vie , à la contemplation de la Divinité , n'était point nouvelle , bien qu'elle eût revêtu successivement diverses formes. Les premiers Grecs la concevaient dans le sens le plus matériel, en admettant l'apparition des dieux aux regards des guerriers, des devins et des héros. Les prêtres de l'Egypte se vantaient d'un commerce habituel avec la Divinité : la récompense de l'initiation dans les mystères était de jouir de la présence et dé la vue de la nature divine.
Il ne fut pas non plus difficile aux nouveaux platoniciens de trouver dans Pythagore et dans Platon de quoi confmier leur doctrine : ce que ces philosophes avaient dit sur la nécessité de repousser les distractions extérieures et les impressions des sens pour se livrer à des méditations profondes, les nouveaux philosophes l'appliquèrent à l'extase.
Leur doctrine se trouvait ainsi conforme également aux préceptes de la philosophie et aux réminiscences de la religion.
2l8 DU POLYTHÉISME.
Le nouveau platonisme était favorable à la morale. Au milieu de son enthousiasme , il' indiquait la vertu comme une préparation nécessaire à l'extase. L'extase était le but ; la vertu, le moyen. D'ailleurs ce système semblait devoir être admisd'autantplus facilement, qu'à une époque où le monde réel était inhabitable pour toutes les âmes qui n'étaient pas dégradées , il leur offrait comme refuge un monde idéal où elles retrouvaient ce dont elles étaient privées sur la terre. Enfin le nouveau platonisme satisfaisait , comme on l'a vu , plusieurs des principaux besoins qu'éprouvait alors l'espèce humaine , celui de l'abstraction , celui de la spiritualité , celui du merveilleux. Il paraissait donc parfaitement adapté à l'époque à laquelle il paraissait.