LIV. XV. CHAP. XVIII
dans le nouveau platonsime , ce seul être existant réellement , cette âme universelle , non seulement contenant toutes les âmes, mais n'étant qu'une seule âme indivisible ; cette matière créée par la forme et n'étant qu'une avec elle , et toutes les autres subtilités de cette philosophie, pour maintenir son unité absolue et complète , se rapprochaient trop fortement du panthéisme pour ne pas finir toujours par y retomber ; la seule différence était dans l'esprit de l'époque. Ce panthéisme avait conduit Xénophane à l'incrédulité : il conduisait les platoniciens à l'enthousiasme ; mais cet enthousiasme ne pouvait être qu'individuel et momentané. Le panthéisme n'est compatible avec un culte public , avec une religion populaire , que lorsqu'il se glisse à la suite de cette religion et dans la doctrine secrète des prêtres. C'est ce que nous avons vu aux Indes. Mais lorsqu'il se montre à découvert, dans un moment où la religion est à reconstruire , il met à l'établissement de toute croyance un obstacle qu'aucune subtilité ne peut surmonter.
Il faut un Dieu séparé de l'homme pour que celui-ci puisse l'invoquer avec confiance. Il faut
un Dieu séparé de l'univers , pour que l'esprit ne confonde pas ce Dieu avec les règles nécessaires et les forces mécaniques de la nature , et pour que le sentiment religieux trouve dans l'objet de son adoration les élémens qu'il réclame, l'espoir, le respect et l'amour.
La tentative des nouveaux platoniciens pour rendre à l'homme une religion par la métaphysique était donc chimérique et illusoire. Elle péchait par la base. Les dieux subalternes et toute la hiérarchie de démons, grâce à laquelle cette secte croyait ranimer le panthéisme et donner de la vie aux émanations de sa première notion abstraite et inconcevable, ne pouvait prendre racine dans ce sol aride. C'était vouloir faire verdir des rameaux sur un arbre desséché.
Nous dirons même que ce lien , que les nouveaux platoniciens voulaient établir entre leur doctrine et l'ancien Polythéisme , loin d'être utile à l'espèce de rehgion qu'ils enseignaient, la décréditait encore, et comme bâtie sur des fondemens ruinés, et comme se composant d'interprétations fantastiques des anciennes fables. Les souvenirs de la philoso-