LIV. XVI. CHAP. V
Tous les chrétiens sont prêtres, dit Tcrtullien : le Christ nous a tous consacrés comme tels devant son Père céleste.
Il dédaigne la magnificence des cérémonies ; il ne s'occupe que de l'Etre infini, universel, invisible, et veut que chaque homme lui élève un temple au fond de son âme. Couverts des vêtemens les plus humbles et quelquefois à demi-nus, dit Cécilius, dans l'Apologie de Minucius Félix, les chrétiens méprisent nos pompes, les décorations de nos édifices et les monumens de nos pontifes. Ils ne dressent point d'autels , ne rivèrent point de simulacres. Tant le théisme, à cette époque, craint de souiller sa pureté par des pratiques qui le rapprocheraient de la terre.
Il en est de même des abstinences. Nous avons, dit saint Paul aux Colossiens, été délivrés par le fils de Dieu de toutes les obligations factices. Nul n'a le droit de nous condamner pour l'usage d'un aliment ou l'inobservance dujie fête. Nul ne peut nous imposer un devoir imaginaire. Lorsque les Montauistes voulurent introduire des jeûnes et des privations dans le cliristianisme , l'esprit du théisme naissant se révolta contre ces innova- Tome II. i6
'2l\2 DU POLYTHÉISME.
tions , comme contre des restes de superstitions païennes. Tertullien écrivit alors contre eux : Le clirétien ne peut être souillé par rien d'extérieur. Dieu ne lui a prescrit aucun jeune, il ne lui a défendu aucune espèce de nourriture. Ce qu'il lui a interdit, ce sont toutes les actions qui sont mauvaises; ce qu'il lui a ordonné, ce sont toutes les actions qui sont bonnes.