‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 136 sur 188 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Des hommes qui se réunirent au théisme au moment où il se présenta sous une forme positive.

A une époque semblable à celle où le théisme parut pour la première fois', non comme une conjecture de l'homme, mais comme une manifestation de Dieu , il était dans la nature des choses que des hommes de toutes les classes se réunissent en grand nombre autour de cet étendard. On avait plus que jamais besoin d'une religion ; et la religion, qui convenait le mieux, ou plutôt qui convenait seule , était celle qui élevait l'homme au-dessus de tous les objets visibles, qui ne le rattachait à aucune des institutions religieuses qui étaient décréditées , à aucune des institutions politiques qui étaient oppres-

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sives , enfin qui , dans un moment où les nations n'étaient que des troupeaux d'esclaves et où le patriotisme ne pouvait exister, réunissait toutes les nations par une même foi, et transformait en frères des hommes qui ne pouvaient plus être des concitoyens.

Nous avons montré ci-dessus comment les travaux des philosophes en avaient conduit un assez grand nombre à se rapprocher du théisme. En conséquence , aussitôt que le théisme se présenta , plusieurs de ces philosophes se réunirent à cette croyance. C'est par une erreur manifeste qu'on a prétendu , qu'à l'époque de son apparition sur la terre , le christianisme avait été rejeté par tous les esprits éclairés, pour n'être adopté que par les rangs obscurs et ignorans des sociétés humaines. Mais cette assertion , bien qu'évidemment fausse, a eu pour appuis les deux partis opposés. Les ennemis de la doctrine chrétienne ont cru l'avilir par-là ; les chrétiiens ont cru rendre son triomphe plus miraculeux.

Nous voyons , parmi les chrétiens , dès le premier siècle , des philosophes platoniciens distingués , entre autres Justin , martyr.

L'histoire de Justin , martyr , indique la

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marche d'un esprit poussé par la tendance du siècle, et qui, après avoir essayé de plusieurs doctrines, s'attache immédiatement à celle où il retrouve des idées exprimées avec plus de force et d'affirmation.

Justin, né l'an 8g de J.-G. , étudia d'abord sons un stoïcien. Mais la doctrine des stoïciens sur Dieu et ses relations avec l'univers ne le satisfit pas. Il choisit ensuite un péripatéticien , un pythagoricien , qui ne le contentèrent pas davantage. Ce dernier exigeait de lui des connaissances préHminaires en mathématiques, en astronomie et en musique , que Justin ne croyait pas nécessaires à la philosophie proprement dite. L'état de l'espèce humaine serait en effet misérable , si des connaissances, qu'il n'est pas donné à tous les hommes d'ac-r quérir ni à tous les esprits d'atteindre, étaient indispensables pour les élever jusqu'aux vérités de sentiment qui font la sécurité et la consolation de la vie. Jusîin se livra ensuite à la philosophie platonicienne. Il crut y trouver ce qu'il cherchait : il s'imagina même être parvenu à une contemplation immédiate de la Divinité; et, 'pour, n'être distrait de ses méditations par aucun objet extérieur , il quitta

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