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s'isoler avec adresse , et manquer décemment h tous les devoirs. Le Romain dont je veux parler, c'est Cassius, qui se voua dès son enfance à la cause de la liberté ; qui , repoussant tous les plaisirs et toutes les douceurs de la vie, n'eut qu'une pensée, qu'un intérêt, qu'une passion , la patrie; qui fut Tàme des conspirations contre César; qui voulait, dans sa prévoyance , étendre sur Antoine la vengeance d'un peuple opprimé ; qui combattit en regrettant de ne pouvoir appeler les dieux à la défense de Rome; qui mourut en s'affligeant de ne pas espérer une autre vie , et dont la carrière fut toujours de la sorte dans une honorable opposition avec sa doctrine (i).
Les sectes de Pythagore , d'Aristote et de P3'^rrlius rencontrèrent à Rome des obstacles d'une autre espèce. La première, par une conséquence fâcheuse , mais naturelle du secret dont elle avait enveloppé sa doctrine depuis sa naissance, avait contracté des liaisons intimes avec plusieurs superstitions étrangères. C'est un des inconvéniens du mystère que, lors même que l'intention primitive en est
(i) Plutarch. in Bruto.
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pure . l'imposture finit toujours par s'en emparer, la plupart des prêtres et des astrologues, si souvent chassés par les décrets du sénat et méprisés toujours par tous les hommes d'une éducation cultivée , se disaient disciples de Pythajrore. Nigidius Figulus est le seul philosophe pythagoricien qui paraisse avoir joui chez les Romains de quelque considération. L'obscurité d'Aristote avait peu d'attraits pour des esprits étrangers aux spéculations abstraites et plus curieux que méditatifs ; enfin l'exagération du pyrrhonisme devait révolter des raisons droites plutôt que subtiles , et qui ne trouvaient rien d'applicable dans un doute poussé jusqu'à l'extravagance, et contraire aux témoignages des sens. Le platonisme, qui n'était point encore ce qu'il devint deux siècles après, entre les mains des platoniciens nouveaux ; le scepticisme modéré de la seconde académie; le stoïcisme, furent les systèmes entre lesquels les Romains se partagèrent. Lucullus Rrutus et Varron furent platoniciens. Cicéron , qui fit ses délices de l'examen et de la comparaison de toutes les doctrines diverses, pencha pour l'indécision de l'académie. Dans ses livres sur la Nature des
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dieux il a merveilleusement saisi l'esprit du scepticisme de la nouvelle académie et ses doutes sur la religion. Le stoïcisme seul eut des droits sur la grande âme de Caton.
Une observation nous frappe ici : on répète machinalement de siècle en siècle par une facilité merveilleuse à redire ce qui a été dit, que la philosophie a fait la perte de Rome. Cependant tous les hommes qui défendirent la.république furent philosophes. Varron mérita d'être proscrit par les triumvirs (i). Brutus chérissait tellement les doctrines grecques, qu'il n'existait pas de son temps, nous dit Plutarque, un sage qu'il n'eût entendu, une secte qui ne lui fût connue. Caton, qui nous a laissé un exemple vers lequel les regards se tournent, quand les bouches sont muettes, mourut en lisant Platon (2). Cicéron , qui, moins fort de caractère, mais non moins sincère dans ses opinions , présenta pourtant à Popiliusune tête hère, se punissant ainsi d'avoir espéré d'Octave, s'était consolé par la
(i) Il échappa à leurs poursuites, mais il perdit sa bibliothèque et ses propres écrits, (i) In BrutO.
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philosophie de son exil et de toutes ses adversités. L'histoire ne nous apprend pas que les destructeurs de la liberté romaine eussent pour la méditation un pareil amour. Nous n'avons pas de grands renseignemens sur la philosophie de Catilina. César, à l'entrée de sa funeste carrière, professa dans le sénat quelques principes d'une irréligion triviale, axiomes grossiers et confus, que probablement ce jeune conspirateur avait recueillis dans les rares intervalles de ses débauches et de ses complots. Le voluptueux Antoine , l'imbécille et lâche Lépide , et tous ces sénateurs avilis et tous ces centurions féroces, dont loi uns trahirent , dont les autres déchirèrent Rome expirante , ne s'étaient, que nous sachions, formés dans aucune école.
Nous croyons avoir jugé , sans trop d'indulgence, plusieurs sectes philosophiques ; nous nous sommes exprimés sur quelques-unes avec une réprobation forte et sentie; mais il faut distinguer cette réprobation de l'anathème que voudraient prononcer contre la pensée des hommes qui ont à gagner à ce que la pensée soit proscrite. Au milieu de ses erreurs mêmes, la méditation désintéressée agrandit