LIV. XVII. CHAP. VI
Les apôtres du tj^éisme marchent entourés d'incontestables miracles, parce qu'ils sont pleins d'une conviction inébranlable. Le Polythéisme leur oppose des prodiges factices , puérils , révoqués en doute , copies effacées de ceux qu'il imite. Les premiers ont pour eux le raisonnement et la foi. En dirigeant le raisonnement contre la cause ennemie , ils ne craignent pas de compromettre leur propre cause : cette cause sainte ne peut être compromise. Ainsi leur arme offensive est l'examen , et une persuasion intime et profonde est leur égide. Leurs antagonistes hésitent entre la raison qui les menace et un enthousiasme que fait pâlir l'enthousiasme de leurs adversaires. L'incrédulité n'est qu'un instrument perfide qui réagit contre eux, et précisément par ce qu'ils affirment eux-mêmes , ils sont timides à nier ce qui est affirmé par leurs ennemis.
Les partisans d'une religion naissante sont toujours des hommes de bonne foi. Les partisans d'une religion usée ne sont jamais que des apologistes plus ou moins habiles. On les croirait plus forts que les autres , parce qu'ils ont un motif de plus. Ils sont excités par
leur intérêt , tandis que bs martyrs de l'opinion qui s'élève sont loin du moment où sa victoire procurera des avantages personnels à ses partisans. Mais le désintéressement est la première des puissances , et lorsqu'il faut entraîner , persuader, convaincre, l'intérêt affaiblit au lieu de fortifier.