LIV. XVII. CHAP. VI
pel à toutes les doctrines, qui, n'importe à quelle époque , ont jadis fait partie de la religion qu'il veut défendre. Par une méprise assez naturelle, il croit se fortifier par le nombre et la diversité de ses troupes , tandis que ce nombre même et la bigarrure de tant d'auxiliaires discordans, l'affaiblissent et le décréditent. Le sort des partis battus est de recourir à des moyens qui se contrarient et se paralysent mutuellemeiit.
Les prêtres du Polythéisme cherchent à conserver leur domination sur l'esprit du peuple , en redoublant de pratiques et de traditions anciennes; et, en inventant d'autres traditions et d'autres pratiques , auxquelles ils s'efforcent de donner un vernis d'antiquité. Loin de réformer ce qu'il y a d'indécent dans leurs mystères, qui sont devenus à peu près publics, ils comptent plutôt sur leur indécence , comme leur méritant l'appui de la corruption du siècle. Ils entassent dans ces mystères toutes les privations à côté de toutes les obscénités; ils y introduisent les pratiques sanguinaires, les mutilations, les supplices volontaires, dont ils font un devoir aux initiés. Les derniers mystères de Mithras étaient Tome IL ly
beaucoup plus lugubres et remplis de pratiques plus cruelles que ceux du même nom chez les Perses. Nous avons parlé des jeûnes excessifs qui avaient lieu dans ces mystères , tels que nous les connaissons , lors de la décadence du Polythéisme. Le célibat y était ' prescrit : or les jeûnes et le célibat sont étrangers et ce dernier même est contraire à la religion de Zoroastre. La gaîté même était un des caractères des anciennes fêtes de Mithras. Fréret veut expliquer cette différence en assignant aux mithriaques une origine babylonienne. Mais la position des prêtres, forçant de moyens pour faire effet sur un peuple détaché de la religion , est une explication bien plus simple,
Enfm les ministres du Polythéisme se laissent entraîner à l'imitation de la religion même qu'ils repoussent, croyant la combattre avec ses propres armes. L'un des malheurs et l'une des maladresses des vaincus, c'est qu ils veulent conclure des victoires de leurs adversaires à la bonté de leurs moyens, et qu'ils s'imaginent pouvoir s'emparer de ces moyens, sans considérer que, pour la j)lupart, ils ne tirent leur force que de leur but.