LIV. XVII. CÏIAP. VU
à Tune d'elles : et plusieurs d'entre eux, ayant travaillé à l'épuration de la croyance antique par des interprétations subtiles , avaient pour elle un amour d'auteur.
La nouvelle forme de théisme qui se présentait , c'est-à-dire lé christianisme , avait beaucoup d'affinité aux yeux des philosophes païens avec une secte philosophique. La doctrine originaire, enseignée par Jésus-Christ, reposait sur des vérités dont plusieurs sages antérieurs s'étaient rapprochés, et les commentaires des premiers pères de l'église sur cette doctrine se fondaient , à beaucoup d'égards , sur des argumens empruntés de la philosophie grecque. Or, les sectes de cette espèce étaient accoutumées de tout temps à se traiter avec une grande liberté ; mais le christianisme refusait de se soumettre à une discussion libre. Il tirait ses certitudes d'une toute autre source que les raisonnemens humains. Comme il s'était formé dans une secte juive, il regardait les livres sacrés des Hébreux comme le code et la règle, non seulement de la rehgion, mais de la sagesse en général. Les livres du Nouveau-Testament , base du christianisme en particulier, étaient aussi considérés comme
l'œuvre de Dieu , et comme tels étalent soustraits à la juridiction de la raison commune. Cependant le christianisme prononçait sur des questions qui avaient toujours paru être du ressort de la philosophie, comme la création du monde, l'origine du mal, etc. Il était donc inévitable que la doctrine chrétienne fut attaquée par les philosophes païens, sur ceux de ces points sur lesquels ils n'étaient pas d'accord avec elle. Les païens en appelaient à la raison , comme unique pierre de touche. Les chrétiens soumettaient la raison à une révélation supérieure.
Les deux partis prirent le caractère que leur position devait leur faire prendre. Les chrétiens se montrèrent intolérans et pleins de mépris pour les lumières naturelles. Les païens se servirent de l'arme du ridicule et de l'ironie contre des hommes qui leur semblaient avoir abdiqué le plus haut privilège de leur nature.
Mais ni les uns ni les autres ne pouvaient rester fidèles à ce point de départ, ou se borner à l'usage des armes qui leur étaient propres. Tout en défendant les prérogatives de la raison , les philosophes païens reconnais-