‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 158 sur 188 · LIV. XVII. CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIV. XVII. CHAP. VIII

chrétiens leur foi implicite dont ils se faisaient un devoir ; mais il était en contradiction avec lui-même, puisqu'il prétendait quil fallait en croire les traditions des ancêtres , et qu'il appelait présomptueux et prétendus sages ceux qui révoquaient en doute ces traditions (i).

— Julien regardait comme la principale cause des progrès du christianisme l'indifférence des païens pour leur ancienne religion, suite de la corruption universelle, et de celle des prêtres en particulier, qui les avait fait tomber dans le mépris. Son but'fut donc, pour relever et consolider la religion ancienne, de créer une espèce d'église du Polythéisme , qui, eu tant que consacrée aux dieux, fût indépendante de l'état dans ses attributions ecclésiastiques, et devant lesquelles tout rang et toute pompe terrestre disparussent. Julien voulut prêcher d'exemple. Non seulement il prit le titre de grand pontife , comme les autres empereurs , mais il se glorifiait de la dignité sacerdotale , autant que de sa dignité impériale, et remplissait les devoirs de sa charge religieuse avec

(i) Tbideni.

non moins de zèle que ceux de sa charge politique (i).

— Gomme ses affaires neluipermettaientpas de fréquenter tous les jours les temples hors du palais, il consacra dans le palais même un temple au soleil, comme au Dieu sous la protection particulière duquel il croyait être , et des autels à tous les autres dieux : car ce qu'il désirait le plus était d'être en communauté constante avec les dieux et de commencer toutes ses entreprises sous leurs auspices, et après les avoir adorés. Il offrait chaque jour un sacrifice au soleil levant et au soleil couchant. Il déposait , en s'approchant des autels, toutes les marques de sa dignité. On le voyait préparer lui-même tout ce qui était nécessaire pour les cérémonies religieuses , porter l'eau , le bois , la flamme , et enfin frapper la victime de sa propre main.

— Les progrès de la religion grecque ne sont pas encore égaux à ce que je désire , écrivaitil au grand-prêtre de Galatie . et c'est la faute de ses ministres. On doit attribuer le changement qui s*est opéré en si peu de temps à la puissance surnaturelle des dieux. Mais il ne

(l) Ijibanius . l* /m'iji/riquc de Jidien.

Liv. XVII. CHAP. Vin. 287

faut pas se borner là ; il faut travailler à détruire les causes qui ont favorisé l'irréligion. On y parviendra surtout en recevant avec hospitalité les étrangers, et en rendant avec scrupule les honneurs funèbres aux morts.

Les païens avaient déjà remarqué la bienfaisance et la fraternité des chrétiens , même envers les étrangers.

— Julien croyait que les chrétiens, qu'il regardait d'ailleurs comme dangereux pour l'empire, étaient les premiers punis de leurs erreurs, parce qu'ils étaient abandonnés des dieux et livrés à l'empire des démons qui leur inspiraient la haine et l'envie, vices étrangers aux dieux. De là, disait-iî, cette rage avec laquelle ils blasphémaient les dieux , renversaient leurs autels , et se persécutaient entre eux pour des différences d'opinions ; de là l'ardeur avec laquelle plusieurs cherchaient les déserts , et fuyaient la société pour laquelle la nature a créérhomme;de là les chaînes dont quelquesuns se chargeaient eux-mêmes(i). Julien fait ici probablement allusion aux macérations et aux supplices volontaires des anachorètes.

(1) Ju\. Ep. ad. Sac.

— Les païens , dit Julien, doivent exercer réellement toutes les vertus dont les chrétiens cherchent à se donner l'apparence ; il charge en conséquence le grand-prêtre de Galatie de forcer tous les membres de l'ordre sacerdotal à mener une vie digne de leur état, ou il lui ordonne de les destituer de leur charge. Aucun prêtre ne doit se montrer dans un théâtre , dans un lieu d'amusement profane, aucun ne doit exercer un métier ignoble. Il faut établir dans chaque ville des asyles pour les étrangers, de quelque pays et de quelque rehgion qu'ils soient. Il est honteux que l'on ne voie point de mendians chez les Juifs, et que les Galiléens (chrétiens) nourrissent non seulement leurs pauvres, mais ceux des païens, tandis que ces derniers ne se chargent pas même des leurs propres.

— Ily aura un parallèle curieux à faire entre la

bonne foi de Julien, qui, voulant relever la religion, ne demandait pas mieux que d'abaisser devant les dieux sa dignité temporelle, et l'astuce de celui qui, en feignant de la relever, s'est hâtée de l'avilir pour ne rien avoir à en craindre. .

— Julien cherche à prouver^'que la bienfaisance et la charité ne sont pas des caractères

Page 1