LIV. XVII. CHAP. VIII
cêtres que ces hommes présomptueux, qui ont sans doute un esprit subtil et délié, mais qui néanmoins ne sauraient parvenir à la vérité. Ces anciennes traditions renferment les plus sublimes doctrines divines sous une enveloppe mythologique ; car l'essence cachée des dieux ne se manifeste pas sans voile à des hommes qui ne sont pas purifiés. Les aïeux du genre humain, instruits par les dieux mêmes, enveloppèrent en conséquence la vérité sous des récits en apparence bizarres.. afin que le vulgaire tirât de ces
récits l'utilité qui résulte pour les hommes de la simple connaissance des symboles, même lorsqu'ils en ignorent le sens mystérieux. Pour comprendre ceci , il faut savoir qu'on attribuait aux fables mythologiques une certaine force surnaturelle qui faisait que, sans que les hommes le sussent, elles produisaient les apparitions des dieux , €t par-là étaient salutaires à lame et au corps.
Quant aux hommes éclairés , continue Julien , ce qu'il y a de bizarre et de contradictoire dans les fables doit les conduire à pressentir le sens plus élevé qu elles renferment .
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et à rechercher ce^ sens. C'est une assez ingénieuse excuse <ie l'absurdité des fables qu'on ne pouvait plus excuser en elles-mêmes , et il est remarquable qu'Origène se soit servi du même argument en faveur de la Bible. Elle contient , dit-il , plusieurs choses en apparence scandaleuses ou manifestement impossibles , mais qui sqnt destinées à engager les sages à rechercher un sens plus profond (i).
Dans cette apologie des fables absurdes en apparence, Julien trouvait une occasion de revenir à un principe purement philosophique, et il en profitait. Les dieux , disait-il , en obligeant ainsi l'homme à exercer son intelligence sur les révélations qu'ils lui communiquent , ont voulu lui faire sentir qu'il ne pouvait parvenir à la connaissance des vérités sublimes que par son activité personnelle , et qu'il devait les découvrir , non par sa déférence et sa soumission en une opinion étrangère, mais par les efforts de sa propre raison {'j). Julien disait ceci pour reprocher aux
[i) De Principiis^, lib, 1\' .
(2) Orut.yelWl.