CHAPITRE I
Que la chute du Polythéisme est nécessaire et
inévitable.
Défendu violemment , mais avec maladresse par l'autorité , scandaleusement et sans conviction par les prêtres , faiblement et avec indécision par les philosophes qui se dévouent à sa cause , le Polythéisme doit succomber.
11 n'est pas dans les limites de notre ouvrage, de rechercher comment le théisme, une fois adopté par la portion la plus éclairée de l'espèce humaine , pénètre ensuite chez les peuples moins avancés dans la civilisation. C'est aux historiens à raconter les effets partiels de la cause générale. Nous dirons seulement que chaque révolution de cette nature (jui s'est opérée nous paraît conlirmer les 1 principes que nous avons établis. Plus l'intcl-
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lîgence de l'homme avait fuit de progrès , plus la transition a été facile, et plus le triomphe du théisme a été complet.
En Arabie , le génie d'un seul homme , frappé de l'exemple des nations voisines et s'éievant tout à coup à leur niveau , devança ses compatriotes, et franchit un intervalle de plusieurs siècles pour Surimposer un système auquel ils ne seraient arrivés sans lui que long^-temps après. Aussi la conquête fut-elle nécessaire (i). Moins les hommes sont préparés aux opinions qu'on leur présente , plus il faut de violence pour les leur faire adopter.
Charlemagne imposa le théisme aux Saxons de la même manière que Mahomet aux Arabes. La contrainte, là aussi, fut nécessaire. Il fallut des torrens de sang pour faire triompher la même croyance dont les empereurs romains | n'avaient pu empêcher les progrès : tant il est certain que la véritable force est dans la proportion des opinions avec le reste des idées , et que cette proportion rend tantôt superflus,
(i) Mahomet fil massacrer en sa présence sept cents Juifs prisonniers et désarmés. Gibbon , ch. i5.
tantôt inutiles , les édits-, les lois , les armées et les bourreaux.
Nous pourrions ajouter qu'aussi long-temps que cette proportion n'existe pas, le triomphe des opinions est moins réel qu'apparent. Nous avons eu occasion de dire ailleurs que le théisme des peuples du Nord fut long-temps mêlé de Polythéisme ; et les relations des voyageurs nous apprennent que les Kirguises, les Baschkires , les Turalinzes et d'autres tribus presque sauvages , que le hasard fit tomber d'abord soys la domination des mahométans? et qui furent convertis ainsi de force au mahométisme , adorèrent , durant plusieurs générations, le soleil et leur sfétiches à côté du dieu unique de Mahomet (1).