‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 17 sur 188 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

Il n'en était pas de même à Rome. La religion romaine, défendue par un sacerdoce fortement constitué , n'était point assez flexible pour se plier aux changemens graduels de l'opinion. La philosophie , armée de toutes pièces et forte de trois siècles de méditations , se plaça d'un côté : la religion resta de l'autre ; et, bien qu'elle fût, comme nous l'avons déjà remarqué, plus raisonnable à Rome qu'en Grèce , elle contenait toutefois assez de choses qui donnaient prise pour que la chute fut infaillible.

L'on croirait d'abord qu'il est avantageux pour une religion d'avoir des défenseurs enrégimentes , qui combattent vigoureusement contre la plus légère attaque. Elle y gagne sans doute de maintenir ses formes plus invariables ; et, pour la masse du peuple , pendant long-temps les formes sont le fond. L'opinion, pénétrant de toutes parts , bien qu'invisible , à travers la garde qui veille aux frontières , n'est pas précisément repoussée , mais tellement dispersée , qu'elle se divise , pour ainsi dire , en atomes presque imperceptibles , qui , ne pouvant se réunir , ne composent point un corps j rien ne fait pressentir la présence de

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f ennemi : mais il en résulte que , lorsqu'une opinion contraire à la religion dominante arrive de l'extérieur, tous les fragmens homogènes se réunissent autour de cette opinion , comme les brouillards qui flottent dans l'air, autour- du premier objet solide qu'ils rencontrent. Alors, chacun comparant avec l'opinion nouvelle ce qu'il avait pensé plus d'une fois sans y réfléchir et sans s'y arrêter , est tout étonné de s'apercevoir qu'elle ne fait que rassembler les pensées éparses , et que , longtemps avant que la religion fût attaquée sous une forme méthodique, il ne croyait plus à sa religion.

Cependant les Romains , qui avaient toujours uni leur culte à la politique, cherchèrent à conserver , malgré les progrès de l'incrédulité , ce moyen puissant d'influer sur les hom-mes. Le pontife Mucius Scévola, queCicéron reconnaissait pour son maître , distinguait trois espèces de dieux , ceux des poètes , ceux des philosophes et ceux des législateurs (i). Il regardait les uns comme ab-

(i) Ai^j.Civ. Dci. IV. 7.

surdes , les autres comme impropres à une religion populaire, et les derniers seuls comme admissibles. Varron divisait la théologie en fabuleuse , en physique et en civile. Cette distinction de Varron rappelle, à certains égards, celle que les philosophes du dix-huitième siècle avaient établie entre la philosophie et la religion, et grâce à laquelle ils pouvaient répondre à toutes les accusations d'impiété: nous raisonnonscomme philosophes, non comme théologiens. Ces deux distinctions avaient la même source et le même motif. L'imagination se jouait de la première. La sagesse avait inventé la seconde ; la troisième était un instrument de l'état (i). Cotta séparait, en matière de religion , les preuves historiques des preuves philosophiques. J'ai le droit, disait-il , d'exiger d'un philosophe la démonstration de ses hypothèses ; mais je dois admettre sans preuve les assertions de nos aïeux. Le stoïcien Balbus , après avoir déclaré que tous les dieux du Polythéisme étaient des personniAcations de la force divine répandue dans la nature, voulait

'O Atii'. r,iv. Dri. he cit. NI. 5.

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