‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 18 sur 188 · MV. X. CHAP. IV · texte numérisé non relu

MV. X. CHAP. IV

que l'on révérât ces dieux, comme transmis par la coutume de génération en génération (i). Enfm Cicéron , dont les ouvrages portent d'ailleurs tant de coups mortels à la croyance de la patrie , disait qu'il était du devoir d'un homme sage de rester fidèle aux institutions et aux cérémonies que l'antiquité avait consacrées (2) , et que, pour dominer le peuple et pour la plus grande utilité de la république, il fallait conserver en tout la discipline de la religion (3).

Mais c'était vainement que ces hommes, en lutte avec eux-mêmes,et peu d'accord sur leurs propres intentions , s'efforçaient de retenir le simulacre du Polythéisme sur le penchant de l'abîme qui en avait englouti la réalité. Au milieu des ménagemens qu'ils se commandaient, ils trahissaient leur propre sentiment et celui de leur siècle. Si l'on me chargeait, disait Varron, de donner une religion aupeuple romain, je la lui donnerais bien différente de celle qui existe ; mais, puisqu'elle est établie et consa-

(1) Ciccr. de Nat. Deor. II. q8.

(2) Id. de Divin. II. 7a..

(3) Ici. ib. II. y.\.

crée, j'en veux parler de manière à ne pasattirer sur elle le mépris public. Vainement ils se fatiguaient en distinctions subtiles entre les diverses espèces de théologie. Ils cherchaient, ils adoptaient toutes les explications des écrivains qui les avaient précédés , et ne sentaient pas qu'un peuple , qui ne croit plus œ qu'on lui révèle de la part des dieux, croira moins encore ce qu'on lui veut enseigner de la part de quelques écrivains dont il ignore les noms, et dont il ne comprend pas les systèmes. Lorsque la faculté religieuse est attaquée dans son centre, dans l'âme de l'homme, et que l'on prétend faire de la religion une science, la partie scientifique peut rester, mais tout ce qu'on veut y joindre de religieux tombe.

Aussi verrons-nous dans peu de temps les , antagonistes du Polythéisme foudroyer victorieusement ces distinctions impuissantes. Vous inventez, diront-ils, des dieux que vous nommez fabuleux , pour être en liberté d'exprimer le dédain qu'ils vous inspirent. Mais ce dédain rejaillit sur les dieux populaires qui portent les mômes dénominations; ces dieux fabuleux , selon vous , apj)artiennent au

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