‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 23 sur 188 · LIV. X. CHAP. V · texte numérisé non relu

LIV. X. CHAP. V

point que Icfi dieux lui conftrcrit des faveurs extérieures et visibles. Il ne les invoque pas contre les événemens, mais contre sa faiblesse. Il implore d'eux, non la possession, mais le mépris des richesses, non la prolongation de la vie, mais le courage dans la mort (i).

Il en fut de même encore des raisonnemens sur l'existence du mal. L'impossibilité de résoudre ce problème d'une manière satisfaisante avait suggéré plus d'une fois aux stoïciens grecs l'assertion hardie que le mal n'existait pas. Les stoïciens romains donnèrent à cette assertion une forme plus raisonnable, moins absolue, et surtout plus fertile en résultats élevés. Il n'existe, dirent-ils, d'autre mal que le vice, ni d'autre bien que la vertu. Il est donc libre à tout homme d'éviter le mal, puisque tout homme est libre d'être vertueux (2).

Fortifié par un tel système , Cassius Juins attendit la mort sans crainte sous Caligula, et tournant sur lui-même, à cette époque solennelle, un regard curieux, observa les grada-

(1) Anton. V. 21. FX. 4o. — Arrien. I. iG.

(2) Spncc. Eptst. 66. de Provid. 5. — Anton, TV. 39.

tions par lesqu, lies le principe de vie dépose les organes et se sépare du corps (i). Thraséas imprima, par son exemple, aux âmes les ' plus affaiblies un ébranlement passager, mais salutaire . et qui se renouvela d âge en âge , à des époques semblables (2). Le courage tardif de Sénèque lui rendit quelques droits à une estime mêlés de pitié. Marc Aurèle remporta une victoire plus difficile , et c'est au stoïcisme que nous devons l'exemple unique d'un homme qui . revêtu d'un pouvoir sans bornes , ait su ne pas en abuser.

Dans ces efforts pour entourer l'homme d'un rempart impénétrable à tous les événemens du dehors, qui ne pouvaient lui apporter que de la souffrance ou de l'opprobre, le stoïcisme ne s'occupa guère de la religion publique, soit pour l'attaquer, soit pour la défendre. 11 n'avait rien à en redouter, et elle ne pouvait lui prêter nulle assistance; mais les croyances sont plus menacées lorsqu'on les croit inutiles, que lorsqu'on veut les démontrer fausses. Sénèque, en disant qu'il est su-

(1) Sencr. de Tratiq. i^.

(2) Tacil. Annal. XV. 20.

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