Tome II
5o DU POLYTHÉISME.
humain l'eût encore portée, sous les princes les moins faits pour l'apprécier, les plus disposés à la prescrire. Elle va décliner de ce rang , sous des empereurs qui l'honoraient de faveurs spéciales ; tant il est vrai que ce n'est pas des faveurs du pouvoir que l'intelligence de l'homme a besoin , et que , s'il fallait choisir, il vaudrait encore mieux pour elle être proscrite que protégée.
Adrien , fier ou plutôt vain de ses connaissances dans la littérature grecque , rassembla près de lui tout ce qui pouvait faire de sa cour une académie, et combla de bienfaits tous les grammairiens et tous les rhéteurs qui accoururent au premier signal pour lui composer un cortège philosophique. Il leur prodigua , non seulement des trésors et des places, mais l'honneur plus précieux de son intimité , et cette familiarité des grands, qui jette, dit-on, la plupart des hommes dans une ivresse si douce. Assis à sa table , ils agitaient avec lui ou devant lui des questions abstraites. 11 aimait à les contempler, s'acharnant les uns sur les autres, et se poursuivant de syllogismes ; et l'idée de plaire au maître du monde enflammait leur zèle. Souvent il se