LIV. X. CHAP. VI. 5l
mêlait à leurs discussions; il accablait ces doctes convives d'interrogations captieuses et d'objections frivoles. Mais on sait que trente légions donnaient du poids à sesraisonnemens et de la finesse à ses railleries (i).
Alors la philosophie changea de caractère , le stoïcisme disparut, l'esprit de secte sembla prendre une activité qu'il n'avait eue jamais à Rome. Mais ce ne fut pas l'esprit des sectes grecques, persévérant dans son investigation, sincère dans sa ténacité, et ne se livrant des^ combats à mort sur des questions de peu d'importance, que parce qu'il leur prêtait de bonne foi une importance imaginaire. Ce fut un esprit de secte factice, calcule par des sophistes avides, pour amuser un sophiste couronné.
Ce que les plus célèbres ou les plus heureux faisaient à sa cour, d'autres , moins connus, le firent plus obscurément dans tous les palais des riches. L'imitation créa simultanément deux classes, les protégés et les protecteurs. On vit de toutes parts des hommes
(i) Sparlian. in Hadrian. c. i5.
couverts de manteaux déchirés , ou de robes superbes, affecter les uns la rudesse de Diogène , les autres la méditation de Pythagore ou la gravité de Zenon, mais se ressemblant tous en ce point, qu'ils dévoraient l'outrage, prodiguaient la louange et mendiaient des présens et même des repas , but passager d'une ambition bien modeste.
A cette époque, les rapports de la philosophie et de la religion seraient diflficiles à fixer : car il n'y avait plus ni religion ni philosophie.