LIV. XIII. CHAP. I. l3l
de toute croyance; on peut souhaiter encore que les dieux soient plus parfaits, mais il n'est plus possible de s'applaudir de ce que les hommes sont impies. ,
Le scepticisme avait sapé toutes les bases de la conviction ; mais, en déclarant la raison humaine incapable de parvenir sur aucun objet à la certitude, le scepticisme désarme lincrédule comme l'homme religieux. Il en résulte que lorsque la tendance de l'espèce humaine est à l'incrédulité, c'est l'incrédulité que le scepticisme favorise; mais quand cette tendance est à la religion, il prête à la religion des armes contre le raisonnement qui veut l'attaquer, et en prouvant à l'esprit que tout ce que la philosophie lui présente comme démontré n'est qu'illusoire, il le porte à chercher une certitude plus haute qui ne se fonde pas sur la dialectique, et que le doute ne puisse atteindre. Du temps de Carnéade , le scepticisme était un motif de tout nier; deux siècles plus tard, c'était une raison de tout croire, preuve manifeste que l'effet isolé de toute opinion particulière est toujours soumis à l'esprit général de chaque époque.
l52 DU POLYTHÉISME.
Le retour de l'hoiiime à la religion n'est donc pas moins infaillible que la chute de la religion ne l'était précédemment. Aussi voyonsnous dès ce. moment l'incrédulité disparaître. Tous les écrivains qui vont nous occuper sont des hommes religieux, qui se jettent dans différentes routes, qui se divisent, qui s'égarent, mais qui tous ont un même but.
Lucien etSextus Empiricus sont les deux derniers auteurs incrédules.