CHAPITRE I
Du besoin qu'éprouve l'homme de retrouver une religion fixe et positive.
L'espèce humaine ne saurait demeurer dans la situation que nous venons de décrire; elle éprouve chaque jour plus vivement et avec plus de douleur le besoin d'une croyance, autour de laquelle puissent se grouper ses espérances, maintenant éparses, et comme errantes et effrayées. La forme de cette croyance doit être stable; l'homme doit pouvoir y compter; il faut qu'il la retrouve aujourd'hui ce qu'elle était hier, et qu'elle ne lui semble pas à chaque instant prête à s'évanouir et à lui échapper comme un nuage. Il faut de plus qu'il la voie appuyée du suffrage de ceux avec lesquels il est en rapport Tome IL 9
l5o DU POLYTHEISME.
d'intérêt, d'habitude et d'affection; car, destiné qu'il est à exister avec ses semblables et à communiquer avec eux, il ne jouit de son propre sentiment que lorsqu'il le rattache au sentiment universel. Il aspire, pour sa pensée comme pour sa conduite, à l'approbation des autres, et la sanction du dehors est nécessaire à sa satisfaction intérieure. De là son penchant à prêter à l'antiquité les opinions qu'il professe, de là encore cette violence qui l'entraîne souvent à persécuter les opinions opposées aux siennes, comme si l'existence de ces dernières infirmait les vérités qu'il chérit : de sorte que l'intolérance que l'on attribue à l'orgueil de l'homme a plutôt pour principe la défiance de lui-même et une espèce d'humilité.
Plusieurs des causes qui avaient concouru le plus activement à la décadence de la religion , se réunissent pour favoriser sa renaissance.
Les progrès de la morale avaient décrédité le Polythéisme, en rendant insupportables à l'adorateur éclairé les vices et les imperfections de ses dieux. Mais l'expérience a dévoile les résultats plus terribles de l'absence