LIV. XIII. CHAP. IV. l4l
qui fait la base du Polythéisme populaire, par / la doctrine plus mystérieuse et plus imposante / du Polythéisme sacerdotal.
Nous avons développé les raisons pour lesquelles les religions sacerdotales avaient eu de tout temps beaucoup d'attraits pour les philosophes , même avant la décadence du Polythéisme indépendant. Mais alors la philosophie était trop occupée de sa lutte contre ce dernier Polythéisme, pour avoir le temps de travailler à lui substituer une autre croyance. Elle ne sentait aue le besoin de détruire et non
le besoin de remplacer. Maintenant qu'elle est dans une disposition contraire et qu'elle voudrait remplir le vide quelle a creusé , elle essaie d accréditer les doctrines des sacerdoces étrangers. Elle commence, dans ce but , par établir que ces doctrines furent de tout temps la véritable et unique religion de tous les peuples. Elle affirme ainsi , d'une part, leur antiquité reculée, de l'autre, leur universalité; elle rassemble soigneusement et ce que le Polythéisme grec avait pu conserver du culte sacerdotal des Pélasges , et ce qu'il avait emprunté des doctrines de l'Orient, doctrines répandues à cette époque dans toute la
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Grèce (i). Elle prend donc en réalité pour point de départ le mélange et la confusion des deux espèces de Polythéisme.
Plutarque le déclare expressément : nous ne voyons pas, dit-il, qu'il y ait des dieux différens chez les différentes nations, qu'il y ait des dieux grecs et des dieux barbares, des dieux du nord et des dieux du sud ; mais comme le soleil, la lune, le ciel, la terre, et la mer, sont des choses universelles, et seulement désignées par des noms divers, suivant les pays, il y a aussi, suivant les lieux, différens noms et divers modes d'adoration pour la même sagesse suprême et la même providence (2).
Il est à remarquer que Plutarque, qui vante partout les pratiques du Polythéisme, le bonheur dont l'homme jouit dans les temples, la nécessité et l'utilité des sacrifices, s'exprime ici comme un théiste décidé. C'est qu'en effet, comme nous le prouverons , la tendance de tous les esprits était au théisme; mais aussi c'était vainement que l'on se flattait de
(1) Creurer, I. a 19.
(2) Plutarch. de laid. ch. î3.