LIV. XIV. CHAI'. lU
raîtra , presque dès son origine , avoir agi d'après un plan, parce qu'elle aura suivi la marche que les progrès environnans lui imprimaient. Ainsi les philosophes français semblaient , depuis Bayle , avoir prémédité la révolution française ; ainsi l'on a célébré les Romains, comme ayant aspiré, dès la fondation de leur bourgade , à la conquête du monde.
Il en est de même du sacerdoce relativement au théisme.
Gomme il est dans la nature des choses que l'homme se rapproche de cette opinion , les prêtres cherchent à la concilier avec leurs doctrines antérieures. Ils y répugnent d'autant moins qu'il leur paraît facile de les plier à leur intérêt.
Le théisme , dominé par le sacerdoce, est plus avantageux à son autorité que le Polythéisme.
En conséquence, les prêtres s'emparent volontiers de la tendance de l'homme vers l'unité ; ils en fout une partie de leur doctrine secrète , et graduellement ils la laissent s'introduire sous divers déguisemens dans la religion publique, mais sans avouer au peuple
lyo DU POLYTHÉISSIK.
la modification qui s'opère , et tout en combattant d'autres classes d'hommes qui marchent dans le même sens, car les prêtres ont ici deux écueils à craindre : le premier, d'encourager l'irréligion déjà trop répandue, en accréditant le doute ou le mépris des anciennes divinités ; le second , de favoriser les philosophes qui introduisent dans le Polythéisme un esprit très différent de l'esprit sacerdotal.
La marche des prêtres est donc incertaine et embarrassée. Ils arrêtent de temps en temps l'impulsion que d'autrefois ils accélèrent. Mais en dépit de leur mouvement double et de leurs précautions ombrageuses, l'opinion croît et se fortifie.
Ce que nous disons ici des religions sacerdotales s'applique également aux mystères , et aux ministres qui y président , puisque les mystères ne sont autre chose , ainsi que nous l'avons démontré , qu'une imitation du Polythéisme sacerdotal dans le Polythéisme indépendant.
11 résulte encore de l'action des prêtres, sur la tendance vers l'unité, une différence qui porte sur la forme que cette notion revêt