Tome I
du moynde , et qui en serait TaùteAr. Les stoïciens se rapprochaient encore plus tiu panthéisme^ lorsqu'ils essayaient de rendre compte en détail dé la manière dont cet uniyers avait été formé. Ils représentaient TEtre suprême , ou , pour mieux dire , Ip fed primitif, comme ayant existé, d'abord solitaire et de toute éternité, puis s'étant condensé par un refroidissement graduel , de manière «\ former les quatre élémens dont il aurait enfin compensé toutes les existences partielles.
Tous leurs dieux rentraient dans un seul qui lui-même, n'étant que la partie active du monde, rentrait dans ce monde^ dont toutes feé parties ne formaient qu'un même tout. A- de certaines périodes, toutes les différences ôistensibles entre ces parties devaient disparaître. Les stoïciens avaient emprunté, probablement des traditions sacerdotales qqi avaient' pénétré dans tous les polythéîscùes à Tcpoque dont nous parlons , l'idée d'ooe destruction générale de l'univers (i). Getté destruction , effet terrible d'un incendie dé^o-
(i) Jiist. [jps. Dissert. XXlf. -^Senec. cotisoi.'^ad Marc. — Qiiœst, nat, TH. 27. — Eprst. 9 et 71.
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rant, devait envelopper les dieux, les astres, les hommes, les animaux; tous les êtres devaient se perdre dans la substance du feu primitif, qui /se condensant de nouveau , devait reproduire d'autres mondes (1).
La morale des stoïciens n'était pas moin»
opposée au Polythéisme reçu que leur meta-* physique : non seulement ils représentaient la ùature divine comme ne pouvant ni vouloir, ni faire, ni même concevoir le mal; mais ils furent conduits, par la série de leurs raisoDnemens , à regarder cette nature divine moins comme un être distinct, que comme la loi première , éternelle et inaltérable de cet univers , comme Tordre moral du monde> plutôt que sa cause. Une manière de raisonner analogue a produit le même résultat dans les écrits ^d'un philosophe célèbre de TAUeuMigne , qui s'est vu , en conséquence ,. accusé d'athéisme (2).
Dans les détails de leur do#triue morale ^ les stoïciens déviaient, comme cela ne pou-
(i) Meiners^ de Tfero Deo^ 524- Tout ce système U' beaucoup de ressemblance avec les systèmes indiens, (a) Ficbte. Il consent à joindre à cette idée celle de
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rait manquer d'armer , de la rigueur de leurs abstractions. La Divinité suprême n'était plus 1« feu primitif condensé , élément ou matière, et par conséquent partie de cet univers » mais un être séparé de lui , père dés dieux et des hommes, et doué des perfections les plus hautes. La raison humaine était une éiaiaoa*tion de la raison divine. Cette hypothèse fournissait un moyen d'appuyer la morale tor la religion y sans la jeter dans sa dépendance.
Les stoïciens ne croyaient pas que nos devoirs ne fussent obligatoires que comme étant les ordres des dieux ; ils en cherchaient l'origine dans notre jugement propre. Mais notre ju* gement , formé sur le modèle de l'intelligedce universelle , était d'accord , par sa nature , avec cette intelligence. Ainsi , - la religion , sans être revêtue du privilège dangereux de créer arbitrairement le bien et le mal , agissait néanmoins comme le motif puissant , comme imitatinu noble et efficace. Mais en
raction et de la volonté, et il eroit utile pour Tusaf^e comaïup de la persounifiei' et d'attribuer à cette personnification des qualités humaines. Ce n'est pa» aur une telle baae qu'une action religieuse peut se fonder.
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se rapprochant ainsi , dans rapplication , des dogmes qui peuvent servir de base aux religions positives , le stoïcisme n'en restait pas moins incompatible avec Tautropomorphisme du Polythéisme populaire. Le dieu métaphysique des stoïciens n'était que le monde. Leur dieu moral était sans passion , soumis , par sa volonté propre » il est rrai^ mais soumis irrévocablement à d^ lois qu'il ne modifiait jamais. L'homme dépendait, pour l'extérieur , d'une fatalité irrésistible ; pour Tintérieur, de la force de son âme, et de sa vertu personnelle. Ces idées sont les matériaux d'une philosophie mâle, fière, à la fois magnanime et résignée. Mais il n'y a rien là qui ne soit destructif de toute religion positive. Aussi Zenon ne voulait -il point de temples , point de statues, point de prêtres (Clément d'Alexandrie ). A l'instant où la métaphysique des stoïciens se produisit en public , elle fut attaquée par tous les partis. Le scepticisme avait fait de tels progrès dans toutes les têtes, que les sectateurs mêmes des opinions les plus dogmatiques employèrent contre la secte stoïcienne les armes du scepticisme , armes contre lesquelles ils étaient sans défense^
2'j6 DU POLYTHEISME.
mais qu'ils avaient appris à manier pour Tattaque. L'esprit de système était décrédité.
Lorsque Tintelligence humaine sort des ténèbres de Tigoorance , elle ne veut rien admettre qui ne lui soit présenté sous une forme systématique, et comme elle n'a point encore de pierre de touche pour les assertions, elle les reçoit sans résistance, pourvu qu'elles paraissent s'enchaîner régulièrement les unes aux autres. Mais lorsqu'elle a épuisé beaucoup d'opinions , toute forme systématique la révolte , et la régularité de cette forme lui semble une présomption d'erreur.