‹ Du polythéisme romainChapitre 20 sur 134 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

pas à ce qu'il y a d'ignoble au fond. L'outragç qu'on dirige contre un souyenir, jadis révéré , est une sorte d'effronterie d'âme qui ra«vale celui qui s y livre. En insultant à la religion de son pays , même quand cette religion est tombée , l'on a presque toujours intérieurement, nous ra£SrmonSy une sensation d'impudeur et d'indécence; et, se familiariser avec cette sensation, c'est briser une fibre délicate, dont l'anéantissement détériore la

moralité (i)« >

XL A la place d'une religion qui tombe, les philosophes essaient de mettre une morale ou une phflosophie ; le peuple y substitue la superstition, les grands, l'incrédulité ; mais beaucoup de grands sont peuple.

La morale paraît indispensable à l'auteur; mais il ne dit pas qu'elle soit suffisante tii qu'elle puisse se soutenir sans avoir pour base le sentinïent religieux. '^ <'

(i) Du Polythéisme»

XWVI INTRODUCTION.

« Lorsque des esprits , trop exigeans de certitude , se refusent à toute idée religieuse , il leur est possible de se réfugier dans la morale* U réfulte bien , même alors , de la pri- Tatîon de toute espérance au-delà du monde, u^e grande impression de tristesse , et )e ne siSl^uelIe atmosphère sombre et sévère se répand sur tous les objets ; mais il n'y a pas du moins de dégradation. L'âme souffife, mais elle s'estime : elle se soutient par sa propre force, par l'élévation des idées qu'elle embrassai : il lui reste un sentiment di^sintéressé, celui du devoir» et ce sentiment la retrempe et la relève. Mais lorsqu'elle abandonne aussi la moirale , elle ii'a plus d'js^pui , plus d'estime pour elle-mêjjde,, pluç, de recoui;s intérieur poutre nnjustiqe, plus dé conscience d'aucune Mleur »,plus de coulage contre la vie (i). >> . il4a,philoi|Ç|pbie peut prendre théoriquement la place d'Une religion ; elle peut établir de|3

(i) Du PêhfAéûme.

IflTROPUGTION. XXXVII

doctrines sur toutes les questions que tranchent les religions elles-mêmes ; mais , création de l'intelligence et non pas du sentiment religieux , elle ne saurait commander la foi ni devenir populaire. Jamais une philosophie n'a pris la place d'une religion.

Les philosophes ont essayé quelquefois de refaire des religions tombées; les nouveaux platoniciens ont tenté de conibiner le Polythéisme avec la philosophie , les gnostiquès ont voulu combiner ce Polythéisme avec la religion chrétienne : ils ont échoué les uns comme les autres. Rien ne peut rendre la vie aux formes proscrites par l'inévitable progrès du temps. Le sentiment religieux, une fois qu'il s'est retiré d'uft symbole , n'y rentre ja* mais: une forme épuisée est un moule à briser.

« L'homme ne prend pas jdu respect pour ce qui a cessé de lui sembler respectable. Au fond de l'eirthousiasme apparent pour l'ancien Polythéisme^ il y a du calcul. On désire y croire, parce qu'autrefois il rendait heureux.

XXXYIII INTRODUCTION.

comme naguère on s'efforçait de le maintenir, parce qu'on regardait comme utile que d'aptrès y crussetnt ; mais sa faiblesse est trop dévoilée , les outrages qu'il a subis sont irréparables. Ces souvenirs planent autour des autels qu'on tâche d'entourer de la majesté qu'ils ont perdue. »

La superstition est plus habile que la philosophie à succéder à la religion ; le sentiment religieux est à elle ; elle le prend si altéré qu'il soit^ privé des lumières de la raison» dépouillé de l'énergie de la liberté ; elle le revêt de toutes les formes les plu& absurdes... Quand la Grèce n'a plus de religion^ quand Rome n'a plus de foi à ses dieux anciens, Rome et la Grèce recueillent en leur sein les mystères de tous les pays.

Ordinairement c'est le "^peuple qui se réfugie dans la superstition, et ce sont les grands qui se font gloire de l'incrédulité , mais sou^ vent tous les rangs se confondent , et dans tous , l'incrédulité et la superstition se don^ nent la main.

IMTRODUGTlOJf. XXXIX

t Iiors de la chute des religions , rhomme est privé d'appui : c'est pour cela qu'il se débat au hasard. Gomme la religion lui est naturelle , l'absence de la religion lui devient une privation douloureuse, et bientôt insupportable. La terre 9 séparée du^el, lui semble une prison , et il frappe dé sa tête les murs du cachot qui le renferme (i).

• La magie marche de pair avec l'incrédulité. Le régne de l'une est le triomphe de l'autre. Sous Auguste, dont on a vanté les dernières années comme une période de raison » . de calme et de lumières, des philosophes donnaient des cours de magie'(â). »

XIL La reli^on et le despotisme font souvent pacte et contractent alliance ensemble ; et les peuples s'imaginent qu'en renversant les autels de l'une , ils brisent les fers de l'autre. C'est une erreur. Si .le despotisme n'est pas

(i) Pofyih. Uiii (a) J». tiS.

XL IWTROWJCTION.

foujours contemporain dç la chute d'une religion, il se présente souvent à la suite de Tincrédulité qui détruit les cultes. Il a bon marché ^ l'homme dépouillé du sentiment religieux, qui est le palladium de sa grandeur et de son indépendance. ^^^ .

• L'incrédulité id'a aucun avantage , oî pour la liberté ç olitique^ ni pour les droitç de l'es* pèce humaine ; au con1;irftire , elle peut frappisr dç mort des institutions abusives, maj^ plus infailliblement encore elle dqff omettre obstacle i la renaissance de toutes celles -qw préserveraient des abus,

<n S^^ par impossible , vous trouviez yn ty-*

ran iSç bonne foi, il vous dirait qu'i^isgfme blçn Doiieux avoir à lutter s^veç TiiiH^rédule qu'il se flatte toujours d'acheter, ^u'^y^ l'i^ouima religieux donljie salaire est lin. awtre*

monde.

« Nous Taffirmerons donc hautement : Té-^ poque où les idées religieuses disparaissent de l'âme des hommes est toujourjS^^Misiqe de la

UlTRODVGtlON. XLl

perte de la liberté ; des peuples religieux ont

pu être esclavei, iiucun peuple incrédule n'a pu être libre (i). •

Telle esty diaprés les investigations de l'auteur, la charte religieuse de rhumanité.

Une grande conséquence s'en déduit nécessairement» A la place de croyances , de syin«boles et de formes qui tombent , il faut mettre d'autres formes, d'autres symboles, d'autres croyances. Ainsi le reut un sentiment indestructible et permanent dans l'homme; ainsi le renient le salut des peuples et la dignité de l'espèce humaine.

MaiÀ les formes changeront-elles sans cesse?

N'en est-il pas qui puissent se maintenir toujours? NTest-il pas dans les choses possibles qu'une religion soit perpétuelle et celle qui , sous le nom de Théisme , reçoit de l'auteur des hommages si purs n'en reçoit-elle pas un respect absolu? Cette religion qui a

(ft) Polythéisme jll , 89 , 90.

XLii introduction;

rendu à Thumanité ses privilèges» son indépendance , sa grandeur; cette Teligion qui est ▼enue civiliser le monde , et qui partout où elle pénètre fait pénétrer avec elle le germe d'une progression indéfinie ;. cette religion qui fut un appel à la liberté morale , à la raison re;ligieuse et à la conscience de Thomme ; cette religion enfin dont aucune philosophie, au-^ cune politique rie peut repousser les forme»

parce qu'elle ne repousse les formes d'aucune politique , d'aucune philosophie, n Vt-elle pas tous les caractères de la perpétuité? Si elle n'est pas née avec cette destinée; si elle n'a pas en elle assez de puissance , d'avenir, d'éternité pour ramener à elle les opinions qui s'en sont éloignées ; si Son temps est fini ou doit finir , qu'est-ce qui viendra en prendre la place? De ce déchirement d'opinions , de cette divergence ou de cette absence de doctrines, que peut-il sortir pour notre siècle? Nous ne pouvons pas ne pas avoir de religion, pouvons-nous en avoir une?

INTRODUCTION. XtÇI

Telles sont les questions qui se rattachent ^ comme conséquences inévitables , au code proclamé par Benjamin* Constant, et nous TaTouons, le système de ses doctrines reste incomplet tant que ces doutes ne sont pas résolus?

Mais Benjamin Constant ne s'est jamais proposé de présenter un système complet ; il s'est fait une qu^tion , celle d'approfondir la source de toutes les religions dans toutes les formes qu'elles rerêtent ; cette question , il Ta traitée largement et il Ta conduite aussi loin qu'elle pouvait l'être au moyen de recherches purement historiques. Il a ramené l'homme dans le sanctuaire dont il relève , devant sa conscience où il trouve ce sentiment religieux , dont la voix était méconnue , dont l'existence était contestée. Telle a été toute sa tâche , et toute cette tâche est accomplie.

On pourra regretter de voir inachevées quelques parties d'un édifice dont l'auteur a si bien dessiné le plan , dont il a jeté les fon-

miV rNTlODUGTION.

denqiejis â'one maiiT si puissante. On pourra regretter que, dans ce grave examen , la question morale qu'il est si difficile de séparer dt la question religieuse, et qui peut-être ne devait pas en être séparée à ce point, n'ait pas reçu de plus vives lumières.

En effet, à côtêdNine religion se présente toujours une morale , et moins variable que la première, la seconde l^urvit souvent. At-elle une source différente ? Ses rapports et ses développemens n'o&ent-ils pas des leçons parallèles?

Cette question, on le voit, pouvait se combiner avec celle qu'a posée l'auteur, mais c'est de sa part une réserve de bon goût et de bon sens que de l'en avoir distinguée ; son travail est devenu d'autant plus concluant qu'il est moins étendu. Un écrivain vulgaire n'eût pas manqué de trahir ses forces en agrandissant son eadre, et ce qui caractérise l'homme d'un génie supérieur, c'est précisément cette puissante concentration' dé toutes les facultés

INTRODUCTION. XLY

sw une grande question, cette infatigable persévérance à Tembrasser sous tous ses rap« ports, et cette espèce de magie d'en faire ressortir un résultat net et fécond. Nous l'avons déjà indiqué; si Benjamin Constant,:

après nous avoir arrachés au scepticisme ^ avait voulu encore nous entraîner dans le dogme et dans le mystère; si, après avoir réhabilité le sentiment religieux, il avait tenté encore de se faire l'apôtre ou le panégyriste d'une religion nouvelle , il manquait le but en le dépassant ; il perdait en confiance ce qu'il prenait en autorité, e^ la littérature avec quelques volumes de plus, n'offrait rien aux es* prits studieux.

Benjamin Constant garde une sage mesui^ eq^ écartant avec le même soin la question po« litique qui se lie si bien à la question^ religieuse^ que d'autres affecteqt de. la confondre avec, ellç, m^is qu'il en distipgtte d'au^iptplucl neH tement, qu'il ne veut pas se lai^s^r séduire par le charmue qu'elle a pour^pn esprit. PouMant

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