‹ Du polythéisme romainChapitre 32 sur 134 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des Fêtes Romaines.

Toute la mythologie Romaine était non seulement morale , mais historique ; chaque temple , chaque statue , chaque fête rappelaient aux Romains quelques dangers dont les Dieux avaient sauvé Rome , quelque calamité qu'ils avaient détournée , quelque victoire qu'on devait à leur vigilante protection.

Les Lucaries représentaient l'asile accordé par Romulus aux fugitifs qui devaient peupler sa ville nouvelle. Les Lémuries ou plutôt les Rémuries étaient une expiation du fratricide commis par le premier Roi. Les Quirinales éternisaient son apothéose. Les danses saliennes remerciaient les Dieux des boucliers célestes jetés à Numa du haut des cieux ()). Le clou sacré, qu'enfonçait dans le mur du temple le plus auguste , le magistrat le plus cminent de la République , était l'hommage d'ua siècle policé envers les siècles ses prédécesseurs , envers ces époques obscures , où les lettres i^t

(i) ¥»si. m. — Plul. in Niuna.

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tes chiffres n'étaient pas^^ connus (i). Les Consuales renouvelaient la mémoire des refus altiers des Sabins et de Tartifice heureux , suggéré par une divinité bienfaisante, au fondateur de la puissance romaine (2). Les Hatronales célébraient la réconciliation des pères et des époux à la voix des épouses et des filles (3) . Les Laprotines retraçaient le dévouement des femmes esclaves (4), et la fortune des femmes était une commémoration de l'influence salutaire de la mère de Coriolan (5).

D'anciennes fêtes, qui, en Etrurie, n*avaîent dans l'origine qu'un sens astronomique , se rattachaient à l'histoire vraie ou supposée du nouveau peuple qui les recevait. Les Carmentaies , emblème du reiiouvellement de Tannée chez les Etrusques, reportaient l'imagination des Romains vers la naissance et les mœurs d'Evandre, ce premier habitant, ce Roi berger

(i)Tit LmVII. 3.

(2) Livius , L. 9.

(3) Ovîd. , Fast. lïl.

(4) Amob, 411. — Macrob. Satur. L. a. Plutarch. in Parai.

(5j Val. Max. L. 8. V. 4. Tit, Liv. IL — Deo. d'HaL vers. VIII. 7. — Plut, in Corial.

EIV. I. CITAP. V. 25

du mont Palatin, quatre siècles ayant la fondation f sept avant la liberté , huit avant la gloire de Rome ( i ). Les Lupercales, dont noifts avons parlé ci-dessus , et dont quelques auteurs placent Fiastitutioa avant les guerres de Troye {2) , se combinaient avec le souvenir do Rpmulus et dç Remus , et retraçaient la louve miraculeuse et les jeux enfantins des deux frères 9 livrés encore aux occupations et aux plaisirs rustiques (3).

L'on peut rémarquer en général , que les* Romains trouvaient un grand plaisir à s*qu (retenir de la petitesse de leur origine. Ils conservaient dans toute leur simplicité primitive les monumens construits dans les premiers siècles. Ils considéraient comme sacré le pont de bois jeté sur le Tibre par Ancus Martius , pour joindre le Canicule à la ville. Ce pont ne pouvai^ jamais être remplacé par un autre ; il ne pouvait qu'être réparé. Il était défendu d'y employer le fer et le cuivre; on ne pouvait en joindre les parties qu'avec des chevilles de bois.

(i) Ovîd. Fast. 1.

(2) Den. d'Haï. I. — Fast. XL. III.

(3) Plut. îii Komul.

a4 POLTTHélSlfE.

Ce fut de ce pont, dont la réparation était co0<fiée aux prêtres de Rome , que ces prêtres^ prirent le nom de Pontife , tant était profond le respect qu'il inspirait (i). Les Romains adoraient sous le nom deYéioTis, Jupiter naissant,, et le rapprochant de Rome naissante , ils se plaisaient à comparer les progrès du Dieu et de la patrie : le premier , d*abord , un jeune homme désarmé, bientôt le maître de FOIympe et le dispensateur de la foudre ; l'autre , d'abord, la réunion de quelques cabanes dans un petit bois, maintenant la ville immortelle et la dominatrice du monde. L'on pourrait voir encore dans l'adoration de Yéjovis , un emblème assez juste de la marche des idées religieuses et de l'amélioration des Dieux. Sous ce nom de Jupiter jeune , les Romains désignaient souvent Hbpiter faisant du mal ; mais cette inclination malfaisante avait disparu avec la jeunesse, et le Jupiter envieux et malin était devenu le Dieu très-^and et très*bon (i).

(i) Plut. în Nuraâ. — Den. d'Haï III. i^- (i) Ovîd. Fast. II!. — Den. d'Haï. II. Tit. liv. L. 8. — Vitruv. IV. 7. — Un Dieu malfaisant , Aulugelle. V. 12* — Jupiter jeune. Montfauc. , ant, expl. I. Sg 4^^- —

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