‹ Du polythéisme romainChapitre 62 sur 134 · LIV. II. CHAP. VIK · texte numérisé non relu

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tions. La religion laisse aux lois leur juridic- Uoii' sur les effets ; elle se borne à améliorer la cause.

La religion fait ainsi le bien que les lois huluaines ont toujours en vain tenté de produire. L'axiome souvent répété qu'il vaut mieux prévenir les crimes que les punir , est une source intarissable de vexations et d arbitraire , quand l'autorité temporelle veut régler son intervention d'après cet axiome. Mais la religion , qui pénètre jusqu'au fond des âmes, p^ut atteindre ce but, sans arbitraire et sans vexations. Les lois, dans leurs tentatives liasardées et qu'elles font en aveugles , sont forcées de prononcer sur des apparences , do se gouverner d'après des détails qu elles isolent , d'écouter des soupçons que rien ne prouve : et pour empêcher ce qui pourrait être criminel , "elles punissent ce q\ii est encore innocent. La religion embrasse l'ensemble ; elle change le cœur ; elle épure au lieu de contraindre; elle annoblit au lieu de punir. C'est alors seulement qu'on peut résoudre un problénv3 qui a embarrassé tous les philosophes. Dans tous les temps, à peine la morale avait-elle pénétre dans une croyance religieuse , que tous les hommes éclai-

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rés , frappés des inconvéniens que nous atoii9 décrits ci-dessus , se voyaient forcés d'en revenir à séparer la morale de la religion. Ils s'y prenaient de diverses manières ; ils se dégui« salent leurs propres intentions; mais le résultat de leurs efforts était toujours le même.

Comparez les axiomes des stoïciens de Rome avec les discours des héros d'Homère. Ce que répond Hector à Polydamas est précisément ce qu'écrit Sénèque. Ainsi , après l'introduction de la morale dans le polythéisme , le langage des philosophes redevient pareil à celui que tenaient les hommes vertueux, avant l'union de cette croyance avec la morale.

Dans les religions fondées sur le théisme , les philosophes les plus religieux ont donné à la morale le nom de religion , en laissant de côté et en sacrifiant tout ce qui constituait la religion proprement dite, et tout ce qui lui attribuait sur la morale une suprématie dangereuse. Tel a été , dans ces derniers temps , le travail des théologiens les pins éclairés de l'Allemagne. C'était une autre route vers le même but.

Mais , en envisageant la religion comme nous le faisons , en plaçant sa jurisdiction à la

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hauteur qui lui est propre ; en laissant à la jus-*

tice humaine ce qui est de son ressort , les détails et les effets , pour soumettre à la religion ce qui est de sa sphère , l'ensemble et les causes , vous échappez â tous les dangers ; vous empêchez que les ministres de la religion , interprètes infidèles de ses lois , ne les dénaturent; vous assurez à la morale la sanction di-

vine , en consacrant néanmoins son indépendance inviolable et primitive.

Le stoïcisme , » cette doctrine qui sous le polythéisme a été le point de réunion de toutes les âmes nobles et fières , l'asile de toutes les vertus élevées , et qui sous le théisme , a souvent ajouté encore à ce qu'il y avait de plus distingué parmi les sages des temps modernes ( Montesquieu ) • ; le stoïcisme était un élan sublime de 1 ame , fatiguée de voir la morale dans la dépendance diiommes corrompue et de Dieux égoïstes, et s'efforçant , en rompant tous ses liens avec les Dieux et avec les hommes , de la placer dans une sphère au-dessus de toutes les injustices de la terre et du ciel même (1). Mais il y avait, dans le stoïcisme,

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(i) Montesquieu.

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une sorte d*effort qui rendait son influence è k-fo!s mqins salutaire et moins durable. Pour arriver à cette liberté intérieure qui brayak tous les coups du sort, il fallait étouffer en soi le germe de beaucoup d'émotions douces et profondes. La religion , tdle qifie nous avons tâché de la faire concevoir , assure à llionmie le même asile , en lui conservant ces émotions inséparables de sa nature , et qui font le charme et la consolation de sa vie. La morale n'est à la merci , ni des législateurs qui parlent au nom du ciel , ni de ceux qui commandent à la terre. L'homme est indépendant de tout ce qui pourrait froisser et pervertir la plus noble , ou pour mieux dire la seule noble partie de lûiméme : mais il jouit de cette indépendance , sous l'égide d'un Dieu qui le comprend , l'approuve et l'estime. II est fort , comme le stoïcien , de la force âe son âme : mais de plus il est fort de la force de son Dieu. Ce Dieu n'est plus un despote pareil aux puissances d'ici-bas, s'expliquant par ses ministres ; variant dans le code de ses lois , réduisant ainsi la vertu à s'affranchir de ces lois variables. Ce Dieu , dégagé de tous ces restes d'autropomorphisme , est le centre commun où se réunissent^ au-dcssus"de

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