CHAPITRE V
De la disproportion qui s'établit entre les dogmes
et les lumières.
Les mêmes raîsonnemens , qui , naguères ont^conduit les hommes à faire de leurs Dieux
(i) Lucien , dialogue intitulé : L'assemblée des Dieux.
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les protecteurs de la morale, lés conduisent bientôt à sentir que la morale ne peut être convenablement protégée par de pareils Dieux.
Des êtres, entachés de tant de vices, semblent •des co upables , qui n ont plus de droit de s as- ^seoir au rang des juges. Les esprits, même les phis religieux , s'effrayent de Tinfluence que l'exemple de ces divinités corrompues menace d'exercer sur leurs sectateurs.
L'esprit humain, dans le polythéisme indépendant de la<)itection sacerdoflile, avait commencé à épurer sa croyance. Il l'avait rendue plus raisonnable , plus analogue à ses besoins du moment. Cependant , malgré ces améliorations progressives , il y trouvait encore quelque chose de trop matériel et de trop grossier. Tout à coup il la voit reculer vers une époque plus grossière et plus matérielle encore. Par un effet natureldela confusion de tous les polythéismes , confusion décrite au chapitre précédent, celui que nous avons désigné sous le nom de sacerdotal, et qui, toujours immobile et stationnaire, cotosacre avec scrupule toutes les pratiques des siècles barbares et presque des tribus sauvages, pénètre de tontes parts dans la croyance ^qui s'était perfectionnée, et de nouveau la défi- Tome I. n
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gure et la déshonore. Des cérémoaies bÎMires, des rites ^scandaleux , des fictions ridicules, immorales , ou obscènes , que la religion prar tique avait rejetés loin d'elle, reviennent y prendre leur place. Les Dieux retournent à leurs mœurs féroces » et |*e vêtent méio» leur pre^ mière figure , hideuse et difforine. Ici tous lès voyez, monstres ampbii^M^ , ou portant sur un corps humain une tète de bête farouche. Là, par des emblèmes révoltans , ils oflfensent là pudeur et fléjiiîssent Timagination ; les uns réclament le sang des hommes , les autres commandent le suicide ou les mutilations toIoii»taires.
Ainsi la disproportion s'accroit entre le culte et toutes les institutions, toutes les lumières^ toutes les opinions existantes. L esprit humain^ qui , pendant long-temps , avait travaillé sans relâche à rétablir l'harmonie entre les idçes qu'il acquérait chaque jour , et ses notions traditionnelles sur la nature et le caractère des Dieux, surpris et mécontent de cette tmpulsiali rétrograde , se rebute de ses tentatives ^opinipe d'effQrts infriftctuèux.
Pour arrêter le discrédit du polythéinne , même sous sa forme la plus raisonnable,